CHOI-FM concernant Fillion

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 16/17-0647
2018 CCNR 14
4 juillet 2018
S. Courtemanche (présidente), C. Crépin, V. Dubois, M. Lorrain, C. Scott, C. Simard

LES FAITS

Fillion est une émission-causerie animée par Jeff Fillion et diffusée à l’antenne de CHOI-FM (Radio X, ville de Québec). Au cours de l’émission, l’animateur, ses coanimateurs et ses invités discutent de l’actualité. Le 15 novembre 2016, pendant son émission à 11 h 30, M. Fillion a discuté avec un autre animateur de Radio X, Dominic Maurais, d’une histoire qui a été rapportée à la télévision de Radio-Canada dans le cadre de l’émission journalistique Enquête.

Le reportage de Radio-Canada portait sur les allégations d’abus sexuels que certains policiers auraient fait subir à des femmes autochtones. Le 15 novembre, on vient d’annoncer qu’aucune accusation ne sera portée contre les six policiers en question. Jeff Fillion déclare qu’il n’a jamais cru à ces allégations « à partir du jour un » et se livre à une critique de Radio-Canada pour avoir sauté aux conclusions.

Fillion explique que s’il n’a jamais cru à ces histoires, c’est à cause de conversations qu’il a eues « off the record » avec un policier qui se trouvait dans la région. Selon M. Fillion et les informations qu’il a recueillies, ce sont généralement de nouveaux policiers, jeunes et beaux, qu’on envoie dans les régions éloignées comme Val-d’Or. Ceux-ci ont de belles jeunes épouses et de jeunes enfants et ne seraient pas tentés de nouer des relations avec les femmes autochtones locales qui, dit-il, sont « des cas problématiques là, c’est des filles qui sniffent de la colle, c’est des filles qui sont en boisson comme ça se peut pas ». Il rapporte les paroles d’un policier qui déclare, à propos des jeunes et beaux policiers : « J’veux pas être méchant là, mais ils feront pas ça avec quelqu’un qui a sans doute des problèmes d’hépatite quelque chose, des problèmes de ci, des dents pourries ». Dominic Maurais renchérit en qualifiant les conditions de vie des Premières nations de « tristesse épouvantable » et ajoute : « C’est du monde dans la misère là pis qui sont un peu maganés par la vie ». À quoi Jeff Fillion répond :

Vraiment maganés, maganés, déboîtés. Qu’est c’est, tsé, j’veux dire, euh, un moment donné, euh, ils viennent me dire « Ô oui, des fois il y a des victimes de viol, pis ». Oui, oui, mais là on parle pas de violeurs là, on parle de policiers [qui], dans le cadre de leur travail, auraient, selon Radio-Canada et l’émission Enquête, auraient agressé sexuellement des, euh, femmes autochtones, ‘garde, intoxiquées, problèmes psychologiques, problèmes mentaux, problèmes, tous les problèmes de la Terre concentrés sur ce monde-là.

Les deux animateurs sont revenus sur le sujet pendant l’émission Maurais Live le 23 novembre à 8 h 05. Jeff Fillion répète qu’il trouve injuste de la part de Radio-Canada d’avoir terni la réputation des policiers. Il insiste pour dire qu’il ne parle pas de tous les autochtones en général, mais seulement « des autochtones que les policiers sont obligés d’aller s’occuper parce que c’est des cas problématiques ». Il suggère que ces femmes « étaient peut-être belles là, il y a 15 ans là, mais sont tellement maganées par la vie, ils [sic] ont tellement une vie qui est une vie de décadence. […] Il y a toutes sortes d’affaires. Les policiers arrivent là-dedans, c’est le bordel. Les filles sont, ont, euh, l’hépatite, euh, les filles sont, leur donnent des claques dans la face, leur crachent dans la face. » Les deux animateur s’entendent pour dire qu’il y a beaucoup de problèmes sur les réserves des Premières nations et que le travail des policiers est difficile dans ces endroits. M. Fillion reconnaît qu’il peut toujours se trouver « un débile dans la gang » des policiers, mais dire que tout un réseau de policiers se livrait à des viols systématiques sur des femmes autochtones ne constitue pas une histoire crédible parce que « ces gens-là ont pas profité de monde qui sont complètement déboîtés ». (Une transcription complète figure dans l’annexe A.)

Le CCNR a reçu 31 plaintes concernant ces diffusions. De ces 31 plaintes, neuf étaient recevables selon le processus du CCNR. Seule une plaignante a déposé une demande de décision. Cette plainte est arrivée le 24 novembre 2016 et a énoncé les préoccupations suivantes :

Jeff Fillion laisse entendre que les policiers de Val d’Or n’ont pas pu violer les femmes autochtones parce qu’elles sont malades et « déboitées ». Il ajoute que de leur côté, les policiers sont jeunes et beaux.

[…]

Il prétend que c’est un policier qui lui a dit ça.

Monsieur Fillion banalise les viols en faisant des phénomènes reliés à la séduction. Pour utiliser une expression à la mode, on est en plein dans la culture du viol.

Il a réitéré ces mêmes propos le 23 novembre vers 8h, dans l’émission de Monsieur Dominic Maurais.

Ces propos sont extrêmement graves et inacceptables.

CHOI-FM a répondu à la plaignante le 9 janvier 2017. Le radiodiffuseur fait valoir que Fillion a relaté les propos formulés par un policier et que « Fillion avait principalement pour objectif de démontrer une faiblesse au niveau de l’enquête menée par l’émission Enquête de Radio-Canada, considérant qu’aucune accusation n’avait été portée contre les policiers concernés. » CHOI-FM ajoute :

Nous convenons que ce groupe identifié (femmes autochtones) et les problématiques rencontrées dans les réserves occupent une place importante dans l’actualité et commande une certaine prudence de la part des animateurs et commentateurs.

Ceci n’empêche cependant pas un animateur de parler de ce groupe désigné et même, dans certains cas, d’émettre des opinions et de relater les difficultés rencontrées par les communautés, si cela n’attaque pas l’intégrité, la dignité ou ne l’expose pas à la haine ou au mépris en raison de l’appartenance de ces individus à ce groupe identifié.

Par ses propos tenus, nous sommes d’avis que Fillion n’avait pas l’intention d’insulter les femmes autochtones.

Précisons que Fillion est revenu sur ses propos tenus à l’égard des femmes autochtones lors des émissions du matin et du midi, le 23 novembre dernier, spécifiant qu’il n’exprimait aucune haine ni mépris à l’égard de ces femmes, mais reconnaissait plutôt la misère les touchant.

CHOI-FM conclut sa lettre en déclarant qu’il prend au sérieux ses responsabilités comme radiodiffuseur et qu’il regrette avoir offensé l’auditrice.

L’auditrice a déposé sa demande de décision le 11 janvier. Elle insiste pour dire que Fillion « veut décrédibiliser les autochtones et donner de la crédibilité aux policiers ». Elle suggère également que M. Fillion a inventé le policier anonyme qu’il prétend citer. De plus, à son avis, « Fillion a simplement répété les mêmes propos sans s’excuser ». Au total, « les propos de Jeff Fillion étaient bien évidemment insultant[s] et grossiers envers toutes les autochtones ».

