Canal Vie concernant La belle gang

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 17/18-0448
2018 CCNR 13
27 juin 2018
S. Courtemanche (présidente), M. Galipeau, P. Gratton, M. Ille, É. Latour, T. Porrello, C. Simard

LES FAITS

La belle gangest une émission-causerie télévisée, animée par Isabelle Racicot, Kim Rusk et Patrick Langlois. Les animateurs reçoivent des invités pour parler du sujet du jour.

Canal Vie a diffusé un épisode de l’émission le 8 novembre 2017 à 18 h. Ce service facultatif a transmis la mise en garde suivante en format audio et vidéo au début de l’émission et au retour de chaque pause :

La nudité et le langage contenus dans cette émission pourraient offenser certains téléspectateurs.

Il a également diffusé une icône de classification G au début de l’émission et au retour de chaque pause pendant 15 secondes.

Le sujet de discussion ce jour-là est l’âge et la sexualité. Les animateurs commencent par discuter de l’âge auquel les femmes sont le plus confiantes au lit. Ils accueillent la chanteuse Michèle Richard comme invitée, pour qu’elle donne son opinion sur le sujet du jour. Il y a ensuite un segment dans lequel un sexologue parle de l’évolution de la sexualité et montre quelques jouets sexuels.

Plus tard dans l’émission, les animateurs reçoivent un dénommé Popsicle, un échangiste qui produit des films pornographiques avec sa femme. Popsicle décrit leurs débuts dans l’industrie et le fait que sa femme avait un appétit sexuel très marqué en particulier pour les « gang bangs ». On peut voir un clip de Popsicle et sa femme sur le plateau de tournage d’un film pornographique. On distingue vaguement des hommes nus, de dos, pendant que Popsicle discute avec le caméraman de la façon de réaliser le meilleur angle sur la pénétration : « Elle s’écarte comme ça, […] mais là que ce soit les gars qui s’occupent d’elle pour qu’elle se fasse fourrer comme il faut ». De retour à l’émission, Popsicle répond aux questions des animateurs concernant sa motivation à faire de la porno et raconte comment leur métier affecte leur vie de couple.

Il y a un autre segment dans lequel des adolescents donnent leur opinion sur le sexe, et discutent de la façon dont ils abordent la question avec leurs parents et du phénomène de « sextos ».

Le dernier segment est une conversation avec l’humoriste Marie-Lyne Joncas. Elle parle de sa websérie, Le courrier du cul, et en montre un extrait dans lequel il est question d’une masturbation avec les pieds qui « exfolie le pénis ». Joncas explique aussi comment sa sexualité a changé au cours des ans et le rôle que jouent la pornographie et la masturbation dans sa propre vie sexuelle : « Il y a une différence entre se masturber tout seul juste pour faire la dompe. Pis se faire l’amour. C’est important de se faire l’amour des fois. » (Une transcription complète de l’émission figure dans l’annexe A.)

Le CCNR a reçu une plainte en date du 8 novembre concernant l’émission. La téléspectatrice se plaint surtout du segment qui présente le producteur porno-échangiste Popsicle parce qu’« ils ont diffusé des photos (floutées, mais on pouvait clairement voir les corps nus) pour illustrer le noble travail de l’acteur ». Elle explique que ses enfants « étaient attablés et entendaient ce qui se disait sur l’échangisme et sa femme qui peut avoir 20 partenaires et une autre dame qui disait qu’elle consommait la porno et c’est bon pour elle ». Elle rappelle que Canal Vie se définit comme une chaîne familiale et affirme que ce genre d’émission ne devrait être offert qu’après 23 h.

Canal Vie a répondu le 5 décembre. Le télédiffuseur écrit qu’il n’estime pas que le contenu ait été destiné exclusivement à un auditoire adulte et ajoute que « tout ce qui touche la sexualité est reçudifféremment par nos téléspectateurs ». Il souligne qu’il a affiché une mise en garde et brouillé certaines images de nudité.

La plaignante n’a pas été d’accord avec le point de vue du télédiffuseur et a déposé sa demande de décision le 7 décembre. Elle maintient que les enfants ne devraient pas être exposés à la pornographie et que « un panneau d’avertissement n’est pas suffisant! […] Avec ce type d’émission, sous prétexte qu’on essaie de comprendre ces situations marginales et dépravées, on ne fait que les promouvoir! » Elle suggère aussi que l’image de la femme de Popsicle entourée de plusieurs hommes est dégradante et contribue à la violence faite aux femmes qu’on dénonce actuellement. (La correspondance complète figure dans l’annexe B.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologieet du Code concernant la violencede l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR):

Code de déontologie de l’ACR, article 10 –Télédiffusion(Mise à l’horaire)

a) Les émissions à l’intention des auditoires adultes ayant du contenu sexuellement explicite ou comportant du langage grossier ou injurieux ne devront pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21 h 00 et 6 h 00. […]

Code de déontologie de l’ACR, article 11 – Mises en garde à l’auditoire

Pour aider les téléspectateurs à faire leurs choix d’émissions, les télédiffuseurs doivent présenter des mises en garde à l’auditoire lorsque la programmation renferme des sujets délicats ou, du contenu montrant des scènes de nudité, des scènes sexuellement explicites, du langage grossier ou injurieux ou, d’autre contenu susceptible d’offenser les téléspectateurs, et ce

a) au début de la première heure, et après chaque pause commerciale pendant la première heure, d’une émission diffusée pendant la plage des heures tardives qui renferme ce genre de contenu à l’intention des auditoires adultes, ou

b) au début, et après chaque pause commerciale, des émissions diffusées hors de la plage des heures tardives dont le contenu ne convient pas aux enfants.

Des modèles de mises en garde appropriées figurent à l’Annexe A [du code]. Il s’agit de textes suggérés. Les télédiffuseurs sont invités à adopter le genre de texte qui est le plus apte à fournir aux téléspectateurs les renseignements les plus utiles et opportuns en ce qui concerne l’émission visée.

Code de l’ACR concernant la violence, article 4.0 – Classification

Système de classification pour les télédiffuseurs canadiens de langue française

E – Exemptées

Émissions exemptées de classification.

Cette classification s’applique aux :

émissions d’information :          nouvelles, actualités, affaires publiques

émissions de sport :          événements sportifs, nouvelles de sport

émissions de variétés :          spectacles, émissions de causerie, quizz, vidéoclips

magazines

documentaires

infopublicité

Il n’est pas obligatoire que la programmation exemptée s’accompagne d’une icône de classification à l’écran, et les télédiffuseurs ne sont pas tenus de coder le signal de radiodiffusion d’une classification.

Les membres du comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont visionné la diffusion en question. Le majorité du comité conclut qu’il n’y a pas eu violation des codes susmentionnés.

Les questions traitées par le comité décideur étaient les suivantes :

  1. Est-ce que cet épisode de La belle gang renferme un contenu sexuellement explicite destiné aux auditoires adultes qui aurait dû l’empêcher d’être diffusé avant 21 h?
  2. Est-ce que le texte des mises en garde de Canal Vie était adéquat pour cet épisode de l’émission La belle gang?

Mise à l’horaire du contenu à caractère sexuel

Lorsque le CCNR a traité dans ses décisions antérieures de la mise à l’horaire du contenu à caractère sexuel, il a conclu que les descriptions ou les images explicites d’actes sexuels ne devaient pas être diffusées avant 21 h. De telles descriptions ou images explicites constituent en effet du contenu « destiné à un auditoire adulte » qui doit être réservé à la plage des heures tardives de la soirée[1].

Par contre, un contenu plus flou, comme des propos à double sens ou de simples allusions au sexe sont acceptables à n’importe quelle heure. Dans certains cas, le CCNR a statué que des mises en garde étaient nécessaires[2].

Il est clair que les propos dans cette émission de La belle gang sont à caractère sexuel puisque la discussion portait sur l’âge et la sexualité. Dans l’ensemble, l’émission-causerie a offert du contenu pertinent au sujet abordé. Durant l’émission, on a diffusé un extrait de film d’une durée de 7 à 8 secondes montrant un des invités de l’émission, le dénommé Popsicle, avec sa femme pendant le tournage d’une scène pornographique. L’extrait montre des hommes nus, de dos, et Popsicle donnant des consignes verbales à son caméraman en vue de maximiser le caractère sexuel de la scène. Toutefois, les images ont été floutées.

Après avoir visionné l’émission de La belle gang en question, le comité décideur a conclu à la majorité que le contenu n’était pas explicite au sens de l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR. En ce qui a trait à l’extrait du film d’une durée de 7 à 8 secondes commenté par le producteur porno-échangiste, il a été jugé acceptable parce que les images étaient suffisamment floues et que le contenu verbal comportait de simples allusions au sexe. Certes, certains propos de l’échangiste pouvaient être considérés comme suggestifs, mais ils n’ont pas été suffisamment explicites pour permettre de conclure qu’ils s’adressaient exclusivement à un auditoire adulte.

Opinion dissidente de P. Gratton

Contrairement à mes collègues du comité décideur, j’estime que l’extrait du film pornographique d’une durée de 7 à 8 secondes et commenté par le producteur porno-échangiste Popsicle était de nature sensationnaliste et n’ajoutait rien à la discussion. Mais ce qui m’apparaît plus important, c’est que l’extrait dépassait le seuil de contenu simplement suggestif et qu’il était, à mon avis, suffisamment explicite pour être considéré comme s’adressant exclusivement à un auditoire adulte.

Mise en garde à l’auditoire

Dans ses décisions antérieures, le CCNR a toujours affirmé que les mises en garde devaient décrire de façon précise la nature du contenu susceptible d’offenser des téléspectateurs. En effet, on ne peut pas prétendre qu’une mise en garde qui se contente de mentionner « à l’intention d’un auditoire adulte » soit adéquate quand elle ne précise pas s’il s’agit d’un contenu à caractère sexuel ou violent, ou d’un langage grossier ou injurieux[3].

Le CCNR a également souligné que la nudité n’était pas la même chose que les images d’activité sexuelle ou les conversations concernant l’activité sexuelle. Une mention de « nudité » dans un avertissement ne couvre aucun autre contenu à caractère sexuel[4]. Plus récemment, le CCNR a fortement encouragé le télédiffuseur à être plus spécifique dans ses mises en garde, mais n’a pas constaté une infraction au code pour autant[5].

En l’instance, le comité décideur est d’avis, nonobstant que le télédiffuseur n’ait pas enfreint l’obligation d’offrir une mise en garde appropriée, que le service Canal Vie aurait pu fournir plus de détails, surtout dans le contexte de l’épisode en question. L’objectif des mises en garde est de toujours permettre aux téléspectateurs de faire de meilleurs choix pour leurs familles et une indication précise de la nature du contenu est le meilleur outil pour y parvenir.

