Des critiques abusives à l’emporte-pièce de l’islam enfreignent le Code de déontologie, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 6 février 2009 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant un épisode de l’émission Lowell Green Show diffusée à l’antenne de CFRA d’Ottawa le 3 décembre 2007. Dans la foulée des discussions à travers le monde sur la réaction musulmane à l’incident enfreignant la loi soudanaise qui a eu lieu à Khartoum à propos du nom donné à un nounours, le sujet du jour de cette émission de ligne ouverte était l’islam. Le CCNR a conclu que certains des commentaires faits par l’animateur au sujet de cette religion et de ses pratiquants ont violé le Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR).

Le Lowell Green Show est une émission de ligne ouverte quotidienne pendant laquelle l’animateur et les interlocuteurs discutent de l’actualité. La question du jour le 3 décembre était la suivante : [traduction] « Y a-t-il un facteur inhérent à la religion musulmane qui favorise la violence et  l’oppression des femmes? » La majorité des interlocuteurs ont répondu « oui » à cette question, mais quelques-uns n’étaient pas d’accord. M. Green a exprimé avec acharnement son propre point de vue selon lequel [traduction] « presque tous les actes de terrorisme dans le monde aujourd’hui […] ont lieu au nom de l’islam. […] Ne venez pas me dire que ce sont quelques fanatiques qui en sont responsables. »

Malgré le fait que M. Green ait dit, à quelques occasions, que pas tous les musulmans sont « comme ça », il a réagi de façon négative envers les interlocuteurs qui ont répondu non à sa question, y compris ceux qui étaient des musulmans ou qui possédaient des connaissances personnelles sur l’islam et qui ont tenté, en raison de ces connaissances, de préciser certains des points qu’il avait soulevés. À une de ces occasions, M. Green a répondu [traductions] « Balivernes! » à un interlocuteur musulman et à une autre occasion il a dit à une interlocutrice sympathisante qui ne semblait pas être musulmane qu’elle avait « laissé tomber le bon sens » et qu’elle faisait « l’idiote ».

Le CCNR a reçu une plainte d’un auditeur qui se préoccupait de la façon dont M. Green a représenté l’islam et les musulmans. Le Comité régional de l’Ontario a étudié la plainte à la lumière de deux dispositions du Code de déontologie de l’ACR, soit l’article 2 (Droits de la personne), lequel interdit les commentaires abusifs ou indûment discriminatoires qui sont fondés, entre autres, sur la religion, et l’article 6, lequel exige la présentation complète, juste et appropriée des points de vue et des commentaires. Le Comité a trouvé qu’il y avait eu violation des deux dispositions. Comme l’a déclaré le Comité, le fait d’élargir la discussion de l’incident du nounours à l’islam comme tel, apportait certaines conséquences :

En fait, le caractère élargi de cette discussion sur les ondes signifie cependant que le radiodiffuseur doit prendre davantage soin que des généralisations à l’emporte-pièce, lesquelles sont forcément plus hasardeuses que des discussions circonscrites et ciblées, n’aillent pas à l’encontre d’une ou de l’autre des normes codifiées dont il est question ci-dessus.

Le Comité a déclaré que simplement aborder le sujet ne posait aucun problème, mais que la façon dont ce sujet a été traité en posait un. En ce qui concerne l’article 2, le Comité a fait les commentaires suivants :

[L]’animateur a lancé une critique à l’emporte-pièce qui était abusive et indûment discriminatoire au sujet de l’islam. Elle était injuste et mal informée. Elle n’admettait rien de la diversité de l’islam ou de ses  adhérents. […] [I]l a indiqué clairement, de façon constante, que la question qui le préoccupait […] était [que cette foi comporte un problème et que ce] n’était pas attribuable à quelques fanatiques, mais plutôt le reflet de cette religion, de problèmes et d’attitudes qui selon lui tenaient à [traduction] « la grande majorité écrasante de musulmans dans le monde. » De plus, il n’a toléré aucune contradiction de la part d’interlocuteurs qui ont dit qu’ils étaient musulmans, qui étaient informés au sujet de cette religion ou qui avaient un point de vue différent.

En ce qui concerne l’article 6, le Comité a fait les observations suivantes :

M. Green n’a pas seulement indiqué qu’il n’était pas d’accord avec les points de vue opposés; il s’est moqué de ces interlocuteurs, les a ridiculisés et insultés. En utilisant des termes comme [traductions] « balivernes » et « idiote », il a privé les interlocuteurs de l’aspect qui peut s’avérer le meilleur des émissions de causerie à la radio, notamment un dialogue juste et interactif. Même si ce ne sont pas tous les radiodiffuseurs qui admettent le caractère approprié de la pure objectivité et rien d’autre de la part des animateurs, le CCNR maintient depuis longtemps le droit des animateurs d’émissions de causerie d’épouser un point de vue sur les ondes. Le droit d’exprimer une perspective éditoriale est une chose; l’exclusion des opinions de ceux et celles souhaitant exprimer une perspective contradictoire est complètement autre chose. […] Dénigrer les opinions opposées avec des mots condescendants, même enfantins, comme ceux rapportés plus haut n’est ni juste ni approprié.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques. Plus de 720 stations de radio, de services de radio par satellite, de stations de télévision et de services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.