CHOI-FM a envoyé des informations supplémentaires au CCNR le 16 février 2018. Le radiodiffuseur a réitéré sa position quant aux commentaires de Fillion : que celui-ci citait un policier, qu’il ne visait pas la communauté autochtone au sens large, et qu’il s’était expliqué pendant l’émission Maurais Live le 23 novembre 2016. Néanmoins, CHOI-FM a convenu que les propos de Fillion étaient « maladroit[s] » et « peuvent donc être perçus comme étant inappropriés dans les circonstances et [son] animateur le reconnaît ». Le radiodiffuseur explique que l’animateur « n’avait aucune intention de stéréotyper ou d’être dégradant [sic] envers les femmes autochtones ni de minimiser de quelque façon que ce soit les actes de violence ou d’agression envers les femmes. Il visait seulement à dénoncer un environnement difficile dans lequel certains policiers doivent travailler en citant un de ces derniers, et à soulever un manquement important dans une enquête de Radio-Canada à ce sujet ».

Le radiodiffuseur a également souligné, en fournissant des extraits sonores comme exemples, que Fillion dénonce souvent la violence contre les femmes. (La correspondance figure dans l’ annexe B.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et du Code de l’ACR sur la représentation équitable :

Code de déontologie de l’ACR, article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit à la reconnaissance complète et égale de leurs mérites et de jouir de certains droits et libertés fondamentaux, les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou le handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 4 – Stéréotypes

Reconnaissant que les stéréotypes constituent une forme de généralisation souvent et, de façon simpliste, dénigrante, blessante ou préjudiciable, tout en ne reflétant pas la complexité du groupe faisant l’objet du stéréotype, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 5 – Stigmatisation et victimisation

Reconnaissant que les membres de certains des groupes identifiables suivants se voient confrontés à des problèmes particuliers se rapportant à leur représentation, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne stigmatisent ni ne victimisent les individus ou les groupes en raison de la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 7 – Contenu dégradant

Les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter un contenu dégradant, qu’il s’agisse de mots, de sons, d’images ou d’autres moyens, qui est fondé sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Les membres du comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont écouté les diffusions en question. Le comité conclut que CHOI-FM a enfreint tous les articles susmentionnés.

Les questions auxquelles avait à répondre le comité décideur :

Est-ce que les commentaires de Jeff Fillion sont abusifs ou indûment discriminatoires à l’égard des femmes autochtones, à l’encontre de l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR et du Code de l’ACR sur la représentation équitable?

Est-ce que les commentaires de Jeff Fillion constituent des stéréotypes indûments négatifs, à l’encontre de l’article 4 du Code de l’ACR sur la représentation équitable?

Est-ce que les commentaires de Jeff Fillion stigmatisent les femmes autochtones, à l’encontre de l’article 5 du Code de l’ACR sur la représentation équitable?

Est-ce que les commentaires de Jeff Fillion constituent du contenu dégradant, à l’encontre de l’article 7 du Code de l’ACR sur la représentation équitable?

Le comité décideur est d’avis que les propos de M. Fillion ont dépassé les bornes établies par les dispositions des codes en question. CHOI-FM reconnaît que les propos étaient maladroits et qu’on pouvait les percevoir comme étant inappropriés dans les circonstances. Toutefois, le radiodiffuseur explique que l’animateur n’avait pas l’intention de stéréotyper ou de dégrader les femmes autochtones ni de minimiser les actes de violence ou d’agression commis envers elles. Il tentait plutôt de dénoncer l’environnement difficile dans lequel les policiers travaillent dans certaines régions éloignées et de soulever un manquement important dans une enquête de Radio-Canada à ce sujet.

Le CCNR a souvent traité des plaintes concernant des propos abusifs, indûment discriminatoires ou qui constituent des stéréotypes indûment négatifs pouvant stigmatiser ou dégrader des individus ou des groupes d’individus. Dans chaque cas, le comité décideur analyse les propos afin de déterminer s’ils sont simplement de mauvais goût ou si, d’aventure, ils franchissent le territoire des commentaires abusifs ou indûment discriminatoires. Un élément important dans l’analyse consiste à discerner si on exprime des positions politiques ou si on cible des groupes raciaux, nationaux ou ethniques avec des généralisations à caractère négatif. L’analyse comprend aussi la question à savoir si les propos font preuve d’une attitude offensante ou discriminatoire et sont utilisés comme un descriptif sur la race ou l’origine nationale ou ethnique, ce qui est interdit par les codes [1].

Lorsque le comité analyse les propos de M. Fillion, il y perçoit des généralisations concernant tous les autochtones, aussi bien hommes que femmes. En effet, l’animateur déclare que « les amérindiens n’acceptent pas nécessairement, surtout quand ils sont intoxiqués, ils acceptent pas l’autorité. ». De plus, en reprenant les propos de sa source policière à l’effet que les policiers sont jeunes et beaux avec des belles femmes et des nouveaux enfants et qu’ils ne seraient jamais tentés de tromper leurs conjointes avec « …quelqu’un qui a sans doute des problèmes d’hépatite quelque chose, des problèmes de ci, des dents pourries, euhh, des filles, ‘garde » et qu’en conséquence ces femmes autochtones sont « déboitées », ce genre d’affirmation représente des commentaires qui sont abusifs, indûment discriminatoires, constituent des stéréotypes indûment négatifs, stigmatisent et enfin dégradent les femmes autochtones.

Les propos de M. Fillion sont certes décousus et débordent sur plusieurs sujets en même temps. Il est vrai qu’il tente d’attaquer l’émission Enquête de Radio-Canada et le prix journalistique attribué au reportage du radioffuseur public sur la situation à Val-d’Or. Mais l’intention d’attaquer le reportage de Radio-Canada et l’environnement difficile en région éloignée n’est pas le fil conducteur de la discussion. Ce sont plutôt les propos abusifs et indûment discriminatoires et les stéréotypes qui stigmatisent et dégradent les femmes autochtones qui ressortent de l’échange de propos.

Le comité décideur est d’avis que l’animateur était certainement en mesure de clarifier ses intentions lors de la première et encore plus lors de la deuxième discussion sur ce sujet. Il aurait pu explicitement dénoncer les agressions sexuelles et déclarer qu’il n’avait pas l’intention de stéréotyper ou de dégrader les femmes autochtones ou de minimiser les actes de violence ou d’agression commis envers les femmes. Mais lorsque le comité analyse ses propos, il conclut que l’animateur n’a pas offert d’excuses pour ses propos et que les clarifications n’ont pas été faites de façon limpide et sans équivoque.

Réceptivité du radiodiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, CHOI-FM, avec sa réponse et les informations supplémentaires qu’il a fournies, a satisfait à son obligation de répondre adéquatement à la plainte. Ce radiodiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part, sauf pour l’annonce de cette décision.