Enfin, le comité décideur note que le diffuseur a affiché une icône de classification « G » au début de l’émission et au retour de chaque pause publicitaire. Puisque La belle gang est une émission-causerie, il n’y a pas dans son cas d’obligation explicite à l’égard d’une icône de classification. Le comité tient donc à souligner que Canal Vie a offert cette information supplémentaire aux téléspectateurs à titre volontaire.

Réceptivité du télédiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le télédiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que celuci-ci ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, Canal Vie dans sa réponse a satisfait à son obligation de répondre adéquatement à la plainte. Ce télédiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

[1] TQS concernant l’émission 2000 ans de bogues (Décision CCNR 99/00-0116 et -0345, 29 août 2000); CTV concernant W-FIVE (couples échangistes) (Décisioin CCNR 99/00-0347, 14 février 2001); TQS concernant deux épisodes de Sexe et confidences (Décision CCNR 01/02-0329, 5 avril 2002); TVA concernant Je regarde, moi non plus (Décision CCNR 01/02-0452, 20 décembre 2002); Canal D concernant Festival Juste pour Rire et Comicographies juste pour Rire : François Morency (Décision CCNR 02/03-0142 et -0143, 17 juillet 2003); MTV Canada concernant un épisode deMTV Live (« Sexe virtuel ») (Décision CCNR 05/06-1459, 8 janvier 2007); MTV Canada concernant un épisode deMTV Live (« S’aimer soi-même ») (Décision CCNR 06/07-0763, 1er mai 2007).

[2] TQS concernant deux épisodes de Sexe et confidences (Décision CCNR 01/02-0329, 5 avril 2002); Canal D concernant Festival Juste pour Rire et Comicographies juste pour Rire : François Morency (Décision CCNR 02/03-0142 et -0143, 17 juillet 2003); MTV Canada concernant un épisode de MTV Live(« Sexe virtuel ») (Décision CCNR 05/06-1459, 8 janvier 2007); MTV Canada concernant un épisode deMTV Live (« S’aimer soi-même ») (Décision CCNR 06/07-0763, 1er mai 2007); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013); MusiquePlus concernant CTRL (Décision CCNR 15/16-0367, 19 octobre 2016); VRAK concernant Code F (Décision CCNR 16/17-2253, 25 avril 2018).

[3] Teletoon concernant Team America : World Police (Décision CCNR 07/08-1011, 7 août 2008); The Comedy Network concernant South Park (Décision CCNR 09/10-1432 et -1562, 5 octobre 2010); TV5 concernant Le sexe autour du monde (« Japon ») (Décision CCNR 11/12-1648, 24 octobre 2012).

[4] CITY-DT concernant The Long Weekend (Décision CCNR 13/14-0046, 5 février 2014); HIFI concernant 10 000 BC, The Mechanic et Trailer Park Boys (Décision CCNR 16/17, 9 août 2017).

[5] VRAK concernant Code F (Décision CCNR 16/17-2253, 25 avril 2018).

ANNEXE A

La belle gangest une émission-causerie télévisée, animée par Isabelle Racicot, Kim Rusk et Patrick Langlois. Les animateurs reçoivent des invités pour parler du sujet du jour.

Canal Vie a diffusé un épisode de l’émission le 8 novembre 2017 à 18 h. Ce service facultatif a diffusé la mise en garde suivante en format audio et vidéo au début de l’émission et au retour de chaque pause :

La nudité et le langage contenus dans cette émission pourraient offenser certains téléspectateurs.

Le télédiffuseur a également diffusé une icône de classification G au début de l’émission et au retour de chaque pause pendant 15 secondes.

Voici une transcription de l’épisode :

Kim :          Aujourd’hui à La belle gang.

Isabelle :          Aujourd’hui les jeunes ce sont tous des dépravés. Bon j’imagine que vous avez déjà entendu ce genre de discours là, mais selon vous, est-ce que la sexualité se dégrade au fil des générations?

Patrick :          Attention aux oreilles chastes, parce que nos invités ne prennent pas de détours aujourd’hui. Michèle Richard, Marie-Lyne Joncas, et une sexologue sont avec nous.

Kim :          Et on va échanger avec un échangiste. Bin là calmez-vous, c’est pas ce que vous pensez.

[dans l’introduction, les trois animateurs discutent des galas et l’acte de vieillir]

Isabelle :          Ça se travaille dans la tête tout ça là. Et en parlant d’âge, savez-vous à quel âge les femmes seraient les plus confiantes au lit?

Kim :          Au lit?

Isabelle :          Oui.

Kim :          Attends, j’ai 33… 33!

Patrick :          Moi je vais aller avec 40.

Isabelle :          Quarante?

Kim :          Quarante? Le peak sexuel sera à 40 ans.

Isabelle :          Selon une étude britannique, c’est à 35 ans.

Patrick :          Ah oui?

Isabelle :          Entre 35 et 44 que les femmes sont les plus confiantes au lit. Et selon cette même étude-là, les femmes dans la trentaine auraient aussi plus de sexe que celles dans la vingtaine. Kiiiiim, bravo!

Kim :          Bin j’ai du meilleur sexe que dans la vingtaine, ça c’est clair.

Patrick :          Mais t’en avais plus avant?

Kim :          J’en avais du différent.

Isabelle :          En parlant de sexe par contre, j’aime toujours voir la réaction des gens quand j’aborde ce sujet-là dans la rue.

[clip d’Isabelle qui fait des entrevues vox pop dans la rue]

Isabelle :          Êtes-vous à l’aise à parler de sexe?

Interlocutrice 1 :          Oui, why not!?

Interlocutrices 2 et 3 :          Wooooooooooo.

Interlocuteur 1 :          Il me semble qu’on vient de se rencontrer.

Isabelle :          Ouais, mais je suis de même moi. [elle rit]

Interlocuteur 1 :          Ok.

Interlocutrice 4 :          Oh mon Dieu Seigneur! J’en ai pas.

Isabelle :          Nous entre filles on parle de sexe ensemble.

Interlocuteur 1 :          Ouais.

Isabelle :          Vous autres entre gars?

Interlocuteur 1 :          On parle de cul.

Isabelle :          Toi tu parles de sexe avec qui dans la vie?

Interlocuteur 2 :          Avec mes amis, des fois avec mes parents.

Interlocutrice 2 :          Amies, professeurs, famille, patron des fois.

Isabelle :          Avec votre patron?

Interlocutrice 2 :          Ouais.

Isabelle :          C’est pas weird?

Isabelle :          De quoi vous parlez quand vous parlez de sexe?

Interlocuteur 3 :          Très bonne question.

Interlocutrice 5 :          De la position jusqu’à les [sic] accessoires. Je dirais de tout.

Isabelle :          Oh les accessoires.

Isabelle :          Oh mon Dieu Seigneur, c’est beaucoup d’informations.

Interlocutrice 1 :          Ça on parlera pas de ça, ça devient un petit peu trop intime pour moi.

Interlocuteur 2 :          Un petit verre dans le nez, c’est sûr que c’est un peu plus facile.

Kim :          Eille c’est dont bin cool comme vox pop Isa, bravo.

Isabelle :          J’aime ça parler de sexe. Et d’ailleurs, est-ce que la sexualité selon vous se dégrade au fil des générations? Parce qu’on entend beaucoup dire que les jeunes ont une sexualité débridée. Tsé, il y a beaucoup de commentaires de ce genre pis comme vous êtes plus jeunes que moi…

Patrick :          Oui.

Kim :          En effet, beaucoup plus jeune.

Isabelle :          Oh, eille, calmez-vous.

Patrick :          Si on se fie à la popularité des drogues comme le Cialis, le Viagra, je pense que mécaniquement ça se dégrade, mais peut-être pas psychologiquement.

Isabelle :          Ahhhhh, OK. Mais t’as-tu l’impression que, tsé, par rapport à nos grands-parents, on a aussi changé notre façon d’aborder le sexe?

Kim :          Oui.

Isabelle :          Oui?

Kim :          Et je trouve qu’à un certain niveau, il y a une certaine tristesse là-dedans. Je trouve que le sexe est rendu banal. On lui accorde moins d’importance qu’on y accordait, c’est rendu futile, facile, accessible. On fait juste triple W.

Patrick :          C’est pas une bonne chose ça?

Kim :          À un certain niveau tout est dans l’équilibre, je pense. À l’époque de mes grands-parents peut-être que c’était pas assez, on faisait l’amour, du sexe, pour avoir des bébés. Je trouve qu’aujourd’hui, bin, là ça c’est rendu vraiment pour n’importe quoi, tsé? Alors moi j’aime le milieu de tout ça.

Patrick :          Ok.

Isabelle :          Bon bin on va en reparler, parce que après la pause, Michèle Richard débarque en studio

Kim :          Ça va être le fun!

Isabelle :          On va parler de sexe avec elle. Bougez-pas.

– pause publicitaire

Patrick :          Est-ce que la sexualité se dégrade au fil des générations? On avait le goût de poser la question à quelqu’un qui en a du vécu et qu’on connaît depuis plus de 60 ans.

Michèle :          Oh.

Patrick :          Michèle Richard, merci d’être là.

Michèle :          Oh.

Patrick :          Merci, ça va bien?

Michèle :          Ça me fait plaisir. Oui, ça va bien. Très bien.

Patrick :          Moi je rentre tout de suite dans le vif du sujet. Je veux parler de sexe. Je veux savoir [Isabelle rit] comment est-ce que la sexualité évolue et change en vieillissant?

Isabelle :          Bin déjà là avec Michèle on aurait dû avoir des préliminaires.

Michèle :          C’est ça.

Isabelle :          C’est ça que tu es en train de nous dire?

Michèle :          Oui.

Isabelle :          [???]

Michèle :          Moi je dis que ça ne change pas.

Isabelle :          Non?

Michèle :          Ça ne change pas du tout. Pas ce que j’ai vu, et ce que j’ai vécu à travers les années dans le show-business. C’est pareil comme c’était quand j’avais 20 ans, ou même 15 ans. C’est autour que ça change. C’est, c’est la perception autour. Et, euh, les mystères qui sont totalement explosés, il y en a plus de mystères. Alors que quand j’étais jeune, tout se passait en ombre, euh, en cachette et tout ça. Et, et maintenant c’est pouf! Avec les médias sociaux, ça a, ç’a tout changé. Mais moi j’ai pas changé d’un iota. Je suis pareille. Je suis aussi fleur bleue, je suis aussi timide, je suis aussi, euh, euh, non, non, je suis très ancienne finalement je me rends compte de ça. [Patrick rit]

Isabelle :          Mais en même temps nous autres on a tellement l’impression que, euh, tsé, rapidement tu as eu, tu nous as donné l’image d’une femme, tsé, très, quasiment sexuelle. Tsé, je, j’ai évidemment la fameuse image où t’accompagnes, euh, euh, voyons, Michel –

Michèle :          Michel Louvain.

