CKOI-FM concernant des commentaires diffusés dans Les poids lourds du retour et Radio P-Y

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 1617-1283
2017 CCNR 12
7 novembre 2017
A. Noël (présidente), R. Brière, C. Crépin, É. Latour, D. Meloul, A. Wylie

LES FAITS

CKOI-FM est une station de radio musicale de langue française. Pendant l’émission Les poids lourds du retour animée par Philo Lirette, Peter MacLeod et Kim Rusk, à 16 h 28 le 23 janvier 2017, les trois animateurs ont discuté du discours que la chanteuse Madonna avait fait lors de la Marche des femmes de Washington au lendemain de l’assermentation du président des États-Unis Donald Trump. Les animateurs ont diffusé un extrait de son discours et l’ont commenté de la façon suivante :

Rusk :    Effectivement, je pense qu’on a tous, on la, on les connaît tous les chansons –

MacLeod :           Ben oui, ben oui.

Rusk :    Fait que, on aime les écouter. Et sinon, suite à l’assermentation du nouveau président Trump, il y a eu, vous le savez, 673 marches manifestations partout à travers le monde. Ç’a été un mouvement mondial. Et qui s’est, qui s’est déployé très rapidement et Madonna a pris part à un des discours du côté de Washington où elle a dit ceci.

extrait de Madonna :     And to our detractors that insist that this march will never add up to anything … fuck you. [applaudissements de la foule]

[Un des animateurs rit]

Rusk :    Évidemment, elle le répète là « fuck you, fuck you, fuck you », elle a dit que ça. Mais elle a dit aussi une chose. Elle dit ceci. Et moi ça me trouble : « Après l’élection, j’ai pensé très très fort et souvent à faire sauter la Maison-Blanche ».

MacLeod :           Imaginez. C’est dangereux ça.

[…]

Rusk :    Et si on avait dit ça à l’heure de l’investiture ou de, de l’assermentation de Barack Obama ou d’Hillary on aurait arrêté probablement ces personnes-là, mais là parce que c’est Trump on l’tolère. Il y a quelque chose, il y a une prise de conscience qu’on doit faire.

Lirette : Ouin, moi je pense que c’est parce que c’est Madonna que qu’on le tolère là, pis là ça c’est –

MacLeod :           Non, mais la raison aussi –

Lirette : Mais oui les deux.

Ensuite, le 25 mars à 14 h 15 pendant l’émission Radio P-Y, une auditrice a téléphoné à la station et parlé à l’animateur Pierre-Yves « P-Y » Lord au sujet du concert que le groupe américain de musique rock Green Day venait de donner à Montréal. La conversation s’est déroulée ainsi :

interlocutrice :  Avec la toune de Green Day parce que je les ai vus, euh là, cette semaine.

Lord :    Ah, t’étais là! Ah! Chanceuse.

interlocutrice :  Oui!!! J’arrive pas décrocher.

Lord :    Ben c’est sûr.

interlocutrice :  Là je me disais, eille, la toune « Holiday ».

[…]

Lord :    Ah, nice. Les fois que t’as vu Green Day, le chanteur Billie Joe en show, il a pas pété sa coche?

interlocutrice :  Non.

Lord :    Parce qu’il est capable. Ça lui est déjà arrivé lors d’un gala télédiffusé un moment donné de faire « Ok là, vous m’avez demandé d’arrêter là, gang?! » Pis ça –

interlocutrice :  Ouin. Ouais, ouais ouais. Non, j’sais, y avait pas apprécié ben ben.

Lord :    Non, hein?

extrait de Billie Joe Armstrong en spectacle :     What the fuck?!  I’m not fucking Justin Bieber, you motherfuckers! »

interlocutrice :  C’est ça.

Lord :    T’aimes ça, qu’on devienne des légendes là, t’sais?

interlocutrice :  Oui, exactement.

(Des transcriptions plus complètes des deux diffusions figurent dans l’annexe A.)