ANNONCE DE LA DÉCISION

CHOI-FM est tenu : 1) de faire connaître la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute, dans un délai de trois jours suivant sa publication, et une autre fois dans un délai de sept jours suivant sa publication, dans le même créneau horaire que Fillion, mais pas le même jour que la première annonce; 2) de faire parvenir à la plaignante qui a présenté la demande de décision, dans les quatorze jours suivant la diffusion des deux annonces, une confirmation écrite de son exécution; et 3) au même moment, de faire parvenir au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant la diffusion des deux annonces, qui seront formulées comme suit :

Le Conseil canadien des normes de la radiotélevision a jugé que CHOI-FM avait enfreint le Code de déontologie et le Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs dans les émissions de Fillion diffusées pendant le mois de novembre 2016. Les émissions renfermaient des commentaires indûment discriminatoires, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes autochtones à l’encontre de l’article 2 du Code de déontologie et des articles 2, 4, 5 et 7 du Code sur la représentation équitable.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

[1] CFRB concernant Ed Needham (Publication de la DGCFO) (Décision CCNR 92/93-0096, 26 mai 1993); CKTB-AM concernant le John Gilbert Show (Décision CCNR 92/93-0179, 26 octobre 1993); CHOG-AM concernant l’émission de Shelley Klinck (Décision CCNR 95/96-0063, 30 avril 1996); CHOM-FM et CILQ-FM concernant le Howard Stern Show (Décision CCNR 97/98-0001+, 17 et 18 octobre 1997); CKAC-AM concernant un épisode de Doc Mailloux (Décision CCNR 03/04-0453, 10 février 2005); CKAC-AM concernant un épisode de Doc Mailloux (Argent) (Décision CCNR 05/06-1379, 11 décembre 2006); CKAC-AM concernant un épisode de Doc Mailloux (Difficultés financières) (Décision CCNR 05/06-1405, 11 décembre 2006); CKAC-AM concernant Doc Mailloux (six épisodes) (Décision CCNR 06/07-0168 et -0266, 23 août 2007); et Sun News Network concernant The Source (réseau de voleurs) (Décision CCNR 12/13-0069, 9 septembre 2013).

ANNEXE A

Fillion est une émission-causerie animée par Jeff Fillion au cours de laquelle l’animateur, ses coanimateurs et ses invités discutent de l’actualité. Le 15 novembre 2016, pendant son émission à 11 h 30, M. Fillion discute avec un autre animateur de Radio X, Dominic Maurais, d’une histoire qui a été rapportée à la télévision de Radio-Canada :

Fillion :          Euh, juste vous dire qu’on a une petite, euh, une petite nouvelle qui vient de sortir aux alentours de 11 heures. Vous vous souvenez l’histoire de, euh, Radio-Canada et Enquête, pis m’a dire que Radio-Canada et Enquête, je sais que plusieurs personnes s’excitent avec cette gang-là. Mais j’ai souvent le feeling que c’est un pétard mouillé. Euh, on tourne les coins ronds comme les journalistes québécois sont, euh, si bons là-dedans et on est arrivé avec une grosse histoire qui était que les policiers de la Sûreté du Québec dans le coin de Val-d’Or, donc l’Abitibi.

Maurais :          Oui.

Fillion :          Euh, c’était quasiment des violeurs de femmes autochtones. Pis, on a commencé à déblatérer là-dessus, ça a fait toute une histoire. C’est arrivé quand ça? C’est arrivé au printemps?

Maurais :          Euhhhh.

Fillion :          Fin de l’hiver, printemps?

Maurais :          Ouais, quelque chose comme ça, oui.

Fillion :          En tout cas, moi je me rappelle d’avoir parlé à un policier qui m’a raconté comment c’était, euh, de travailler dans ces coins-là quand, euh, les, les, les gens qui arrivaient de certaines, euhhh, réserves. Ça brasse là, tsé, c’est, c’est pas facile d’être policier –

Maurais :          Non, c’est pas facile. Ce qu’il essayait de dire là, le reportage en gros c’est qu’il y avait plusieurs violeurs de femmes autochtones et que tous les autres étaient, euh, complices.

Fillion :          Okay. Donc là, vois-tu, ce qu’on sait c’est qu’il y aura pas d’accusation déposée contre, euh, je pense qu’ils étaient six policiers, c’est-tu ça?

Maurais :          Oui.

Fillion :          Il y avait six policiers qu’on a inclus dans un genre de drame, québécois. C’est un drame, c’est un drame québécois là. Mais le plus dégueulasse c’est, on s’en souvient pas, parce que c’est ré-, c’est maintenant comme ça ici. Il y a une, euh, y a une piñata ou deux par semaine. Je va [sic] dire une, comme ça on, on, on frappe sur la piñata à tour de bras et la, quand la nouvelle arrive, la nouvelle piñata arrive, on jette la précédente et on passe à autre chose. Euh, pis savez-vous quoi? On oublie un paquet d’histoires qu’on réussit à créer ici, qui sincèrement mérite pas autant d’attention qu’on en donne. On réussit à créer tellement de drames au Québec que on [sic] finit par perdre le fil. Et ce que je vous donne là comme nouvelle, qui vient de sortir comme de quoi que [sic] aucun policier de la Sûreté du Québec dans le coin de Val-d’Or, donc en Abitibi, relié à la surveillance de réserves autochtones, ne sera accusé de quoi que ce soit concernant des agressions sexuelles envers des femmes autochtones. Moi, j’y ai pas cru à partir du jour un. J’ai pas cru à ça pas une maudite seconde. Ç’qu’il y avait là-dedans, ça, ça. D’abord, c’est très, très spécial que ça se ramasse dans, dans la, à TV. Mais on dirait qu’on a donné, un genre de mandat au magazine Enquête. D’abord ils sont, ils sont, eux autres ils sont, tsé, y font pas d’erreurs jamais. Euhhh, ils sont rigoureux, ils sont juge et juré, euh, on leur donne tout ce pouvoir-là pis finalement, plus souvent qu’autrement, ça mène à rien.

Maurais :          Est-ce qu’il va s’excuser?

Fillion :          Ils s’excuseront pas, pantoute. Même si, tsé, ils doivent s’excuser, ils le feront pas une maudite minute, ils s’excuseront pas de ça pour une minute, et sais-tu quoi? Eux autres ils sont passés à autre chose là y sont –

Maurais :          Ils accrochent d’autres piñatas, c’est ça ils s’en vont là, y, y, y, y, y, y.

Fillion :          Eux autres ils essaient de pogner d’autres patentes –

Maurais :          Oui, c’est ça.

Fillion :          – des Libéraux là, tsé, j’veux dire, euh, c’est à la chasse du Parti libéral [?] dire que le Parti libéral fait tout pour se faire chasser.

Jerry :          Juste rappeler que les policiers de Val-d’Or poursuivent ça pendant que Radio-Canada –

Maurais :          Ah, voilà.

Fillion :          Oui, oui.

Jerry :          – deux virgule trois millions de dollars.

Fillion :          Oui, effectivement, mais tsé, ça, ça, ça marchait pas au départ cette patente-là. Pis, je me rappelle d’avoir parlé, euh, off the record, avec un policier là-bas qui m’avait, c’est un gars de Québec qui était là-bas. Ce qui, ce qui arrive souvent c’est que les policiers, bon, ils prennent un cours au Cégep, ils s’en vont à Nicolet.

Maurais :          Ils commencent à la dure dans les coins les plus reculés.

Fillion :          Eille, ils commencent aux Îles de la Madeleine, ils commencent dans des places loin, ils commencent dans des places tough

.

Maurais :          Sinon, les gars ils sont jeunes, pis bon, euh.