Isabelle :          — Louvain dans un gala habillée en bikini.

Michèle :          Oui, mais avec un grand manteau –

Isabelle :          Avec un grand manteau.

Michèle :          — pardessus complètement perlé qui venait de l’Italie. Je venais de faire un film en Italie pis j’ai pris la mode là.

Isabelle :          [???]

Michèle :          J’ai rien inventé.

Isabelle :          Je sais, mais je comprends que –

Michèle :          Et je chantais la chanson thème du film L’explosion, qui s’appelait « Vivre au soleil », alors c’est un concept de tout.

Isabelle :          Mais –

Michèle :          Et dans le Journal de Montréal le lendemain c’était écrit « Hier soir, à la Plage des Arts, il y avait telle, telle, telle affaire. » Mais j’étais, chus pas arrivée là en bikini comme sur une plage.

Isabelle :          Mais c’est l’image qu’on a quand même de –

Michèle :          Je me suis jamais fait poser en bikini à l’intérieur d’une maison.

Patrick :          Non.

Michèle :          Jamais. Pourtant vous en avez vu des photos de moi.

Patrick :          Ouais.

Michèle :          Mais toujours à l’extérieur.

Isabelle :          Faque est-ce que tu as toujours été à l’aise avec ta sexualité ou non?

Michèle :          Très à l’aise.

Isabelle :          Et est-ce que ça s’améliore en vieillissant? Aussi parce que moi je trouve que comme femme…

Michèle :          Non.

Isabelle :          Non?

Michèle :          C’est aussi bien. C’est pas pire ni moins, c’est différent. Mais je suis pas mieux en vieillissant. Je suis pareille.

Patrick :          Mais est-ce que les hommes sont mieux en vieillissant? Est-ce que c’est mieux avoir un amant jeune, ou quelqu’un de ton âge?

Michèle :          Bin quand t’es jeune, c’est mieux avoir un amant jeune, pis quand t’es plus vieille, c’est d’avoir un rythme qui va avec l’évolution et la maturité que t’as, il me semble.

Isabelle :          Et est-ce que tu as toujours été à l’aise à parler de sexe ou, euh?

Michèle :          Je, je suis pas à l’aise aujourd’hui.

Isabelle :          T’es pas à l’aise aujourd’hui? Bon, mettons –

Michèle :          Alors je l’étais pas à l’aise quand j’avais 20 ans non plus. Non, non, non, non, non.

Isabelle :          T’as une heure à faire. Comment tu vas faire?

Michèle :          C’est difficile d’en parler parce que, euh, il y a toutes sortes de gens qui nous écoutent. Il y a des gens plus marginaux, des gens plus sérieux, il y a des gens seuls, il y a des couples, il y a des, euh, il y a des échangistes, il y a des, toutes sortes de choses. Alors c’est, c’est difficile d’émettre des opinions parce que la façon dont c’est perçu, ça peut aller loin. C’est ça qui me fait peur. C’est pas mes opinions à moi. C’est très clair et très précis et très humble et –

Patrick :          Aie pas peur. Tantôt on reçoit un acteur porno échangiste.

Michèle :          J’haïs ça, le porno. J’haïssais ça quand j’avais 20 ans et j’haïs ça encore.

Patrick :          Oui?

Michèle :          Ben oui. Ça me déprime, je dis. [Isabelle rit] Moi j’aime tout ce qui est beau. J’aime, euh, tout ce qui est, euh, doux, tout ce qui est sensuel, tout ce qui est, et ça, ç’a rien, j’ai jamais rien vu de, ben, j’ai pas fouillé longtemps non plus.

Isabelle :          Toi t’es une romantique.

Michèle :          Oui!

Isabelle :          C’est ça qui te fait plaisir.

Michèle :          Ah oui. Et j’aime la douceur, et j’aime, j’aime me faire courtiser. J’aime, euh, j’aime les odeurs. Ça me rappelle, euh, des gens, des personnes que j’ai aimées. Euh, des, des, des, ça me rappelle plein de choses, des, des moments que j’ai vécus. Je veux dire, euh, les bruits, les sons.

Isabelle et Patrick :          Ouais.

Michèle :          Je veux dire, faire l’amour au bord de la mer, il y a rien de plus merveilleux.

Isabelle :          Ouais, jusqu’au moment où tu as du sable dans la craque de fesses.

Patrick :          Ça, c’est une autre affaire.

Isabelle :          Ça, c’est une autre affaire [rit].

Michèle :          On n’a pas besoin de dire ça, je trouve que ça –

Isabelle :          Ah tu vois, je suis allée trop loin!

Michèle :          Je trouve que ça désenchante!

Isabelle :          [tout en riant] Ouais, je le sais!

Patrick :          Michèle, —

Michèle :          [??]

Patrick :          T’es célibataire depuis une quinzaine d’années.

Michèle :          Ouais.

Patrick :          Comment est-ce que ça fonctionne maintenant? Est-ce qu’on attend plusieurs datesavant d’aller dans l’intimité? Est-ce qu’on va plus vite parce qu’on se connait mieux?

Michèle :          Non, non, non, on va pas plus vite parce qu’on se connaît mieux. Justement, parce qu’on se connaît mieux on prend notre temps.

Isabelle :          Oui.

Michèle :          C’est toute la, toute l’excitation est là. En tout cas dans mon cas.

Patrick :          Ouais. Peut-être t’aimes ce côté de séduction?

Michèle :          Eille, j’adore, c’est sûr. Non, non, chus très ancienne. Vous pensez que j’ai l’air moderne comme ça, mais c’est faux. C’est complètement faux.

Isabelle :          T’es un mélange des deux. Moi je le dis à chaque fois que je te vois, je veux vieillir comme toi.

Michèle :          Oh, eille, eille. C’est-à-dire que je projette que je suis très moderne, mais ne vous méprenez pas. C’est pas vrai du tout.

Patrick :          On va continuer de le découvrir. Et tu sais quand on parle de sexe, mais Kim veut toujours s’en mêler avec. Elle s’en vient avec une sexologue dans un instant.

Michèle :          Ok.

[plus d’extraits vox pop]

Isabelle :          Est-ce que vous avez l’impression que la sexualité était très différente à l’époque de vos grands-parents, disons comparativement à aujourd’hui?

Interlocutrice 2 :          Avec les médias sociaux, avec les sites de rencontres, avec les applications du genre Tinder, je pense que définitivement ça change le rapport qu’on a avec la sexualité, mais c’est beaucoup plus, je pense, dans l’image qui est projetée que dans l’action elle-même, peut-être dans les pratiques. Ça doit changer aussi avec la porno qui influence beaucoup les pratiques des jeunes et des vieux aussi. Moi je pense qu’il y a eu une évolution là.

Isabelle :          Est-ce que c’était plate le sexe à l’époque de vos grands-parents?

[Retour en studio]

Kim :          Et on est excité parce que là il y a plein d’accessoires sexuels qui viennent d’apparaître dans notre décor et quand on parle de sexualité, on aime toujours ça recevoir une sexologue pour, pour t’en poser la question en fait. Merci d’être là Lissa.

sexologue Lissa Godin : Merci de m’inviter. Chus vraiment super enchantée.

Kim :          Est-ce que toi tu penses que la sexualité se dégrade au fil du temps, ou, au contraire, c’est comme le vin pis ça se bonifie?

Lissa :          Euh, j’ai une réponse qui va être un peu plate. C’est, euh, ça dépend. Ça dépend du contexte parce que là la question elle a comme un double sens.

Kim :          Ouais.

Lissa :          Est-ce que c’est au point de vue personnel? Est-ce que ça s’améliore avec le temps? Ou avec, au niveau du temps avec les générations?

Kim :          Bin allons-y avec le fait de vieillir, tsé, parce qu’on peut penser, on parle souvent du peaksexuel des hommes qui est à 20 ans, la femme c’est dans la quarantaine.

Lissa :          C’est vrai.

Kim :          On s’entend que le peakest pas du tout en même temps là. Ce serait le fun qu’on se parle. Mais, mais là c’est vrai. Je, tsé, est-ce que la, notre sexualité est meilleure dans la quarantaine que dans la vingtaine ou que dans la soixantaine, selon toi?

Lissa :          Bien, ça dépend.

Kim :          Pour les femmes.

Lissa :          Pour les, pour les femmes, je disais, c’est du cas par cas, hein? Ça dépend de ton intersect-, de ton intersectionnalité, de qu’est-ce qui s’est passé dans ta vie –

Michèle :          Est-ce que ça dépendrait de notre éducation?

Lissa :          Oui, énormément.

Kim :          Oui, c’est bon ça, Michèle.

Lissa :          Énormément. Et des expériences que t’as eues dans ta vie. Si tes relations se sont bien passées, s’il y a eu de la communication aussi.

Michèle :          Bien important dans les premières relations, si ça s’est bien passé. Je pense que ça doit être très important, non?

Lissa :          À ce moment-là, oui ça s’améliore, mais, tsé, il y a des gens qui, qui, qui, ils ont pas une bonne éx-, une bonne éducation sexuelle pis leur relation ça se passe moyennement bien. Faque, je dirais que c’est à ce moment-là que ça, ça peut aller en, en diminution.

Kim :          Le sexe a changé aussi. Tsé, reculons de 50 ans, l’Église était dans les chambres à coucher.

Michèle :          Ah oui.

Kim :          Aujourd’hui elle est pas du tout là. Tsé, on est, tu parlais tout à l’heure, dans la, il y a beaucoup d’internet, beaucoup de porno, on est dans la banalisation. Le sexe, il est partout, on le vend.

Michèle :          Ça, c’est malheureux. Ça, ç’a changé.

Kim :          Ouais.

Michèle :          Ça, c’est malheureux. La banalisation comme tu dis.

Kim :          Mm.

Michèle :          Mais en dehors de ça, il y a rien qui a changé. C’est tout du pareil au même.

Kim :          Mais c’est-tu meilleur, Michèle, quand t’as 20 ans ou quand t’as 40, 50, dans ton corps, physiquement?

Michèle :          Moi je dis que pour quelqu’un de frigide, c’est pas meilleur à 20, qu’à 40 ou à 60, mais si c’est quelqu’un qui, qui, qui a beaucoup d’appétit sexuellement, ça reste pareil.

Kim :          Ouais.