Un auditeur s’est plaint de la diffusion du mot anglais fuck dans les deux émissions. CKOI-FM a fait valoir que le mot ne soulève vraiment pas l’attention en français et s’est immiscé dans le langage courant. La station note également que les propos ont été prononcés par des artistes populaires, dont les chansons tournent sur les ondes de CKOI-FM. Le plaignant n’a pas été satisfait de cette réponse et a demandé que le CCNR examine le dossier. (La correspondance complète figure dans l’annexe B.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière de l’article 9(c) du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) qui se lit comme suit :

Reconnaissant que la radio est un média local et qu’il reflète par conséquent les normes de la collectivité desservie, les émissions diffusées aux ondes d’une station de radio locale doivent tenir compte de l’accès généralement reconnu à la programmation qui est disponible sur le marché, de la répartition démographique de l’auditoire de la station et de la formule empruntée par la station. Dans ce contexte, les radiodiffuseurs prendront un soin particulier de veiller à ce que les émissions diffusées à l’antenne de leurs stations ne comprennent pas :

[…]

c) du langage qui est indûment grossier et injurieux.

Les membres du comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont écouté les deux extraits en question. Le comité conclut que CKOI-FM n’a pas enfreint l’article 9(c).

Le mot fuck dans des émissions de langue française

Les membres du comité décideur relèvent tout d’abord le fait que dans les deux cas, le mot fuck était utilisé sous forme de citations alors que les animateurs discutaient des propos tenus par des tiers.

Dans le cas de Madonna, il s’agissait d’un discours politique prononcé dans le cadre de la marche des femmes sur Washington dans les jours qui ont suivi l’assermentation de Donald Trump comme président des États-Unis. Cette marche des femmes s’est reproduite le même jour dans plus de 600 manifestations semblables à travers le monde et les membres du comité conviennent qu’il s’agit là d’un évènement d’un intérêt public évident. Faire entendre des extraits du discours de Madonna était aussi d’intérêt public.

D’autre part, les membres du comité décideur rappellent que le CCNR s’est prononcé sur l’utilisation du mot fuck par les radiodiffuseurs francophones. Dans le dossier MusiquePlus concernant CTRL (Décision CCNR 15/16-0367, 19 octobre 2016) le CCNR a dit ce qui suit concernant la présence du mot dans une émission de télévision :

Bien que le CCNR ait déterminé dans des décisions antérieures que le mot fuck constituait du langage « pour adultes », même dans une émission francophone, les membres du comité décideur notent que, tout d’abord en français le mot « fuck » n’a pas la même connotation vulgaire qu’en anglais et ensuite, que le langage évolue et qu’il faut y voir le reflet de la société actuelle. Le comité décideur est donc d’avis qu’il vaudrait mieux désormais insister auprès des télédiffuseurs pour qu’ils fournissent les mises en garde appropriées à l’auditoire et la classification correcte des émissions plutôt que cibler l’utilisation occasionnelle de langage vernaculaire.

Les membres du comité décideur en sont donc arrivés à la conclusion que l’utilisation du mot anglais fuck, à certaines conditions, n’enfreindra plus l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR. Premièrement, la langue principale de l’émission doit être le français, car, en français, le mot « fuck » n’a pas la connotation vulgaire qu’il peut avoir en anglais; deuxièmement, il faut que l’utilisation du mot soit occasionnelle; et troisièmement, le mot ne doit pas être utilisé pour insulter ou attaquer un individu ou un groupe. Si une émission répond à ces trois critères, il est probable que le CCNR ne conclura pas à une violation de l’article 10.

Les membres du comité décideur rappellent qu’en français l’utilisation du mot fuck n’a pas la même connotation vulgaire qu’en anglais et concluent que la diffusion d’un extrait du discours de Madonna est conforme aux critères énumérés ci-dessus, à savoir : la langue principale de l’émission est le français; l’utilisation du mot fuck est occasionnelle et le mot n’a pas été utilisé pour insulter un individu en particulier. Il n’y a donc pas de violation de l’article 9(c) du Code de déontologie de l’ACR.

Dans le deuxième cas, soit l’émission du 25 mars 2017 animée par Pierre-Yves Lord, avant de faire jouer la chanson « Holiday » pour répondre à la demande spéciale d’une auditrice, l’animateur a inséré un court extrait du spectacle du groupe Green Day et de son chanteur vedette Billie Joe Armstrong dans lequel on peut entendre le mot fuck.