Fillion :          Ouais, ça leur donne, ça leur donne, euh, de l’expérience, de bon salaire, pis par après ils peuvent choisir pas mal où ils veulent aller, okay? Et, j’avais parlé off the record, pis le gars dit « Voyons », il dit « C’est tous des jeunes, on est des jeunes. On arrive, on a tous des belles femmes, on commence ». Il dit « Sincèrement là ». Moi, le point, ben on avait parlé pendant 15, 20 minutes, une demi-heure, mais ce qui m’avait frappé c’est que, tsé, ce qu’il me racontait, les femmes autochtones avec qui ils ont affaire c’est des cas problématiques là, c’est des filles qui sniffent de la colle, c’est des filles qui sont, euh, en boisson comme ça se peut pas.

Maurais :          [???] [le ton dénote une certaine pitié et aussi du dégoût].

Fillion :          Il y a des drames humains incroyables.

Maurais :          Ah, c’est incroyable.

Fillion :          On est pas en train de dire que c’est beau pis c’est, c’est que tout est correct là. [???] C’est épouvantable.

Maurais :          C’est d’une tristesse épouvantable.

Fillion :          Moi, ce que je dis c’est que les policiers n’ont rien à voir avec tous les problèmes qu’ont, euh, les gens sur les réserves. Il y a certainement des affaires qui arrivent, il y a certainement des confrontations. On sait que les Amérindiens n’acceptent pas nécessairement, surtout quand ils sont intoxiqués, ils acceptent pas l’autorité, ils acceptent pas les, eille, mais ça prend quand même un peu de, ça prend un peu de discipline, ça prend des gens qui arrivent qui brassent un peu. Mais les policiers, de là à, à avoir des agré-, des agressions sexuels, ce que le gars me disait, parce qu’il disait « Je regarde alentour de moi, c’est tous des beaux gars là. Ils ont tous des belles femmes, ils ont tous des nouveaux enfants, ils ont tous ». Il dit, « Mettons que là-dedans là, il y a des gars qui ont envie de tromper leurs femmes. J’veux pas être méchant là, mais ils feront pas ça avec quelqu’un qui a sans doute des problèmes d’hépatite quelque chose, des problèmes de ci, des dents pourries, euhh, des filles, ‘garde ».

Maurais :          C’est du monde dans la misère là pis qui sont, sont un peu maganés par la vie.

Fillion :          Désolé là, mais le terme qu’on va utiliser là – déboîté – là. Okay?

Maurais :          Maganés de la vie.

Fillion :          Vraiment maganés, maganés, déboîtés. Qu’est c’est, tsé, j’veux dire, euh, un moment donné, euh, ils viennent me dire « Ô oui, des fois il y a des victimes de viol, pis ». Oui, oui, mais là on parle pas de violeurs là, on parle de policiers [qui], dans le cadre de leur travail, auraient, selon Radio-Canada et l’émission Enquête, auraient agressé sexuellement des, euh, femmes autochtones, ‘garde, intoxiquées, problèmes psychologiques, problèmes mentaux, problèmes, tous les problèmes de la Terre concentrés sur ce monde-là.

Maurais :          C’était pas juste un cas, ça avait l’air comme généralisé.

Fillion :          Oui! [il grogne]

Maurais :          C’est la seule affaire là, euh.

Fillion :          Moi, je trouvais ça tellement gros que je me disais « Ça va finir avec rien ». Mais t’es là, tu dis ça, mais quand ça part ici là, quand ça part, il y a plus moyen de respirer tranquillement, de réfléchir, pis de dire « Attends un peu là, on va, on va penser un peu ». La vie c’est pas tout ce qu’on nous montre, la vie c’est un peu plus complexe que ça. Mais mon image qui revient tout le temps c’est le fameux cube Rubik. Il y a pas juste la première face que tu vois, il y a d’autres faces, une en dessous, une dans le côté, une en arrière. Faut regarder tout ça, et ça marchait pas cette affaire-là. Donc là maintenant on a la nouvelle qui est sortie au cours des dernières minutes. On vous la donne maintenant, on vous l’a dit il y a quelques minutes, les gens qui viennent de se joindre à nous, dans leurs voitures, c’est que les policiers qui étaient supposément des agresseurs de femmes autochtones dans le coin, euh, de l’Abitibi, et ben, euh, il y aura aucuneaccusation de déposée sur un des six, les six, il y en a pas un, pas un qui aura une seule accusation. Mais c’est le genre de pouvoir que nous donnons à des gens comme Enquête de Radio-Canada.

Maurais :          Oui. Ben là, la spin qui est partie pour ceux qui, euh, criaient la culture du viol il y a quelques semaines c’est que les policiers se défendent entre eux, là.

Fillion :          Bon, ben voilà, tsé c’est –

Maurais :          C’est pour ça qu’il y a pas d’accusation.

Fillion :          Okay. Donc là si tout, si tout le système est, est mauvais de même on est aussi bien de recommencer pis tout scrapper pis dire « ‘Garde on repart pis, pis il y a plus rien qui tient là ». Sincèrement il y a des gens sérieux là-dedans. Il faudrait arrêter de, de, il faudrait arrêter, icitte là on va dire on est en train de l’échapper pas à peu près là. On n’accepte plus rien, tout est faux, tout est ci, c’est tout arrangé. C’est tout, regarde c’est, c’est, mais, me semble que c’est pas le fun, me semble qu’on est pas dans un bon bout, me semble que, on croit plus à rien, me semble que, on est en train d’essayer de trouver des coupables partout, partout, partout, et on est là à accuser, eille, la telle gang, ô eux autres, euh, telle station de radio ils entraînent tel, les, les, les gens vers tels sujets. C’est dégueulasse, ils entraînent ça vers le bas, ils ont des mauvaises idées. Mais quand c’est les leurs, quand c’est eux autres, ah ben là par exemple, ça c’est constructif. Ça c’est pas pour entraîner le monde vers le bas, c’est pas pour essayer de, de créer une cen-, une certaine, je dirais une, euh, un air, euh, tsé, c’est l’anarchie finalement, c’est, c’est quasiment épeurant là. Mais, calmons-nous, calmons-nous, prenons, prenons, euh, ‘garde, un grand respire. La bonne nouvelle c’est que les policiers sont pas des méchants, en tout cas, il y en a peut-être, mais pas ceux-là. Les six policiers de la Sûreté du Québec, euh, dans un procès public à la télévision.

Maurais :          Oui.

Fillion :          La gang de Enquête, de Radio-Canada, une autre fois se met le doigt dans l’œil. C’est pas la première fois là, qu’on arrive avec une [sic] genre de grosse histoire pis finalement quand on fouille un peu il y en a pas. Euh, il y a pas d’accusation de portée contre les policiers de la Sûreté du Québec.

Les deux animateurs, ainsi que J-C Ouellet, sont revenus sur le sujet pendant l’émission Maurais Live le 23 novembre 2016 à 8 h 05 :

Fillion :          Eille, les autochtones on fait ça souvent quand il y a une crise, ou une pseudocrise parce que là TVA a comme, euh, invalidé, eille, Radio-Can est allée se ramasser quand même un prix de journalisme là, pour enquête.

Maurais :          Pas croyable.