Michèle :          C’est bien à 20 ans, 40 ans. Et c’est différent. Mais ce, ce, ce –

Kim :          Donc la personnalité finalement va pas modifier. On, on reste frigide –

Michèle :          Exactement.

Kim :          — à 40 ou à 50 ou à 60.

Michèle :          Et la manière qu’on, qu’on a été élevée avec les principes de base. Les principes de base de ma mère.

Kim :          Ouais.

Michèle :          Ce qu’elle me disait quand j’étais petite c’est toujours revenu dans ma vie. Ç’a toujours été présent et c’est toujours resté.

Kim :          Est-ce que c’est une raison, parce que c’est intéressant ce qu’elle dit, est-ce que c’est une raison pour laquelle les gens vont te voir en sexologie. Tsé, des fois, les, les commentaires ou les mots que certains, de notre éducation peuvent rester pis peuvent bloquer la sexualité?

Lissa :          Beaucoup. Entre autres, justement, oui l’éducation sexuelle que les gens ont reçue, ils ont besoin d’information.

Kim :          Mmm.

Lissa :          Euh, mais beaucoup aussi, vous parlez de communication dans le couple. Les gens viennent me voir parce qu’ils savent pas comment communiquer, s’affirmer, dire leurs besoins, —

Kim :          Ouais.

Lissa :          — régler des conflits, aussi banals que le ménage. En, en bureau, ça m’est arrivé souvent de faire des listes pis de partager les tâches. Pis on pense pas qu’une sexologue pourrait faire ça, mais oui, on règle des conflits.

Michèle :          L’éducation de, de, de parents qui sont assez équilibrés peut pas faire seulement que bloquer.

Kim :          Non, t’as raison.

Michèle :          Ça peut aussi le faire développer, naturellement, et d’une façon positive, non?

Kim :          Mais c’est, oui, absolument. Le sexe, le sexe, on est né de sexe de toute façon l’humain là. Fait qu’on s’entend que c’est normal, mais faut pas que ça devienne non plus trop banal. Là tu nous as amené des accessoires.

Lissa :          Oui.

Kim :          Et on est bin excité. Faque là, ça toi, est-ce que tu proposes ça des fois à tes clients, tes patients, comment on les appelle?

[gros plan des accessoires sur la table]

Lissa :          C’est très rare qu’on me demande des jouets sexuels, en fait. Des conseils, je vais leur donner des liens internet, mais, euh.

Kim :          Ok.

Michèle :          Moi il y a des choses que j’avais jamais vues là-dedans.

Kim :          Vas-y, Michèle, lequel ton préféré? Bin oui.

Michèle :          Bin, le préféré. C’est-à-dire je le sais pas s’il est mon préféré parce que j’avais jamais vu ça. Mais ça, ça m’intéresse, parce que ça ça là une vocation assez longue.

Kim :          [tient un accessoire] Oui.

Michèle :          Il me semble.

Lissa :          Celui-là c’est le We Vibe. Euh, c’est contrôlable avec une, une manette à distance.

Michèle :          Qui veut dire?

Lissa :          C’est-à-dire qu’on peut l’allumer avec une manette, comme un peu une voiture qu’on, qu’on, avec un antidémarreur.

Michèle :          Ça veut dire que la personne, elle peut être ailleurs? Et puis –

Kim :          Toi tu pourrais être ici pis ton chum pourrait être dans la salle de maquillage pis là il pourrait te, il pourrait te donner un petit peu de plaisir, Michèle, pendant que t’es là là.

Lissa :          Il y a une limite de distance là, mais il y en a qui sont encore –

Michèle :          Alors quelqu’un qui parle au téléphone?

Lissa :          Oui, oui.

Kim :          Tu pourrais prendre ça de même.

Lissa :          Il y en a qui sont vraiment, le We Vibe c’en, c’en est un, mais il y en a d’autres aussi comme le Leelo, ou le Laia qu’on peut contrôler avec notre téléphone cellulaire avec une application. Pis là ce qui est intéressant c’est qu’on peut une programmation séquence avec de la musique, avec des battements de cœur, avec des sons ambiants.

Michèle :          Wow.

Kim :          Aimes-tu la technologique? T’es-tu tech-, parce que toi je pense –

Michèle :          Pas du tout.

Kim :          Parce que ça va te prendre un téléphone cellulaire.

Michèle :          Oh j’en veux pas. Bin j’ai un téléphone cellulaire, mais du temps de Mathusalem [Kim rit] avec un flip qui ferme et qui ouvre.

Kim :          Bon, bin là ça va être une bonne raison pour t’en acheter un nouveau parce que tu peux connecter ça.

Michèle :          Oh non j’en veux pas de raison. Je vais rester comme ça.

Lissa :          On pourrait programmer la chanson « I Can’t Get No Satisfaction », puis avoir du plaisir là-dessus.

Kim :          Non, non, non. [chante] « Do you, do you, », oh non ça c’est pas, c’est pas la tienne Saint-Tropez.

Michèle:          [chante] « Je survivrai ».

Kim: :          « Je survivrai ». On met des tounes de Michèle Richard. Ça serait le fun. Ça, c’est le genre d’affaires que tu proscris, hein? [tient en main un masseur et la place sur son dos]. Parce que ce sont des masseurs. On s’entend pour, euh, tsé, les besoins musculaires, mais pour, au niveau de la sensibilisation il faut faire attention.

Lissa :          C’est parce qu’il est très puissant, surtout, celui-là il, il est rechargeable, mais il y en a un qui se branche dans le mur et qui surchauffe après 20 minutes. C’est, c’est –

Michèle :          Mais pour le massage dans le dos ça doit être extraordinaire.

Lissa :          Mais pour le massage dans le dos ça fait du bien.

Michèle :          Mais oui.

Lissa :          Mais je suggère de pas l’utiliser plus que 20 minutes –

Michèle :          Vingt minutes?!

Lissa :          Parce qu’il y a souvent des cas de surchauffe avec le Magic Wand, qui est un classique malgré tout.

Kim :          Mais je vous confirme ça prendra pas 20 minutes.

Lissa :          Mais il est très [?].

Michèle :          Mais sous les pieds. Sous les pieds ça peut surchauffer.

Kim :          Oui ça peut surchauffer. Je veux juste qu’on termine avec une statistique, Michèle. Puis, et je sais pas si ça va te faire réagir. On dit que les infections transmises sexuellement sont en hausse chez les 50 ans et plus. C’est-tu vrai ça?

Lissa :          Oui, c’est vrai.

Michèle :          Pourquoi, parce qu’on est de la vieille école et puis –

Kim :          Les condoms, vous aimez pas ça?

Michèle :          On utilise moins le condom, c’est ça?

Lissa :          Mais il y a plusieurs raisons en fait qui, qui, qui peuvent être prises en compte. Dans les centres de personnes âgées, il y a plus de femmes que d’hommes, donc ça peut être plus difficile pour les femmes de négocier le port du condom.

Kim :          Hey, les femmes, on négocie là.

Lissa :          Oui. Il y a aussi le fait que l’éducation sexuelle était pas disponible à [??].

Kim :          Mm. Moins d’information.

Lissa :          Il y a aussi le fait que si un des deux époux décède, bin à ce moment-là il y a des nouveaux partenaires pis là on se retrouve avec plein de nouvelles informations, euh, on sait pas trop comment.

Michèle :          Eille, eille.

Lissa :          Puis à la base la sexualité des ainés est un peu un tabou.

Kim :          Ouais.

Lissa :          Puis pour eux, entre eux la sexualité est un tabou, et leur sexualité est un tabou.

Kim :          Aussi.

Lissa :          Donc là, si on a de la discrimination ou de la honte rattachée, c’est très dur d’en parler avec un professionnel de la santé.

Kim :          Merci Lissa, c’était hyperintéressant.

Michèle :          Wow.

Lissa :          C’est un plaisir. Merci.

Kim :          On va garder tes accessoires parce qu’on est bien curieuses. Après la pause on va continuer notre discussion sur la sexualité, mais cette fois avec des ados et on reçoit un acteur porno.

– pause publicitaire

[vox-pop]

Isabelle :          Quand on dit que les jeunes ont une sexualité débridée, est-ce que vous vous reconnaissez là-dedans?

Interlocutrice 6 :          Je pense que ça aussi c’est des fausses croyances. C’est prouvé que les pratiques sexuelles sont pas changées en fait, c’est la même âge. Il n’y a pas d’éducation sexuelle dans nos écoles, puis c’est important. Donc moi je remettrais ça. Puis c’est sûr que si on intègre dans nos enfants dès la, dès la maternelle, dès la première année une conscientisation sur la sexualité parce que ça part dès l’enfance, je pense qu’on peut évoluer vers quelque chose de vraiment mieux.

Isabelle :          Mon Dieu, j’ai une experte en sexualité et je le savais pas.

Interlocutrice 6 :          Je suis sexologue en fait.

Isabelle :          [crie de surprise] Un sexologue.

[retour en studio]

Patrick :          La sexualité, ça se pratique dans le privé, la plupart du temps, mais qu’est-ce qui arrive quand un couple a des pratiques peu communes, en étant échangistes et qui, en plus, les deux sont des acteurs pornos. Mais c’est ce qu’on va voir avec Popsicle. Merci de te joindre à la conversation. Popsicle c’est pas ton vrai nom?

Popsicle :          Non.

Patrick :          Jocelyn –

Popsicle :          Jocelyn c’est pas mon vrai nom.

Patrick :          Ah bin.

Kim :          Bin voyons, t’as deux faux noms?

Popsicle :          Ouais, c’est ça.

Kim :          Ok.

Patrick :          Bin, professionnellement on te connaît sous « Popsicle ». Toi et ta conjointe Nala avez tous les deux 41 ans. Vous évoluez dans l’industrie du sexe. Toi t’es devenu acteur porno à 39 ans? Comment est-ce qu’on rentre dans ce monde-là à cet âge-là?

Popsicle :          Bin nous autres ç’a toujours été une passion. C’est, euhm, souvent les, les, les, les gars ou les filles vont se garrocher vraiment jeunes parce qu’il y en a qui veulent être connus. Il y en a qui se disent « ah, c’est de l’argent facile », mais ils savent pas dans quoi ils s’embarquent. Tandis que nous ça a été muri longtemps. On a commencé, nous autres c’était fin 2008 à sortir ensemble, mais ça a toujours été, euhm, quelque chose qui était là pour nous autres. Pis c’est pas parti, eille, un jour on va faire acteur porno, on va faire escorte, on va faire ci, on va faire ça. C’était juste une passion qu’on avait les deux.

Kim :          Une passion pour le sexe?

Popsicle :          Pour le sexe.

Kim :          Une sexualité pas à deux là?

