Des commentaires abusifs à l’endroit des homosexuels enfreignent le Code de déontologie des radiotélédiffuseurs, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 14 juin 2005 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant la diffusion, le 12 septembre 2004 par OMNI Television, d’un épisode du Jimmy Swaggart Telecast. Le Comité régional de l’Ontario du CCNR en est venu à la conclusion que les commentaires faits par le télé-évangéliste Jimmy Swaggart au sujet des homosexuels ont enfreint les articles sur les droits de la personne et les émissions à caractère religieux du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR).

Le Jimmy Swaggart Telecast est une émission religieuse qui s’articule autour des sermons du pasteur américain, Jimmy Swaggart. Dans le sermon qu’il a prononcé le jour de l’émission dont il est question, lequel traitait principalement d’un jeune toxicomane, Swaggart s’est brièvement écarté de son sujet pour parler du mariage homosexuel. Il s’est exprimé en termes non équivoques sur le mariage non hétérosexuel et s’est plaint des politiciens qui font la girouette en ce qui concerne ce sujet. Puis, il a enchaîné en disant « si jamais l’un d’eux [un homme] me regarde de cette façon [avec affection romantique], je vais le tuer et dire au Bon Dieu qu’il est mort. » (traduction) Ensuite, Swaggart a suivi cette déclaration d’un commentaire selon lequel les politiciens et les législateurs indécis « devraient tous être obligés d’épouser un cochon et de vivre avec lui pour toujours. » (traduction)

Le CCNR a reçu une plainte au sujet de l’émission, laquelle a été étudiée par le Comité régional de l’Ontario à la lumière de la disposition sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’ACR. Cette disposition stipule que les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de « contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à […] l’orientation sexuelle […]. » Le Comité a également examiné la question en vertu de la disposition sur les émissions à caractère religieux, selon laquelle les radiotélédiffuseurs sont tenus de faire en sorte que leurs émissions religieuses ne contiennent pas d’attaque contre des groupes identifiables. Le Comité a fait remarquer que OMNI.1 avait le droit de diffuser le point de vue de Swaggart contre le mariage homosexuel, ainsi que sa critique des législateurs qui ne prennent pas position sur la question. Il a trouvé, toutefois, que la station de télévision avait enfreint les deux dispositions susmentionnées du Code étant donné la suggestion de Swaggart selon laquelle la façon appropriée de réagir aux homosexuels est de les tuer. Le Comité a fait les commentaires suivants :

[L]e débat en tant que tel est plus que légitime; il est essentiel dans un contexte démocratique. Soulever des arguments pour ou contre l’idée du mariage homosexuel est une des discussions les plus saines qu’on puisse imaginer sous la protection de la liberté d’expression.

On ne devrait toutefois pas interpréter le fait que le Comité convient de l’importance de s’attaquer à la question politique, comme un moyen d’attaquer les personnes qui sont dans un mariage homosexuel ou qui souhaitent faire partie de ce genre d’union.

[…] Le caractère négatif de ses propos était viscéral au point que Swaggart a affirmé que malgré sa propre conviction religieuse, il se sentirait justifié de tuer l’homme et de mentir à son Dieu en lui disant que la victime avait simplement trépassé.

[…]

Dans un sens, la difficulté posée par les propos de Swaggart s’exacerbe par le fait qu’on peut s’attendre qu’à titre de dirigeant religieux il donne l’exemple à sa collectivité. Il serait donc facile pour quelqu’un d’en déduire que c’est peut-être la bonne façon pour un chrétien de son secte (ou possiblement de n’importe quel secte) de réagir à l’homosexualité. La répétition de ce choix de mots a également l’effet de désensibiliser le public envers les gais et les lesbiennes et même de fournir à l’auditoire des termes à la fois regrettables et négatifs dont il pourra se servir pour traiter avec cette tranche identifiable de la collectivité. (traduction)

OMNI.1 n’a pas été tenue d’annoncer la décision du CCNR à son antenne parce que la station s’était déjà excusée sur les ondes peu de temps après la diffusion de l’épisode faisant l’objet de la plainte.

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, l’emploi de stéréotypes sexuels et la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code d’éthique journalistique adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 550 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.