Fillion :          [???] là. Pis c’est moi qui s’est fait brassé, j’me suis fait rabassé hier –

Maurais :          Oui! Comment ça?

Fillion :          [???] J’me suis fait brasser parce que –

Maurais :          Dans le monde de stars!

Fillion :          Ouais, dans le monde de stars. [il rit]

Maurais :          [???] T’as pas dit ce que j’ai entendu dans le corridor à longueur de journée depuis une semaine là.

Fillion :          Ben, c’est ça, pis on l’avait dit ben avant là. Okay? C’est parce que, d’abord c’était disgracieux d’avoir attaqué des jeunes policiers de même et leurs familles de la manière que la Radio-Ca-, que Radio-Canada a faite. C’était disgracieux. Et ce que j’ai dit, j’ai carrément juste reporté. J’ai eu une discussion d’à peu près un [sic] heure, un [sic] heure et quart au téléphone avec un policier de la place qui voulait pas que je donne son nom, mais qui s’est vidé le cœur à moi en dehors des ondes et qui m’a dit « Jeff » il dit « attends un peu là, on s’en va pas » et quand on parle des autochtones, on parle pas des autochtones

Maurais :          On parle de certains.

Fillion :          On parle des autochtones que les policiers –

Maurais :          Ont identifiés.

Fillion :          – sont obligés d’aller s’occuper parce que c’est des cas problématiques.

Maurais :          C’est ça.

Fillion :          Des bagarres, de la violence, de la boisson, de la colle, de la drogue, sacrément.

Ouellet :          Y en a.

Maurais :          On parle pas des investisseurs de Wendake là.

Fillion :          Non, non. Là les gens, ils, euh, il y a des, il y a des autochtones qui m’envoyaient des « famies » de leurs filles.

Ouellet :          Non, non.

Fillion :          Eille, « Est-ce que ma fille est assez belle pour pas être violée? »

Ouellet :          On parle pas de vous autres.

Fillion :          J’ai dit « Voyons donc ». C’est quoi, mais le monde est con, ben le monde est au bout de leur chaîne. Je va dire là, le monde raconte –

Maurais :          Qu’est-ce que t’as dit Jeff, euh, là t’es pas au monde des stars, t’es dans Maurais Live. Vas-y.

Fillion :          Ç’que j’ai dit –

Maurais :          [???] je t’avertis.

Fillion :          En fait c’est même pas moi. [Maurais rit] C’est quelqu’un. J’ai reporté ce qu’un policier m’a dit là. Le policier m’a dit « Voyons. Les gens qui s’en vont à Val-d’Or c’est habituellement de nouveaux policiers. Ils s’en vont dans les places un peu plus loin ».

Maurais :          Juniors.

Fillion :          Ils vont faire quelques années pour après ça choisir le territoire où ils vont aller s’installer avec leurs familles pour le reste de leur carrière de policier. C’est comme ça que ça marche.

Maurais :          Comme dans la GRC, tu vas travailler à Regina pis à Yellowknife.

Fillion :          C’est dans plein de domaines aussi là.

Maurais :          Les médecins aussi –

Fillion :          En radio. En radio. Bon, ils s’en vont là, c’est que c’est comme, j’avais pas si tort que ça. Les, les, les, les euh, les policiers qu’on a vus dans les journaux –

Maurais :          Oui.

Fillion :          C’est quand même des jeunes, hein?

Maurais :          Mi-vingtaine.

Fillion :          Et j’avais dit c’est des beaux policiers, c’est des belles policières, c’est des gens qui ont, tsé, c’est des, c’est des bons là. On en a des bons. Écoute, pour du monde là, tu dis « policier », la minute que tu dis ça c’est tous des méchants.

Maurais :          C’est pourri!

Fillion :          C’est tous des salauds, pis des pourris. Mais moi j’ai pas cette vision-là. Au contraire, si on a pas de policiers c’est l’anarchie. On a besoin de ça, ils sont là pour nous servir, ils sont là pour nous protéger. On est en équipe, un, euh, un avec l’autre; on est pas un contre l’autre. Mais là eux autres y me disent « ‘Garde là, quand on arrive dans certains endroits. C’est ça, ben, euh, beaucoup de femmes qui ont des problèmes de drogue, beaucoup de femmes qui ont des problèmes, c’est, c’est ces gens-là avec qui on deal ».

Maurais :          C’est de la vérité.

Fillion :          C’est la violence, euh c’est des gens qui sont. Ils étaient peut-être belles là, il y a 15 ans là, mais sont tellement maganées par la vie, ils ont tellement une vie qui est une vie de décadence. Pis ça les raisons là, c’est pas à moi de s’occuper de ça, là. Il y a, on a assez de spécialistes au gouvernement à savoir si c’est notre faute ou la faute de je sais pas trop qui, là. Mais c’est ça. Dans les réserves il y a des problèmes de consommation, il y a des prob-. Est-ce qu’il y a des viols? Sans doute. Il y a de la violence conjugale.

Maurais :          [sotto voce] Oui.

Fillion :          Il y a toutes sortes d’affaires. Les policiers arrivent là-dedans, c’est le bordel. Les filles sont, ont, euh, l’hépatite, euh, les filles sont, leur donnent des claques dans la face, leur crachent dans la face. C’est l’enfer ce qu’ils vivent, tsé?

Maurais :          C’est très, très difficile. Pis on a parlé nous autres avec des gens qui sont allés travailler à la, tu t’en souviens Jean-Claude? On les avait reçus à la Régie de la santé dans le nord du Québec.

Ouellet :          Ah oui.

Maurais :          À Iqaluit pis, euh, dans le Nord, à la hauteur donc de Schefferville. Il y a beaucoup de racisme antiblanc, là. Ça il va falloir en parler aussi.

Ouellet :          Oui, oui.

Maurais :          Fait que là t’es blanc, tu t’appelles Boisvert, Chamberlan, t’es un ennemi, t’es comme un envahisseur. Donc, c’est très, très difficile d’évoluer. Juste à, euh, à prime abord là, c’est dur de travailler quand t’es blanc dans certaines réserves. Pis moi je lève ma question : les millions qu’on donne aux réserves et aux conseils de bande et aux chefs de bande.

Ouellet :          C’est vrai. Ça sert à quoi ca?

Fillion :          Ça sert à quoi?

Ouellet :          Ça sert pas à grand-chose là.

Fillion :          C’est ça.

Ouellet :          On se posait la question.

Maurais :          Mais là on attaque le problème des policiers comme si ça allait solutionner, euh, tout l’univers des autochtones, alors que c’est ça les vrais, tsé, les vraies questions, c’est le concept de « réserve ». C’est-tu encore une bonne idée ça?

Fillion :          Non. Peut-être que non.

Maurais :          Euh, les millions qu’on pellète d’un bord pis de l’autre aux chefs de bande, c’est-tu une bonne idée ça?

Fillion :          I don’t think so. [un des autres animateurs grogne] Juste le fait, juste le fait qu’on ne puisse pas, en 2016, savoir les salaires des chefs de bande.

Ouellet :          Oui.