Popsicle :          Euh oui, ça peut être, il y a pas, il y a pas de, de minimum ou maximum. Des fois c’est du, c’est du cas par cas. Faut que ça soit les bonnes personnes au bon moment qui sont là vraiment parce qu’ils veulent vivre le moment.

Kim :          Ok.

Popsicle :          Pas, c’est pas obligé. C’est parce que souvent c’est imposé. Il y en a qui font ça pour l’image ou quoi que ce soit. Bon, bin là pour que ce soit hard, mais là ça prend, faut qu’il y en ait dix ou faut qu’il y en ait douze, ou ci ou ça et ça pis si tu fais pas ça –

Michèle :          Est-ce que ça prend d’abord et avant tout un tempérament d’exhibitionniste?

Popsicle :          Euhm.

Isabelle :          Bonne question.

Popsicle :          D’exhibitionnisme? C’est ça c’est une bonne question. Parce qu’on –

Kim :          Mais c’est –

Popsicle :          Peut-être qu’on l’est de, de nature, mais c’est pas –

Kim ou Isabelle :          [??].

Popsicle :          C’est ça, mais –

Michèle :          Sinon ça va pas bien.

Popsicle :          Je vous dirais que c’est plus, euhm, pour nous autres c’est plus, euhm, le monde nous voit, mais c’est pas ça qui est vraiment important.

Michèle :          Mais est-ce que ça dérange quand vous savez que vous avez des yeux sur vous?

Popsicle :          Non parce que nous autres, on va, on y va vraiment pour le moment qu’on a envie de vivre ou de faire vivre.

Michèle :          Vous êtes capable de faire abstraction de tout ça?

Popsicle :          Oui c’est ça. C’est ça. Pis le, le reste devient secondaire. Tsé, c’est pas pour faire un show pis le fait que ce soit un moment qui est, qui est intense comme ça. Un moment qui est, qui est vrai comme ça. C’est là que la scène va dégager quelque chose pis que c’est pas, euh, dégueulasse ou c’est n’importe quoi qu’on va faire.

Patrick :          Ouais.

Popsicle :          C’est pas dégueulasse. C’est pas –

Kim :          On [?] moins quelque chose et c’est pas là [?]

Popsicle :          C’est sûr parce qu’au début ç’a commencé comme, euh, ma femme elle a un appétit, euhm –

Isabelle :          Un appétit sexuel?

Popsicle :          On va dire, oui, un appétit sexuel, on va dire infini. Pis elle, mettons là, des, des gangs bang, c’est, c’est une femme pis il y a plusieurs hommes. Bin des fois il y en avait une vingtaine.

Kim :          Pardon!?

Popsicle :          Oui.

Patrick :          Mais, mais là.

Isabelle :          Mais toi ça te dérange pas?

Patrick :          Mais attends, attends.

Kim et Isabelle font des bruits de surprise.

Popsicle :          Juste un instant.

Kim :          En même temps? En même temps?

Popsicle :          Oui. Bin en même temps, ça se relaie, mais c’est parce que –

Kim :          Ça se relaie.

Michèle :          Ça se relaie?

Popsicle :          Bin oui, c’est ça. Sauf qu’à un moment donné, qu’est-ce qui arrivait c’est qu’il y avait des femmes qui venaient dans la soixantaine, des femmes qui avaient jamais été dans les clubs échangistes, qui avaient jamais fait, euh, qui ont jamais fait de trip à trois, qui ont jamais rien essayé de leur vie, mais qui ont entendu parler pis qui venaient la voir, pis après ça elles s’assisaient avec moi pis disaient elle est belle ta femme quand elle le fait parce qu’elle aime ça pis elle a du fun.

Kim :          [?] fin.

Patrick :          T’en parle, Popsicle, et j’aime ça parler de sexe, mais allez regarder un extrait ce serait encore plus intéressant.

Isabelle :          Oh, attention.

[extrait d’un film dans lequel on montre Popsicle et sa femme filmant une scène pornographique; pendant ce vidéo, on voit des hommes nus, de dos, flous; les mots « Classe XXX » figurent en dessus de l’image]

Narratrice :          Après avoir regardé la scène froidement pendant de longues minutes, Popsicle décide d’intervenir et propose une idée.

Popsicle :          [parlant au caméraman] Elle s’écarte comme ça, il pourrait y avoir un POV de l’autre côté de la pénétration, et tu peux te promener comme ça. Pis détail important que là d’habitude elle s’occupait de tout le monde en même temps, mais là que ce soit les gars qui s’occupent d’elle pour qu’elle se fasse fourrer comme il faut. Tsé que le focus s’y est mis là-dessus.

[fin d’extrait]

Patrick :          On l’a posée la question, mais j’ai le goût de la reposer, ça te dérange pas? T’es même pas impliqué.

Popsicle :          Non.

Patrick :          C’est, c’est ta blonde pis d’autre monde là.

Popsicle :          C’est ça, pis nous autres si je tourne avec quelqu’un, ma blonde est jamais impliquée. C’est le contraire. Parce qu’on est pas capable, on aime tellement un et l’autre, soit voir l’autre ou le faire, qu’on est pas capable de faire les deux en même temps, parce qu’on aime trop chaque. Faque c’est vraiment, c’est soit un ou soit l’autre.

Michèle :          Diriger pis, euh, —

Patrick :          Pis participer.

Popsicle :          C’est ça. Pis, c’est vraiment, pis les deux ç’a été naturellement comme ça depuis le début. C’est, c’est pas une jalousie, c’est comme, c’est, c’est encourager. C’est vas-y t’aime ça, mais ʼgarde, c’est, c’est go, c’est la pédale dans le plancher ou c’est pas [??].

Isabelle :          Mais moi j’ai de la, je veux essayer de comprendre parce que il me semble que quand, est-ce qu’il y a beaucoup d’amour entre vous ou c’est une amitié et vous vous retrouvez dans le sexe? Parce que pour laisser ta blonde, puis elle à l’inverse te laisser aller avec autant d’autres personnes, euh, est-ce, est-ce, j’essaie de parler de l’amour.

Popsicle :          Nous autres, ça fait drôle à dire, mais souvent c’est, euhm, c’est l’amour, mais vraiment comme que le monde en rêve souvent dans notre vie privée. Tsé notre vie privée nous autres c’est, le monde reste surpris parce que souvent ils viennent chez nous, ils pensent qu’on est comme ça partout, qu’on est comme ça comme dans toutes les circonstances. Non, chez nous c’est notre cocon pis nous autres –

Kim :          Mais justement ça –

Popsicle :          C’est, si on se dit pas –

Kim :          Mais vos relations sexuelles à vous deux là, c’est, dans l’intimité là, c’est passionné, c’est romantique? Est-ce que ça vous fait –

Popsicle :          Le romantisme sur ce côté-là, euh, non. Nous autres c’est vraiment le romantisme c’est quand on s’embrasse ou quand qu’on est vraiment collé pis quand qu’on est, pis on est toujours, toujours collé. On est toujours en train de se toucher. On est toujours après –

Michèle :          Une question.

Popsicle :          Oui?

Michèle :          Quand tu diriges ta femme –

Popsicle :          Oui?

Michèle :          — sur un plateau – j’appelle ça comme ça – est-ce que tu pourrais détecter si elle fait son travail et qu’elle est contente, ou si elle a un petit quelque chose pour une des personnes qui est là?

Popsicle :          Bin –

Michèle :          S’il y en a trois, quatre, ou six?

Popsicle :          Oui, premièrement il y aurait pas une personne qui passerait, qui se rendrait jusqu’au tournage s’il y aurait de quoi, parce que je le saurais même avant.

Michèle :          Comment tu peux détecter ça?

Popsicle :          Moi je connais ma femme parfaitement, pis l’attitude qu’on recherche chez les gens, elle, elle est claire. Donc on n’a pas besoin de faire le ménage. Si quelqu’un veut arriver là, il veut faire le boss, il veut tasser tout le monde ou qu’il manque de respect, ça se voit tout de suite, mais souvent il –

Kim :          Non, mais [???], attends.

Michèle :          Ouais.

Patrick :          Ça se développe pendant.

Michèle :          C’est ça.

Patrick :          Peut-être que, mettons.

Popsicle :          Non, mais c’est ça.

Michèle :          Je parle pas de manque de respect. Je p-, je parle de, d’émotion –

Popsicle :          Oh, ok, non. De l’émotion. Ok, ok.

Isabelle :          [???]

Michèle :          [??] et les partenaires dont tu es témoin.

Popsicle :          Non, c’est, premièrement, c’est pas, euh, nous autres c’est vraiment sexuel, de un. Pis deuxièmement nos émotions à nous autres c’est, c’est total. C’est la femme de ma vie, je suis l’homme de sa vie pis c’est clair, c’est comme ça pis il y a pas personne. Depuis la troisième journée qu’on s’est retrouvé, parce qu’on s’est connu à la petite école, —

Isabelle :          Oui, en plus.

Popsicle :          — j’ai su, j’ai su que c’était la femme de ma vie.

Kim :          Bin mon Dieu.

Isabelle :          C’est bin beau ça.

Popsicle :          J’ai su que, j’ai su que c’était la femme de ma vie pis c’est, c’est par rapport à son rire.

Patrick :          Ah oui?

Popsicle :          Oui. Par rapport à son rire pis à son attitude pis ça, ça l’a été clair comme de l’eau de roche, et c’était, ç’a pas, tsé, c’est pas ça que je cherchais là. Ç’a juste fait clic.

Patrick :          Moi, Popsicle j’ai plein d’autres questions, mais c’est sur le web qu’on va découvrir le reste des questions.

Isabelle :          Oh, prolongation!

Patrick :          La prolongation web, allez sur le site de La belle gang

Isabelle :          Oui!

Patrick :          — pour le reste de cette conversation. Toi Isabelle, t’en as eu plein de belles conversations sur le sexe avec les jeunes.

Isabelle :          Oui là on parle de sexe entre adultes, mais j’ai aussi parlé avec des ados pour savoir comment eux ils vivaient ça. Alors vous allez voir à quel point ils sont intéressants, qu’ils ont pas peur de se dévoiler. Alors [?], Samuel, Katrina, Tatiana, Audrey, Amanda, Audrey et Yann, Nicholas aussi, je vous dis merci pour votre grande authenticité.

[séquence « Sur le dos des ados » où Isabelle parle aux adolescents]

Isabelle :          On va parler de sexe ensemble. Est-ce que c’est un sujet qui vous met à l’aise ou mal à l’aise?

Tous ensemble :          À l’aise.

Isabelle :          À partir de quel âge de façon normale on a du sexe?

Tous ensemble :          Quinze, 16, 17 ans.

