Les commentaires « humoristiques » faits par un annonceur au sujet des Pygmées sont inappropriés, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 16 mars 2004 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant les commentaires « humoristiques » qu’a faits un des animateurs de CIGL-FM de Belleville concernant les Pygmées qui font l’objet de cannibalisme. Le Comité régional de l’Ontario du CCNR en est venu à la conclusion que les commentaires étaient moqueurs et déshumanisants et qu’ils étaient par conséquent inappropriés en vertu de l’article 6 du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR). 

L’animateur de l’après-midi, Joey Martin, a apparemment tenté de transformer un reportage à l’époque, concernant  une enquête menée par l’ONU sur les Pygmées qui sont victimes de pratiques cannibalesques dans le nord-est du Congo, en une histoire humoristique. Il a ensuite émis l’opinion selon laquelle les Pygmées sont peut-être comme les homards dans le sens que leur taille est fonction de la succulence de leur chair. Un auditeur s’est dit de l’avis que les commentaires étaient offensants et contribuaient à la désensibilisation du public envers les questions sérieuses. Dans la réponse qu’il a donnée au plaignant, le radiodiffuseur a fait remarquer qu’il est de plus en plus difficile d’informer et de divertir dans « le contexte actuel du ‘comportement politiquement correct’. » (trad.) Le Comité régional de l’Ontario a examiné la question à la lumière de l’article 6 du Code de déontologie de l’ACR, lequel stipule que les radiotélédiffuseurs doivent présenter les commentaires et d’autre contenu d’une manière complète, juste et appropriée. Il s’est penché sur la question du « comportement politiquement correct » et la blague faite par l’animateur qui a donné lieu à la plainte, et a déclaré ce qui suit :

L’inconvénient de l’expression « comportement politiquement correct » est qu’elle fait penser à un comportement artificiel qui est motivé par des desseins « politiques », le désir de plaire ou de se montrer réceptif, sans nécessairement croire au principe sous-jacent. Pour le Comité, il s’agit de faire la différence entre les déclarations qui sont, d’une part, discriminatoires mais acceptables et celles qui sont, d’autre part, discriminatoires et inacceptables, non pas parce que quelqu’un risque d’être «politiquement» offensé, mais parce que les déclarations elles-mêmes sont foncièrement offensantes. Bien qu’il puisse y avoir eu une époque où la société canadienne ne trouvait pas les déclarations du genre perturbantes, le Canada a évolué. C’est aujourd’hui un meilleur pays enrichi par la multiplicité ethnoculturelle qui le caractérise, un pays fier de sa diversité et conscient de sa valeur collective. 

Que ce fut peut-être différent n’est pas la question. C’est différent maintenant. Les déclarations qui sont indûment discriminatoires ou qui constituent des commentaires inappropriés ne respectent pas les normes que les radiotélédiffuseurs privés du Canada ont jugées convenables de s’imposer. […] Du point de vue du CCNR et de ses membres, le respect de ces normes s’impose parce que c’est ce qu’il convient de faire. Point final.  

En fin de compte, le Comité a expliqué que l’humour de l’animateur a amoindri la tragédie humaine vécue par les Pygmées sur un ton moqueur et déshumanisant, ce qui constitue un manquement au Code. Il a dit ce qui suit : 

Il se peut fort bien que l’animateur dont il est question ne fût pas au courant du sort lamentable des Pygmées, ou que s’il le fût, le problème rapporté ne le dérangeait pas. Quoi qu’il en soit, il appert que la situation dont il a décidé de se moquer était grave. Il s’agissait du meurtre des Pygmées qui d’ailleurs n’étaient même pas en situation de conflit avec ceux qui étaient supposément responsables de ces outrages. Le Comité ne peut pas savoir les raisons pour lesquelles l’animateur a choisi de traiter cette tragédie à la légère. Serait-ce parce qu’il voyait les victimes comme des êtres inconnus et lointains? Serait-ce parce que le cannibalisme est une pratique pour ainsi dire inconnue parmi les Canadiens en général, l’animateur y compris?  Les raisons qui ont motivé sa décision comptent pour très peu.  

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté des codes qui constituent les normes du secteur concernant l'emploi de stéréotypes sexuels, la présentation de violence et le traitement de questions à valeur morale, tels les droits de l'homme, sur les ondes, et ils s'attendent que leurs collègues les respectent. Ils se sont aussi dotés d'un organisme d'autoréglementation, le CCNR, qu'ils ont mandaté de veiller à l'administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code de déontologie journalistique adopté par l'Association canadienne des directeurs de l'information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 530 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d'un bout à l'autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.