Fillion :          Le, le, Stephen Harper, il les avait dévoilés un moment donné là, pis ça avait crié au scandale. Eille, on connaît le, le, le, le salaire de Labeaume, pis le salaire de, Émile Loranger. Pourquoi je saurais pas le salaire du gars de Wendake, pis du gars de telle, telle réserve?

Ouellet :          Ah, ça c’est pas pareil. Il faut faire attention.

Maurais :          Eille, il y a des réserves, c’est 400, quatre, cinq cents personnes, Jeff, là pis ça c’est 150 mille par année, les chefs.

Fillion :          Et, le point du policier, il m’avait dit « Jeff, pense-y comme il faut là. Des jeunes qui arrivent. Les jeunes sont tous beaux, ça sort de l’école, c’est tout jeune. Ils arrivent là avec leurs nouvelles blondes, leurs familles, ils s’en iront pas ». Si on, ça se peut qu’il y ait un débile dans la gang qui fait des affaires tout croche.

Maurais :          C’est possible.

Fillion :          Mais nous on parlait de six. Il y avait quasiment –

Ouellet :          Ouais. C’est quasiment un réseau, c’est systématique.

Fillion :          [???] un réseau. Ces gens-là ont pas profité de monde qui sont complètement déboîtés.

Ouellet :          Non, non.

Fillion :          Mais c’est pas les autochtones qui sont déboîtés; c’est les gens avec qui la police doit faire et régler des choses. La police, là, que ce soit chez les autochtones ou ici, moi elle vient pas chez nous. Ju-, juste vous dire ça là. Elle vient pas probablement chez vous là. Elle va dans les endroits où ça va pas, okay? Elle va dans les endroits où il y a de la violence, dans les endroits où il y a de la consommation excessive de toutes sortes de patentes.

Ouellet :          C’est ça. Oui, oui.

Fillion :          C’est là qu’elle va. Donc, dans le cas de, de Val-d’Or, euh ben, c’est ça. En tout cas, les policiers se sont fait enfirouapés par Rad-Can, Rad-Can a été félicitée pour son, son, euh, reportage.

Ouellet :          Ben oui.

Fillion :          Alors que c’est un reportage de merde.

Maurais :          Alors que TVA a dégonflé la patente. C’est sûr que dans le reportage de TVA par contre, on va en convenir là, les, les policiers sont pas à l’aise. Tsé, ils se sont faits donner des lignes, là : « NON, je ne suis pas un a-bu-seur! ».

Ouellet :          Ouais.

Maurais :          Tsé, ça faisait un peu police de carton, là, mais au moins –

Fillion :          Ça c’est le syndicat, j’imagine, là.

Maurais :          Syndicat j’imagine. Mais au moins, TVA, dans ce dossier-là on va lever notre chapeau. Ç’a été le seul média à lui montrer la face, là.

Fillion :          Oui.

Maurais :          Voici, dé-. Parce que dans, dans le reportage qu’on a rediffusé, soit dit en passant, Radio-Canada, là, on les nomme pas, on les montre pas, chus même pas sûr que le reporteur –

Fillion :          Oui.

Maurais :          – de Radio-Canada leur a parlé.

Fillion :          Mais Richard Martineau a un très bon point ce matin dans le Journal de Montréal et de Québec. Il dit, euh, c’est Lise Thériault pareil qui est la plus bizarre là-dedans, là. Elle, elle s’est mis [sic] cette journée-là à brailler là.

Maurais :          Ben, oui.

Ouellet :          Ouais.

Fillion :          Elle a comme éclaté. Là on avait l’impression qu’on a affaire avec quelque chose de vraiment, vraiment gros. Les policiers s’en allaient en chars, ils rentraient dans, dans la réserve, ils sautaient après les femmes qu’il y avait là.

Ouellet :          Ben oui.

Fillion :          Ils repartaient, ils faisaient un high five. L’autre arrivait.

Ouellet :          Tiraient du gun, envoie.

Fillion :          Tsé, on avait vraiment l’impression qu’il y avait quelque chose de grave. Moi, je me disais, et, et moi là, à partir du jour un, moi me chus dis « Il y a quelque chose qui cloche là-dedans, là ».

Maurais :          C’est trop gros.

Fillion :          Oui, c’est trop.

Maurais :          C’est trop gros.

Fillion :          Mais c’est souvent ça là, il y a, euh. On se fait des histoires et des inventions ici, basées sur à peu près rien. Tsé, on l’a fait récemment avec un député Libéral. Encore là, je dis pas que c’est pas arrivé, mais il nous manque des bouts en tabernache avant d’arriver où est-ce qu’on est arrivé là.

Maurais :          Exact, y nous manque la vérité en fait.

Fillion :          Oui.

Maurais :          Il nous manque la vérité, pis là, la manœuvre politique ultime : on va mettre trois, quatre autochtones dans le bureau à Val-d’Or, on va régler ça, là.

Fillion :          Mais là en donnant un prix à Rad-Can et à l’émission Enquête

Maurais :          Oui.

Fillion :          – de son reportage, qui finalement est un vi-, un reportage de merde, on va se l’dire. Mais ils ont un prix. Les journalistes se sont voté un prix entre eux autres.

Maurais :          Et, c’est.

Fillion :          – ce reportage-là, c’est quelque chose.

Maurais :          Entre eux autres pour eux autres.

Fillion :          C’est quoi qu’ils sen-, qu’ils envoient comme message? Qu’à partir de maintenant ça va être que des reportages comme ça? La vérité est plus ou moins importante. Ils sont juge et juré, c’est eux autres qui condamnent pis à la fin ils donnent la décision?

Maurais :          Exact. C’est grave, hein?

Fillion :          C’est très, très grave. C’est très, très grave.

Ouellet :          Pis moi je reviens sur le fait que c’est, un moment donné les problèmes de fond, il va falloir, euh. Moi je trouvais que c’était des, c’était des, c’est des belles portes, ça là. C’est des belles opportunités de discuter du problème de fond.

Maurais :          [il éclate de rire] Couillard il sera pas là.

Ouellet :          Quelle est l’exclusion des autochtones depuis des centaines d’années là? On va leur donner de l’argent, pis on va leur dire « Payez pas de taxes », pis on va leur donner des maisons, pis on, on va fermer la porte là, pis ‘garde ils s’arrangeront. Si il y a un problème il est là, là tsé?

Maurais :          Couillard [???] C’est en campagne.

Fillion :          Il veut pas de chicane.

Maurais :          Non, il en veut pas de chicane.

Fillion :          Voulez-vous deux, trois autochtones dans le bureau? Parfait. Excellent. Dossier réglé, alors que dans le fond il y a plein de réserves où t’as des peacekeepers où c’est encore plein de problèmes là. C’est pas parce que tu nommes des policiers autochtones que tu viens de régler les dossiers là.

Maurais :          Oui, ben, après ça on fait des reportages, pis là on braille. [sur un ton pleurnicheur] « Ô ‘garde ils prennent de la colle, pis ça a pas de bon sens, pis ils sont nia, nia, nia ».

Fillion :          Oui, mais on veut pas le voir le vrai problème.

Maurais :          Eille, on est-tu arrangé avec ça?

Fillion :          On a tellement peur de regarder le problème en face. Il y a quelques autochtones qui s’en vont sur une track de chemin de fer.

Maurais :          Je m’en allais là, Jeff.