Isabelle :          Quinze, seize, hein?

Une des participantes :          Après le mariage pour moi.

Isabelle :          Toi après le mariage. Qui ici a déjà fait l’amour?

[Quelques mains se lèvent]

Isabelle :          Quand même, ok, on a presque la moitié du groupe. Quand vous avez des questionnements par rapport au sexe, à qui vous vous confiez, à qui vous parlez?

Voix confondues :          Mes amis, mes chums de gars, mes amies de fille.

Isabelle :          Amies de fille?

Une participante :          Ouais.

Isabelle :          Amis de gars? Est-ce que vous en parlez avec vos parents ouvertement?

Un des participants :          Mais, euhm, il y a toujours la conversation malaisante du on commence une relation sérieuse faque il y a maman, papa, qui te prend à part et qui dit bon là ça arrive, protège-toi, fais attention.

Isabelle :          Message obligé.

Un des participants :          Oui, mais comme, je suis content qu’on l’ait eu quand même. Comme ça il n’y a pas de, de malentendu.

Isabelle :          Pis est-ce que vous voulez que vos parents vous posent plus de questions, vous demandent où est-ce que vous en êtes rendus?

Une des participantes :          Des fois, j’aime pas ça aller comme leur poser des questions parce que je trouve ça vraiment malaisant là, pis je pense que pour beaucoup de personnes c’est comme ça aussi. Mais dès que ça commence pis que le gêne est brisée, j’aime ça avoir des conseils.

Isabelle :          On parle beaucoup des sextos, pis sexto c’est conversations, mais c’est des photos sexy qu’on envoie à d’autres. Est-ce que c’est un moyen de communication fort utilisé?

Un des participants :          Bin moi je pense que oui. Je veux dire, il y a certaines, certaines personnes, tsé, qui aiment ça, mais il y a un autre côté où c’est dangereux.

Un des participants :          C’est vrai là.

Un des participants :          Ouais.

Une des participantes :          [??] confiance.

Un des participants :          Comme les gars ensemble, mettons, il y a un gars qui a déjà reçu des photos, tsé, d’une fille pis il hésite pas à les montrer à toute la gang.

Un des participants :          Non, c’est exactement ça.

Un des participants :          Cette année à l’école c’est arrivé que, que mettons son chum l’a laissée ou peu importe puis il a partagé la photo à des gars pis la fille, ça l’a brisée complètement. Tsé, tu reviens à l’école pis tout le monde te voit qui t’a vu hier en dessous de ton linge, tsé. C’est spécial en groupe.

Une des participantes :          C’est désagréable.

Isabelle :          Ça arrive-tu souvent, ce genre de …?

Tous ensemble :          Malheureusement, oui, quand même.

Isabelle :          Oui? On parle de, de, d’internet pis des réseaux sociaux, mais il y a aussi tout le, le volet pornographie qui est gratuite. Est-ce que c’est une façon, euh, pis je parle pas nécessairement pour vous, mais, euh, les gens de votre âge, est-ce que c’est là que vous allez chercher une bonne partie de votre éducation sexuelle?

Un des participants :          Bin parce qu’on n’en a pas à l’école. On en avait pas.

Isabelle :          Vous avez pas de cours?

Un des participants :          C’est ça. On a, avant il y en avait au programme, mais pu maintenant, faque –

Une des participantes :          C’est ça. Faque, là maintenant tout ce qui reste, c’est pas mal ça. Ou les parents, mais c’est gênant, extrêmement gênant. Faque tu veux pas demander ça à tes parents. Faque c’est sûr que eux qui ont pu de cours vont aller là-dessus, pis ils vont essayer de, tsé, d’apprendre comme ça là.

Isabelle :          On entend dire que vous avez beaucoup de sexe, avec pleins de gens différents, que –

Voix confuses :          Bin ça dépend. Toujours c’est des [?]. Des personnes qui [?].

Une des participantes :          Mais oui, mais oui, il y en a.

Un des participants :          Il y en a beaucoup que, ils aiment mieux avoir des amis pour avoir des relations, qu’être en couple. Même à notre âge là, j’en connais pas mal.

Isabelle :          Qui aiment, oui, qui aiment, aiment avoir plusieurs amis avec des bénéfices mettons.

Voix confuses :          Oui, ouais.

Une des participantes :          Que d’être en couple, euh, sérieux.

Un des participants :          D’être ancré à une personne, c’est ça qu’ils veulent pas. Ils veulent être libres avec plein de monde.

Isabelle :          Est-ce que vous avez le droit d’amener vos blondes ou vos chums coucher à la maison, dans la même chambre? Comment ça fonctionne?

Une des participantes :          Ç’a pris, ç’a pris, ç’a pris une couple de, une couple de mois avant. Mais après une couple de rencontres, une couple, beaucoup de rencontres, ç’a été correct. Ils ont accepté.

Isabelle :          Pis t’avais quel âge?

Une des participantes :          J’avais 16.

Isabelle :          Seize. Ok.

Voix confuses :          Seize.

Isabelle :          Amanda?

Une des participantes :          Bin moi dans le fond, je me souviens même pas de la dernière fois que j’ai dormi seule. Ça fait, on dort tout le temps ensemble, c’est comme si on habitait ensemble justement. Des fois on va chez moi, des fois on va chez lui pis nos parents sont d’accord avec ça.

Isabelle :          Wow. Merci beaucoup. Moi ç’a été un plaisir de passer du temps avec vous. Vous avez été extrêmement généreux, alors merci.

Tous ensemble :          Merci à toi.

– pause publicitaire

Isabelle :          On vous a demandé si vous pensiez que la sexualitése dégradait au fil des générations et voici ce que vous nous avez répondu. Alors Sandra dit, « Je pense que oui. Elle s’éloigne de la véritable connexion. Quand on parle de performance, ça me tape sur les nerfs royalement. » Alors merci beaucoup, Sandra. On a Jolianne qui dit « Plus je vieillis, plus je me connais, plus j’explore, plus c’est le fun. » Go, Jolianne! Et on a aussi Manon qui dit « La folie de notre jeunesse n’est plus au rendez-vous, mais de là à dire que ça se dégrade : non! » Alors merci pour vos réponses. N’hésitez pas à aller faire un tour sur notre page Facebook pour répondre à tous nos sujets.

Kim :          S’il y en a une qui est à l’aise de traiter de la sexualité sous tous ses angles, mais c’est bien l’humoriste Marie-Lyne Joncas. Vous vous êtes [?] vous voulez pas le savoir, vous voulez le voir. Regardez bien la websérie, Le courrier du cul.

[faits saillants de la série]

Marie-Lyne :          Elle nous demande « Mon chum veut que je le masturbe avec mes pieds. Je trouve ça weird. Est-ce une déviance? Est-ce que ça peut changer? »

Coanimateur :          Bin non, bin non, c’est pas une déviance.

Marie-Lyne :          Bin non pantoute, ça a pas rapport.

Coanimateur :          Bin en plus ça, ça enlève de la corne sur les pieds.

Marie-Lyne :          Pis ça exfolie le pénis.

Coanimateur :          Ouais, ouais. Mais faites attention là. Soignez vos ongles.

Marie-Lyne :          Ouais.

Coanimateur :          Il y a rien qui fait plus mal qu’un gland incarné. [rires en arrière-plan]

Marie-Lyne :          Non, mais en même temps, faut que tu dises que chaque femme trouve le pénis à son pied.

[retour en studio]

[Marie-Lyne rit]

Kim :          En tout cas tu parles de la sexualité en nous faisant rire et merci de le faire. Marie-Lyne, comment vas-tu?

Marie-Lyne :          Ça va bien. Chus ben excitée d’être là, Kimmy.

Kim :          Merci d’avoir rejoint, donc, le plateau des trois blondes.

Michèle :          Mais oui.

Kim :          On est très drôle. Marie-Lyne, euh, tu parles de façon très crue toi de la sexualité. C’est pas quelque chose qui te gêne.

Marie-Lyne :          Non.

Kim :          T’es dans la trentaine.

Marie-Lyne :          Ouais.

Michèle :          Toi Michèle est-ce que ça te choc de voir, d’entendre ce que Marie-Lyne vient de dire?

Michèle :          Ça me choque pas du tout. Je suis pas choquée avec rien. Mais ça m’intimide.

Kim :          Oui?!

Michèle :          Mais je veux dire, euh, je, je répondrais moins à ce qu’elle dit en topo comme on –

Kim :          Oui.

Michèle :          Que… en tout cas, c’est, c’est –

Marie-Lyne :          Mais tu sais que si jamais tu as des questions, tu peux m’écrire et je répondrai à vos questions.

Michèle :          Ah oui?

Marie-Lyne :          Ouais, ouais.

Michèle :          Mais c’est parce que j’ai pas d’email, rien. J’écris à la main.

Marie-Lyne :          Échangeons-nous des textos peut-être.

Michèle :          Je, je, je –

Kim :          Elle a pas ça non plus. Nous vous écrirons. Vous allez avoir un fax.

Michèle :          Moi ça part de loin là. Moi ça part de très loin.

Kim :          Le fil, aujourd’hui le thématique de l’émission c’est est-ce qu’on pense que la sexualité se bonifie ou se dégrade au fil du temps. Toi mettons entre ta vingtaine et ta trentaine, est-ce que t’as l’impression que, tsé, ta, ta sexualité prend de l’essor ou au contraire?

Marie-Lyne :          Bin là, je veux dire l’appétit sexuel augmente en vieillissant. Hein? Est-ce qu’on parle de la mienne là?

Kim :          Bin oui, le plus possible.

Marie-Lyne :          Oui? Ok, ok. Non, mais, euh, oui, euh, oui ça, en vieillissant parce que tu apprends à te connaître aussi. T’apprends, hein, tu découvres des affaires à travers la pornographie aussi. D’ailleurs, Michèle est une grande fan.

Michèle :          Pas du tout! [rires des trois] Du tout, du tout, du tout.

Marie-Lyne :          Non, mais, euh, bin non, t’apprends à te connaître. Tu t’aimes plus aussi en vieillissant.

Kim :          Ouais.

Marie-Lyne :          Tu acceptes plus ton corps.

Michèle :          Oui.

Marie-Lyne :          Pis à un moment donné, bin, tu te dis, pourquoi que, pourquoi j’aurais des rapports sexuels, euh, euh, en étant mal à l’aise ou en pensant trop pendant, quand que je pourrais juste avoir du plaisir.

Kim :          Oui!

Marie-Lyne :          Faque je pense pas que ça se dégrade plus que ça se bonifie.

Michèle :          Est-tu vrai que quand t’as 20 ans, tu fais l’amour pour faire plaisir à l’autre?

Kim :          Eille, c’est intéressant ça.

Michèle :          Mais en vieillissant, tu fais l’amour pour te faire plaisir, aussi?

Marie-Lyne :          Mais pour te faire, mais au début moi, quand j’étais plus jeune, oui, oui, oui, je faisais semblant, quand même beaucoup.

Michèle :          C’est ça.

Marie-Lyne :          Quand même beaucoup. Mais en vieillissant, non, mais, non, mais, tsé, mais moi –

Kim :    Mais moi aussi. [Kim et Marie-Lyne parlent en même temps], Mais tu veux plaire. Est-ce que mes cheveux sont corrects, est-ce que tu me trouves belle?

Michèle :          Faire plaisir à l’autre. Mais est-ce que c’est pour le retenir, pour le garder. C’est complètement [elle fait des gestes de main]. Et quand on vieillit, c’est pus ça.

Marie-Lyne :          Oui. Pis au niveau hormonal aussi, on devient plus, euh, tsé, plus tu vieillis, plus t’as envie. Pis après ça, bin, quand t’as, quand t’es plus vieux là, mettons début trentaine, l’appétit est comme à son maximum pis t’as [?]. La fille a-tu l’air en manque un peu? Fait que, fait que ça grandit pis t’as le goût aussi de faire plaisir à l’autre en te faisant plaisir.

Michèle :          Oui! Oui!

Marie-Lyne :          Faque il y a quelque chose de bin le fun.

Michèle :          C’est si différent que –

Marie-Lyne :          C’est beau, hein?

Kim :          On parlait de pornographie il y a quelques instants et effectivement Michèle nous a mentionné qu’elle aimait pas ça. Par contre Marie-Lyne et moi on l’apprécie. On s’en est déjà même parlé [??].

Michèle :          Pas que j’aime pas ça du tout. Ça me rend down.

Kim :          Ça la rend down. [Marie-Lyne rit]

[segment du Courrier du culavec Kim comme invitée; Kim, Marie-Lyne et le coanimateur sont assis sur un divan; en arrière d’eux il y a un homme aux fesses nus, mais un bonhomme-sourire en couvre une partie]

Animateur :          Est-ce que tu consommes de la pornographie?

Kim :          Euh, oui ça arrive. Je vais vous dire, ok. J’aime un peu beaucoup les truckers.

Marie-Lyne :          Tu aimes les truckers? S’il y a quelqu’un –

Kim :          « Je fais du pouce. Oh, je suis chaud. »

Marie-Lyne :          Il fait chaud.

Kim :          Il fait chaud. Là j’ai mon pneu pété. Je peux pas le changer. Change-le.

Marie-Lyne :          Pis elle a pas de [??].

Kim :          Exact. On regarde les mêmes films, hein!

[retour en studio]

Kim :          Ok. Évidemment tout ça était dans un cadre humoristique. Il y avait des [?].

Marie-Lyne :          Tu disais, tu disais un peu le fond, le fond de ta pensée.

Kim :          Mais il y a quelque chose dans la pornographie je pense qui nous aide, qui nous a aidées au fil du temps les femmes à s’émanciper justement. Parce qu’on a vu d’autres femmes avoir du plaisir, on s’est permis aussi de, tsé, de se laisser aller. Quarante pour cent des femmes quand même utilisent la pornographie. C’est pas rien.

Marie-Lyne :          Bin oui, pis il y a plein de sortes de pornographie dans le sens que –

Kim :          Il y en a de la douce et romantique, Michèle.

Marie-Lyne :          Mais oui.

Michèle :          Ah oui?

Marie-Lyne :          D’ailleurs, d’ailleurs, il y a une Québécoise qui a parti un site internet qui s’appelle Bellesa. B-E-L-L-E-S-A. Mesdames, ce soir vous savez ce que vous allez faire.

Kim :          Et c’est beau.

Marie-Lyne :          Bellesa c’est de la pornographie pour femmes.

Kim :          Ouais.

Marie-Lyne :          C’est plus doux, c’est plus délicat, plus féministe un peu. C’est vraiment, tu regardes, c’est fait pour faire plaisir à la femme.

Michèle :          Plus sensuel?

Kim :          Plus sensuel.

Marie-Lyne :          Tsé, Michèle une petite bouteille de rouge un samedi soir.

Michèle :          Je bois pas de rouge.

Marie-Lyne :          Bon, câline.

Michèle :          Je bois du champagne et du vin blanc.

Marie-Lyne :          Bon, avec du champagne.

Kim :          Mais encore mieux avec les bulles. Ça monte à la tête. [elles rient] On adore ça. Et ça, mais, et toi Marie-Lyne est-ce que t’as l’impression que la pornographie dans ta vie c’est, c’est quelque chose que tu vas utiliser, tsé, jusque, jusqu’à 50, 60? Ou pas [?]?

Marie-Lyne :          Moi je trouve ça ultra important.

Kim :          Ouais?

Marie-Lyne :          Parce que, parce qu’il y a une différence entre se masturber tout seul juste pour, euh, faire le, le vide, juste pour faire la dompe.

Kim :          Bin voyons.

Marie-Lyne :          Pis se faire l’amour. C’est important de se faire l’amour des fois.

Kim :          C’est beau ce que tu dis.

Marie-Lyne :          Bin oui. Je trouve se faire l’amour, pis je pense que la pornographie, en tout cas, moi dans mon cas, c’est ma manière de me garder quand j’ai pas de sexualité avec un homme, de me garder active.

Kim :          Oui.

Marie-Lyne :          C’est-à-dire de, de, une fois de temps en temps, de garder la libido, là. Tsé là là. [???]

Michèle :          Est-ce que garder ta libido en action égale, euh, rester jeune?

Kim :          Ben c’est sûr, Michèle.

Marie-Lyne :          Bin je pense que oui moi. Je pense que, bin, je pense que c’est important parce que quand, tsé, des fois t’as, t’as des gros, euh, déserts sexuels dans la vie, tsé, ça arrive.

Kim :          Oui, ça arrive.

Marie-Lyne :          Je dirais que je suis dedans! Pis, euhm, pis bin c’est ça, ça garde, tsé, ça garde on. Faque on dirait que là j’ai un rapport. Tsé, je, j’ai plus envie d’aller vers les hommes.

Kim :          Oui.

Marie-Lyne :          J’ai plus envie de, de charmer, de, de, tsé, ça, ça garde actif.

Kim :          Bin, écoute. On souhaite que ton, que ça rend, ce, ce, hein, devient plus humide [??].

Marie-Lyne :          Oh, ok, ok, ok!

Kim :          Merci beaucoup d’être revenue. On peut [??] à travers le Québec. Elle est en spectacle pour la Tournée des grandes crues. Deux nominations aussi au Gala des, de, de l’humour là.

Marie-Lyne :          Les Oliviers.

Kim :          Les Oliviers.

Marie-Lyne :          Bon, merci

Kim :          Et merci d’avoir été là, ç’a été un plaisir.

Marie-Lyne :          Je suis vraiment excitée. Je serais restée une heure.

Kim :          On aurait aimé ça que tu restes une heure!

– pause publicitaire

Kim :          On aurait pu vous proposer bien des sites en lien avec notre sujet de ce soir, mais nos choix se sont arrêtés sur ceux-ci. Tout d’abord le documentaire L’érotisme et le vieil âgedu réalisateur Fernand Dansereau dans lequel participe la comédienne Louise Portal. Il y a aussi Michèle Richard qui nous a fait deux suggestions. Elle a le sens olfactif bien aiguisé, vous allez voir. Elle propose de lire le roman L’amant de Lady Chatterleyde l’auteur D. H. Lawrence, et le livre Le parfumde Patrick Sunskin. Toutes ces suggestions se retrouvent sur le site labellegang.canalvie.com.

Isabelle :          Bon là je pense qu’on a assez parlé de sexe, Michèle, on va parler de toi.

Michèle :          Oh. [ils rient]

Isabelle :          « Oh ». On dirait que t’es quasiment déçue. Non, mais, écoute, je regardais ça, les trois dernières années t’as quand même donné plusieurs spectacles. Toi en périodes où tu travailles moins, est-ce que tu as encore le réflexe des artistes d’avoir une insécurité ou tu es bien là-dedans?

[discussion concernant la carrière de Michèle]

ANNEXE B

La plainte

Le CCNR a reçu la plainte suivante par l’entremise de son formulaire Web le 8 novembre 2017 :

Nom de la station :        Canal vie

Nom de l’émission :       La belle gang

Date :                           08/11/2017

Heure :                         18 h

Préoccupation :            L’émission d’aujourd’hui traitait d’un sujet aussi délicat qu’est la pornographie et l’échangisme.

Les animateurs de l’émission se sont permis de s’étendre, en long et en large sur le métier de leur invité (acteur porno-échangiste).

Ils ont diffusé des photos (floutés, mais on pouvait clairement voir les corps nus) pour illustrer le noble travail de l’acteur.

Il faut savoir que je suis l’émission qui vient juste après donc je ne prêtais pas attention à ce qui se disait. Je ne m’y attendais tout simplement pas. Étant dans la cuisine, mais c’est quand même une aire ouverte et mes enfants étaient attablés et entendaient ce qui se disait sur l’échangisme et sa femme qui peut avoir 20 partenaires et une autre dame qui disait qu’elle consommait la porno et c’est bon pour elle.

J’ai vite éteint la TV, mon fils pré ado était tout honteux et sa jeune sœur n’avait heureusement pas compris.

J’ai écrit un message sur la page Facebook de l’émission en disant que ce n’est pas correct de passer un tel sujet à cette heure-ci et qu’ils devraient plutôt la faire sur une chaîne spécialisée ou bien après 23 h. Ils me répondent qu’il y avait des panneaux d’avertissement. Est-ce suffisant, à cette heure-ci??

J’écoute Canal Vie, car elle se définit comme une chaîne familiale, mais là ils ont dépassé les bornes.

L’éducation sexuelle saine passe aussi par la TV or ce que l’on dit aux enfants, « C’est que la porno, c’est le fun et l’échangisme ».

Je ne juge personne, mais je ne me permets de dire que ce n’est pas ce que je veux que mes enfants entendent à cette heure-ci de la journée.

À l’heure où tout le monde parle d’éducation sexuelle, de respect, on devrait commencer par respecter les téléspectateurs qui paient via leurs impôts en partie ces émissions. Que l’argent public serve à élever le niveau plutôt, car là, ça vol en dessous du pantalon en pervertissant nos enfants.

Merci de prendre en compte ma plainte.