Fillion :          Pour, euh.

Maurais :          Exact.

Fillion :          Pour un train de banlieue.

Maurais :          Quatre, quatre personnes.

Fillion :          On est même pas capable de les enlever pour laisser passer le train pour les milliers de personnes qui s’en, qui s’en servent.

Maurais :          C’est ça, c’est ça.

Fillion :          Tsé, m’a te dire de quoi là.

Maurais :          On est pas en mode courant.

Fillion :          On a aucun leadership.

Maurais :          Fait que la solution c’est quoi? Demain matin on va mettre euh, huit, huit policiers autochtones dans le poste. Ça va tout régler ça.

Ouellet :          C’est tout réglé. Donc c’est réglé.

Fillion :          Ça va arrêter la, la, le sniffage de colle, ça. C’est parfait.

Ouellet :          Incroyable, incroyable. Eille, on t’écoute à 11 h 30 moi et Jeff.

Maurais :          Ouais, si jamais vous voyez Frank de Cominar avec son camion mauve [les autres rient], j’ai pas de chauffage dans le studio.

Fillion :          Ça marche!

Maurais :          Okay! Thank you, bye.

Fillion :          Salut.

Maurais :          Huit heures 19, très courte pause, on revient dans Maurais Live.

Plus tard le 23 novembre 2016 à 12 h 51, MM. Fillion, Maurais et une coanimatrice ont reparlé du sujet :

D :          Ben, oui chus là demain

Maurais :          Okay, c’est vendredi que tu pars.

D :          C’est vendredi que je pars.

Fillion :          Elle va chercher du bonheur en Abitibi.

Maurais :          Oui.

D :       On part, pis euh.

Fillion :          Eille, tu feras attention, les policiers là-bas sont très dangereux.

D :       Oui, c’est ça, je va essayer de pas me mettre dans le trouble parce que j’ai peur de pas revenir.

Maurais :          C’est des violeurs en série.

Fillion :          Ils font-tu encore des [?]

Maurais :          [???] à la TV pis ils ont eu des trophées pour ça.

Fillion :          Huh?

D :       Non, mais il y a 25 centimètres de neige en ce moment.

Fillion :          Ôôôôôôôô.

Maurais :          Pas vrai!

D :       [elle rit] Ouiiiiiiiiiii.

Maurais :          Tu t’en vas là?

D :       Ouin.

Maurais :          Pourquoi t’as pas dit à ton chum de vous rejoindre quelque part dans le Sud?

Fillion :          Oui.

D :       Parce que c’est son party de Noël.

Maurais :          Ughhhhh! [ils rient tous] Ça va mal finir!

D :       Eille, des bonnes nouvelles, à 25 centimètres de neige chus sûre de revenir.

Maurais :          Oui, c’est vrai. Effectivement t’es comme euh, t’es comme euh, comment elle s’appelle, la, la tennis woman que tu viens de parler là?

Fillion :          Eugenie.

Maurais :          Elle est comme Eugenie, comme Genie. Eille, on vous laisse avec, euh, Dan et Richard dans les prochaines minutes ici sur CHOI radio.

ANNEXE B

La plainte

Le CCNR a reçu 31 plaintes concernant ces diffusions. De ces 31 plaintes, neuf étaient recevables selon le processus du CCNR. Seule une plaignante a déposé une demande de décision. Sa plainte est arrivée le 24 novembre 2016 par l’entremise du formulaire en ligne :

Nom de la station :          Radio X

Nom de l’émission :          Jean-François Fillion

Date :          2016/11/15

Heure :          11 heures 38 minutes

Préoccupation :           Le 15 novembre, Jeff Fillion laisse entendre que les policiers de Val d’Or n’ont pas pu violer les femmes autochtones parce qu’elles sont malades et « déboitées ». Il ajoute que de leur côté, les policiers sont jeunes et beaux.

Ainsi, les policiers ne seraient pas « justifiés » de violer les femmes.

Il prétend que c’est un policier qui lui a dit ça.

Monsieur Fillion banalise les viols en faisant des phénomènes reliés à la séduction. Pour utiliser une expression à la mode, on est en plein dans la culture du viol.

Il a réitéré ces mêmes propos le 23 novembre vers 8h, dans l’émission de Monsieur Dominic Maurais.

Ces propos sont extrêmement graves et inacceptables.

La réponse du radiodiffuseur

CHOI-FM a répondu à la plaignante le 9 janvier 2017 :

Madame,

Nous avons pris connaissance de votre plainte, laquelle visait l’émission Fillion diffusée le 15 novembre 2016, sur les ondes de CHOI FM Radio X Québec.

Afin d’y répondre, nous avons fait l’analyse de l’émission en cause.

Voici donc le contexte : les animateurs font référence à un reportage de l’émission Enquête diffusée sur la chaîne de Radio‐Canada portant sur des prétendus viols par des policiers sur des femmes autochtones résidant sur des réserves indiennes, à Val‐d’Or en Abitibi.

À la suite de ce reportage de Radio‐Canada, une enquête policière a étéréalisée afin de déterminer s’il y avait matière à porter des accusations criminelles contre six policiers. En date du 15 novembre 2016, une nouvelle a été rendue publique à l’effet qu’il n’y aurait aucune accusation portée contre lesdits policiers.

L’animateur Jean‐François Fillion, ci‐après « Fillion », explique que, selon lui, le reportage diffusé sur la chaîne de Radio‐Canada était non fondéet le compare àun « pétard mouillé », comme plusieurs autres reportages effectués par cette équipe d’enquête. Fillion exprime également son opinion à l’effet que les reportages de l’émission Enquêtene mènent souvent à rien et compare ceux‐ci àde grosses histoires rapidement oubliées.

Fillion relate ensuite des propos formulés par un policier de Québec lors d’une conversation qu’il a eue avec lui. Ce dernier lui aurait fait part de sa réflexion sur la prétendue problématique à Val‐d’Or. Le policier en question lui avait mentionné que les jeunes policiers envoyés en région, pour débuter dans le métier, étaient souvent de beaux jeunes hommes avec de belles jeunes femmes et de jeunes enfants qui, fort probablement, ne pouvaient pas être intéressés à tromper leur femme avec des femmes autochtones atteintes de graves problèmes de consommation ou d’autre nature.

Fillion a continué l’émission en mentionnant que les réserves autochtones étaient bien souvent aux prises avec d’importantes problématiques de société.

Ces commentaires concernant les femmes autochtones se voulaient dans un contexte où Fillion avait principalement pour objectif de démontrer une faiblesse au niveau de l’enquête menée par l’émission Enquête de Radio‐Canada, considérant qu’aucune accusation n’avait étéportée contre les policiers concernés.

Par ailleurs, ces propos constituent, en majorité, des propos rapportés par le policier avec qui Fillion a discuté.

Nous convenons que ce groupe identifié (femmes autochtones) et les problématiques rencontrées dans les réserves occupent une place importante dans l’actualité et commande une certaine prudence de la part des animateurs et commentateurs.

Ceci n’empêche cependant pas un animateur de parler de ce groupe désigné et même, dans certains cas, d’émettre des opinions et de relater les difficultés rencontrées par les communautés, si cela n’attaque pas l’intégrité, la dignité ou ne l’expose pas à la haine ou au mépris en raison de l’appartenance de ces individus à ce groupe identifié.