La réponse du télédiffuseur

Canal Vie a répondu à la plaignante le 5 décembre avec une lettre en date du 4 décembre :

Nous avons reçu votre plainte du 8 novembre dernier adressée au Conseil canadien des normes de radiotélévision (« CCNR ») concernant la diffusion par la chaîne Canal Vie d’un épisode de l’émission La belle gang le 8 novembre 2017 à 18 h. Votre lettre fait état de votre mécontentement face à la diffusion de cet épisode qui est, selon vous, inapproprié puisqu’il traite de sujets sexuels délicats à heure de grande écoute.

Nous tenons tout d’abord à vous préciser que nous avions bien reçu vos plaintes du même ordre sur les pages Facebook de Canal Vie et de La belle ganget que nous regrettons que nos réponses à ce moment n’aient pas été satisfaisantes pour vous. Sachez que nous prenons très au sérieux les commentaires de nos téléspectateurs, car ils nous permettent d’améliorer notre programmation et de mieux comprendre comment nos services sont reçus par le public.

Ceci étant dit, bien que nous convenions que cet épisode présentait du contenu à caractère sexuel, nous sommes d’avis que le contenu n’était pas à l’intention exclusif [sic] d’un auditoire adulte et donc limité à une diffusion entre 21 heures et 6 heures selon le Code de déontologie de l’ACR administré par le CCNR. La belle gang est une émission de type magazine qui traite de divers sujets de sociétés. Le sujet de cet épisode en question était « est-ce que le sexe se dégrade en vieillissant ? », et les animateurs ont interviewé plusieurs intervenants afin d’avoir des points de vue différents, ce qui permet d’enrichir la conversation. Sachant que tout ce qui touche la sexualité est reçu différemment par nos téléspectateurs, et qu’il est susceptible d’heurter [sic] la sensibilité de certains, nous avons pris la peine de ne pas traiter de certains sujets et de ne pas s’étendre sur d’autres. Nous avons également brouillé certaines images de nudité.

Finalement, conformément à ce que le Code de l’ACR prévoit, nous avons pris soin d’ajouter des mises en garde à l’auditoire en début d’émission et au retour de chaque pause, afin d’informer les téléspectateurs de la nature du contenu sexuel de l’épisode et qu’il pouvait ne pas convenir à certaines personnes.

Par contre, suite à vos plaintes, nous avons informé l’équipe de production afin de les sensibiliser aux réactions de nos téléspectateurs et de les prendre en considération si des sujets similaires devaient être abordés dans le futur. Nous sommes désolés que des propos diffusés en ondes aient pu vous offenser et nous espérons que vous resterez à l’écoute de Canal Vie.

Nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous faire part de vos préoccupations.

Correspondance afférente

La plaignante a écrit à Canal Vie le 6 décembre avec copie conforme au CCNR :

Je tiens à vous remercier d’avoir pris la peine de traiter ma plainte.

Ceci dit, je maintiens que ma plainte est fondée et que votre réponse justifiant le contenu de l’émission, objet de ma plainte, ne me satisfait pas pour les raisons ci-après:

Tout d’abord, la « pornographie et l’échangisme » n’est pas un sujet de société comme les autres.

Je me permets de reprendre une phrase qu’a dite E. Macron en diagnostiquant les sources des violences faites aux femmes, en parlant précisément de la pornographie :

« Il faut éviterque les comportements les plus indignes ne fassent l’objet d’une forme de propagande tacite ».

Or, dans cette émission, c’est bien une banalisation de la pornographie et de l’échangisme dont il est question.

Le traiter à une heure de grande écoute sur une chaîne TV qui se définit comme familiale est un contresens.

De plus, la pornographie qui parvient à nos enfants, dès leurs jeunes âges, cause des dégâts comportementaux irréversibles. Même si nous essayons, par tous les moyens de contrôle parental, de sauvegarder nos enfants, nous nous retrouvons quand même limiter, et non, un panneau d’avertissement n’est pas suffisant!

Je ne sais pas si vous avez des enfants et si vous aimeriez qu’un acteur porno leur explique comment il met en scène sa femme avec 20 hommes … etc., encouragé par votre animatrice à s’étaler sur ce sujet.

Avec ce type d’émission, sous prétexte qu’on essaie de comprendre ces situations marginales et dépravées, on ne fait que les promouvoir!

Ce n’est pas un jugement personnel, mais à l’heure où des voix s’élèvent pour dénoncer les violences faites aux femmes, une majorité estime que la pornographie en est une des causes et une des manifestations qui met cette violence en évidence.

En effet, la mise en scène des femmes dans des situations pire que bestiales ne peut aider leur cause.

La femme de l’acteur, même floutée, paraissait entourée d’une dizaine d’hommes nus.

Ne trouvez-vous pas que c’est une situation très dégradante pour elle et pour toute femme d’ailleurs?

Je refuse que ma fille pense que c’est un sujet de société comme les autres, car il n’en est certainement pas!

Oui, banaliser un tel sujet est le promouvoir, que vous le vouliez ou non.

Une prise de conscience, quasi mondiale, quant à l’importance du respect de l’autre, de l’intimité de l’autre, homme ou femme, ne se fera pas par le choix d’un tel sujet, que vous semblez reconsidéré comme ordinaire à une heure de grande écoute.

Pour ce faire, il faut que vous preniez conscience que votre mission est aussi d’œuvrer dans un changement de culture, avec un minimum d’encadrement des contenus des programmes pour la protection du public.

On ne demande pas une censure, mais que le bon sens, les vraies valeurs transparaissent dans vos émissions.

C’est cela aussi le service public.

Elle a déposé sa demande de décision le 7 décembre :

J’ai bien reçu la réponse de Bell Média, qui malheureusement ne me satisfait pas. Le responsable des programmations affirme que traiter d’un sujet aussi délicat qu’est la pornographie et l’échangisme, à une heure de grande écoute où de jeunes enfants sont susceptibles d’être présents, n’est pas grave estimant que c’est un sujet de « société » comme les autres.

Et non, ce n’est pas un sujet banal et on ne peut se contenter d’un panneau d’avertissement (si au moins c’était sonore) pour le passer à cette heure-ci.

Comme Canal Vie se définit comme une « chaîne familiale », j’ai l’habitude de la laisser sans m’en soucier de ces contenus, pas à 18 heures en tout les cas. Je vous transmets ma réponse à Bell média qui explique les raisons de mon insatisfaction et vous demande de bien vouloir vous prononcer sur ma plainte :

Je tiens à vous remercier d’avoir pris la peine de traiter ma plainte.

Ceci dit, je maintiens que ma plainte est fondée et que votre réponse justifiant le contenu de l’émission, objet de ma plainte, ne me satisfait pas pour les raisons ci-après:

Tout d’abord, la « pornographie et l’échangisme » n’est pas un sujet de société comme les autres.

Je me permets de reprendre une phrase qu’a dite E. Macron en diagnostiquant les sources des violences faites aux femmes, en parlant précisément de la pornographie :

« Il faut éviterque les comportements les plus indignes ne fassent l’objet d’une forme de propagande tacite ».

Or, dans cette émission, c’est bien une banalisation de la pornographie et de l’échangisme dont il est question.

Le traiter à une heure de grande écoute sur une chaîne TV qui se définie comme familiale est un contresens.

De plus, la pornographie qui parvient à nos enfants, dès leurs jeunes âges, cause des dégâts comportementaux irréversibles. Même si nous essayons, par tous les moyens de contrôle parental, de sauvegarder nos enfants, nous nous retrouvons quand même limiter, et non, un panneau d’avertissement n’est pas suffisant!

Je ne sais pas si vous avez des enfants et si vous aimeriez qu’un acteur porno leur explique comment il met en scène sa femme avec 20 hommes … etc., encouragé par votre animatrice à s’étaler sur ce sujet.

Avec ce type d’émission, sous prétexte qu’on essaie de comprendre ces situations marginales et dépravées, on ne fait que les promouvoir!

Ce n’est pas un jugement personnel, mais à l’heure ou des voix s’élèvent pour dénoncer les violences faites aux femmes, une majorité estime que la pornographie en est une des causes et une des manifestations qui met cette violence en évidence.

En effet, la mise en scène des femmes dans des situations pire que bestiales ne peut aider leur cause.

La femme de l’acteur, même floutée, paraissait entourée d’une dizaine d’hommes nus.

Ne trouvez-vous pas que c’est une situation très dégradante pour elle et pour toute femme d’ailleurs?

Je refuse que ma fille pense que c’est un sujet de société comme les autres, car il n’en est certainement pas!

Oui, banaliser un tel sujet est le promouvoir, que vous le vouliez ou non.

Une prise de conscience, quasi mondiale, quant à l’importance du respect de l’autre, de l’intimité de l’autre, homme ou femme, ne se fera pas par le choix d’un tel sujet, que vous semblez reconsidéré comme ordinaire à une heure de grande écoute.

Pour ce faire, il faut que vous preniez conscience que votre mission est aussi d’œuvrer dans un changement de culture, avec un minimum d’encadrement des contenus des programmes pour la protection du public.

On ne demande pas une censure, mais que le bon sens, les vraies valeurs transparaissent dans vos émissions.

C’est cela aussi le service public.

Le CCNR a accusé réception de sa demande de décision. La plaignante a alors écrit de nouveau le 7 décembre :

Je vous remercie par avance pour votre suivi rigoureux dans le traitement de ma plainte.

Il est heureux de savoir que l’on a quand même un recours pour essayer d’apporter notre empreinte sur le changement de culture qui doit s’opérer dans notre société en vue de revaloriser le respect de l’autre et de ce qui peut contrevenir à la bienséance.

Parler de la pornographie comme d’un sujet de société banal me paraît maladroit et déplacé au moment même ou tout le monde brandit un drapeau rouge contre les violences faites aux femmes. Et laissez-moi vous dire que laisser passer des images d’une femme entourée de 20 hommes (même flouté, on voyait quand même des corps nus) appuyées des explications incroyables de son mari, en bonus.

Qu’on le veuille ou non, cela peut véhiculer un message dangereux, pour les esprits malades, car cela ressemble étrangement à un « VIOL EN GROUPE ». Je vous invite à revoir la séquence en question et je suis quasi certaine que vous pourriez voir la similitude entre cette scène et celle d’un viol collectif. C’est un point que je vous demande avec insistance de soulever.

Le respect de l’autre, homme ou femme, prend tout son sens dans le contexte actuel où les scandales sexuels ont fait des ravages dans tous les milieux de la société.

De pareils sujets peuvent influer sur le public, c’est pourquoi j’estime qu’il faut qu’il y ait un encadrement rigoureux pour ne pas faire dans la propagande tacitede tels comportements troubles.

Dans l’attente, recevez, monsieur, mes salutations les plus respectueuses.