Par ses propos tenus, nous sommes d’avis que Fillion n’avait pas l’intention d’insulter les femmes autochtones.

Précisons que Fillion est revenu sur ses propos tenus à l’égard des femmes autochtones lors des émissions du matin et du midi, le 23 novembre dernier, spécifiant qu’il n’exprimait aucune haine ni mépris à l’égard de ces femmes, mais reconnaissait plutôt la misère les touchant.

Dans le contexte et à la lumière de ce qui précède, nous sommes d’avis que la diffusion du 15 novembre 2016 était conforme avec les principes, les codes et la réglementation qui nous gouverne.

Nous vous informons par ailleurs que RNC MEDIA, comme entreprise de radiodiffusion, n’a pas à partager les opinions de ces animateurs et artisans et que celles‐ci ne reflètent pas la philosophie de l’entreprise, mais bien celle des animateurs qui bénéficient de la liberté d’expression. La responsabilité de RNC MEDIA est de s’assurer de la conformité de la diffusion avec les obligations légales et réglementaires, de même qu’aux différents codes régissant l’industrie.

Il est impossible, dans le domaine éditorial impliquant l’opinion, de satisfaire tout le monde. Bref, nous sommes d’avis que la diffusion en cause respectait les balises légales et réglementaires qui nous gouvernent et sommes conscients que les opinions émises et l’analyse faite peuvent froisser, voire choquer certaines personnes.

Nous tenons à vous assurer que nous prenons sérieusement nos responsabilités comme radiodiffuseur. À CHOI Radio X, nous travaillons pour nous assurer que toute notre programmation respecte la législation, la réglementation et les codes auxquels nous avons souscrit.

Nous regrettons toutefois que vous ayez été offensé par des éléments de notre programmation, car ce n’était pas notre intention. Nous espérons que la présente répond à vos préoccupations quant à notre programmation et sachez que nous reconnaissons l’importance et apprécions les commentaires de nos auditrices et de nos auditeurs. Nous vous remercions d’avoir pris le temps de partager vos préoccupations avec nous.

Espérant le tout à votre satisfaction et nous vous prions d’agréer l’expression de nos meilleurs sentiments.

Correspondance afférente

La plaignante a déposé sa demande de décision le 11 janvier :

J’ai pris un grand soin à lire la réponse de RNC MEDIA suite à la plainte que j’ai déposé après les propos du 15 novembre 2016.

La réponse [du président-directeur général] pose problème sur de nombreux points.

1- Celui-ci indique que dans ses commentaires, Fillion veut remettre en question la crédibilité de l’équipe d’Enquête. Fillion, maintes fois poursuivis pour diffamation, fait des leçons de journalisme à l’équipe de journaliste la plus crédible au Québec?

Ce que j’ai surtout senti dans les commentaires de Fillion sur Val d’Or, c’est qu’il veut décrédibiliser les autochtones et donner de la crédibilité aux policiers.

2- [Le président-directeur général] indique que Fillion cite un policier anonyme. Si ça se trouve, se policier n’existe pas. En effet, il n’y a aucune preuve que ce policier anonyme existe. Jeff Fillion peut avoir tout inventé.

3- [Le président-directeur général] indique que les commentaires de Fillion ne s’attaquent pas à la dignité, l’intégrité et n’expose pas à la haine à cause qu’elles sont autochtones. Je pense que c’est plutôt l’inverse. Je me demande comment on peut en arriver à la conclusion [du président-directeur général].

4- Lorsqu’il est revenu le 23 novembre, Fillion a simplement répété les mêmes propos sans s’excuser. Comme il le fait chaque fois qu’il fait une erreur. Il ne s’est jamais excusé et doit en réalité être sanctionné pour avoir répété les mêmes bêtises deux fois.

5- Radio X ne prend pas ses responsabilités comme radiodiffuseur. La moindre des choses serait de sanctionner Jeff Fillion aussitôt que des propos semblables sont énoncés. En ce moment, RNC MEDIA ne fait que défendre son controversé animateur vedette.

De plus les propos de Jeff Fillion étaient bien évidemment insultant et grossiers envers toutes les autochtones.

Donc j’espère que le CCNR va sanctionner RNC comme il se doit.

Le CCNR fournit au radiodiffuseur une dernière opportunité d’ajouter au dossier lorsqu’il établit la date de la réunion du comité décideur. CHOI-FM a envoyé la lettre suivante le 16 février 2018, ainsi que 5 extraits audios supplémentaires :

Suite au courriel transmis par [la directrice des politiques du CCNR] le 31 janvier dernier, nous souhaitons par la présente ajouter certains faits à notre dossier en vue de votre délibération du 21 février prochain.

En premier lieu, nous tenons à préciser que suite à la diffusion de l’extrait visé par la plainte, notre animateur, M. Jean-François Fillion, a reconnu s’être mal exprimé et a tenu à expliquer ses propos dans le cadre de l’émission Maurais Live du 23 novembre 2017 [sic, 2016]. M. Fillion a expliqué avoir repris les paroles partagées par le policier avec lequel M. Fillion s’est entretenu avant son émission. En fait, il est quand même important de rappeler que M. Fillion citait un policier, les propos mentionnés n’étaient donc pas une intervention directe de sa part. M. Fillion tentait de refléter la réalité partagée par ce policier et son intervention ne visait pas la communauté autochtone au sens large, mais plutôt les individus auxquels les policiers doivent faire face dans le cadre de leurs opérations qui vivent dans des conditions souvent insalubres et qui ont des problèmes sévères de consommation.

Par contre, nous convenons que M. Fillion n’a pas adéquatement refléter sa pensée dans l’extrait visé par la plainte et que ses propos peuvent donc être perçus comme étant inappropriés dans les circonstances et notre animateur le reconnaît. Toutefois, nous sommes en mesure de facilement démontrer (voir des exemples d’extraits en pièces jointes) que M. Fillion soutient toujours très clairement les victimes d’actes de violence et d’agression sur nos ondes et invite d’ailleurs les victimes à dénoncer leurs agresseurs dans le cadre d’interventions à ce sujet. Nous n’hésitons donc pas à vous confirmer que le commentaire de M. Fillion était maladroit, mais il n’avait aucune intention de stéréotyper ou d’être dégradant envers les femmes autochtones ni de minimiser de quelque façon que ce soit les actes de violence ou d’agression envers les femmes. Il visait seulement à dénoncer un environnement difficile dans lequel certains policiers doivent travailler en citant un de ces derniers, et à soulever un manquement important dans une enquête de Radio-Canada à ce sujet.

Vous verrez dans les extraits toute la force avec laquelle M. Fillion dénonce les agressions de toutes sortes et en particulier envers les femmes. Depuis le mouvement #metoo, tout en rappelant que le processus judiciaire est primordial, il exhorte les hommes à cesser ces gestes d’inconduites, et implore les femmes à dénoncer rapidement.

[…]

Nous vous remercions à l’avance de votre considération dans notre dossier et demeurons disponible pour fournir toute information manquante afin que vous puissiez rendre votre décision.

Espérant le tout à votre satisfaction, veuillez agréer, l’expression de nos sentiments les meilleurs.