Encore une fois les membres du comité décideur rappellent les critères élaborés dans la décision MusiquePlus citée ci-dessus et concluent que le diffuseur n’a pas violé les dispositions de l’article 9(c) du Code de déontologie de l’ACR.

Réceptivité du radiodiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, CKOI-FM a expliqué sa position quant au mot visé par la plainte, notant que le mot n’a pas la même connotation en français qu’il a en anglais et que les autres médias le diffusent aussi. Bien que le CCNR n’ait pas été convaincu par ce dernier argument, le conseil en est arrivé à la même conclusion concernant la diffusion du mot dans ces extraits-ci pour les raisons expliquées ci-dessus. Ce radiodiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.


Annexe A

Pendant l’émission Les poids lourds du retour, animée par Philo Lirette, Peter MacLeod et Kim Rusk, à 16 h 28 le 23 janvier 2017, CKOI-FM a diffusé les commentaires suivants :

Rusk :    Effectivement, je pense qu’on a tous, on la, on les connaît tous les chansons –

MacLeod :           Ben oui, ben oui.

Rusk :    Fait que, on aime les écouter. Et sinon, suite à l’assermentation du nouveau président Trump, il y a eu, vous le savez, 673 marches manifestations partout à travers le monde. Ç’a été un mouvement mondial. Et qui s’est, qui s’est déployé très rapidement et Madonna a pris part à un des discours du côté de Washington où elle a dit ceci.

extrait de Madonna :     And to our detractors that insist that this march will never add up to anything … fuck you. [applaudissements de la foule]

[Un des animateurs rit]

Rusk :    Évidemment, elle le répète là « fuck you, fuck you, fuck you », elle a dit que ça. Mais elle a dit aussi une chose. Elle dit ceci. Et moi ça me trouble : « Après l’élection, j’ai pensé très très fort et souvent à faire sauter la Maison-Blanche ».

MacLeod :           Imaginez. C’est dangereux ça.

Rusk :    On vient d’arrêter un jeune garçon présentement du côté de Québec, dans Charlemagne parce qu’il a dit quelque chose de similaire. Est-ce qu’on, parce qu’on est un artiste on a le droit de tout faire et de tout dire parce qu’on prend parole?

Lirette : Ben non.

MacLeod :           En tout cas. Mais au-delà de ce que tu as dit, ʼgarde le message que ça l’envoie. Peut-être que toi tu veux faire une figure de style, mais il y a des gens qui peuvent prendre ça pour du cash parce que t’as, veux veux pas, ton influence quand t’es rendu avec un ca-, alors faut tu, une carrière comme Madonna.

Rusk :    Est-ce que, si –

MacLeod :           Tu imagines-tu un de ses fans y peut aussi ben essayer le faire.

Lirette : Imagine le nombre de personnes qui sont peut-être influencées parce qu’elle a dit pis qui vont prendre ça pour du cash!

MacLeod :           Carrément, carrément.

Rusk :    Et si on avait dit ça à l’heure de l’investiture ou de, de l’assermentation de Barack Obama ou d’Hillary on aurait arrêté probablement ces personnes-là, mais là parce que c’est Trump on l’tolère. Il y a quelque chose, il y a une prise de conscience qu’on doit faire.

Lirette : Ouin, moi je pense que c’est parce que c’est Madonna que qu’on le tolère là, pis là ça c’est –

MacLeod :           Non, mais la raison aussi –

Lirette : Mais oui les deux.

MacLeod :           Barack Obama je veux dire ç’aurait pas passé là.

Rusk :    Eh! câline, ç’aurait pas passé.

Le 25 mars à 14 h 15 pendant l’émission Radio P-Y, une auditrice a téléphoné à la station et a parlé à l’animateur Pierre-Yves « P-Y » Lord.

interlocutrice :  Comment vas-tu mon beau P-Y!?

Lord :    Ça va très bien, merci. Qui parle?

interlocutrice :  Oui, c’est Isabelle.

Lord :    Isabelle Dubreuil!

interlocutrice :  Ouin! T’as l’afficheur, toi, certain! [elle rit]

Lord :    Non, c’est, ʼcoute, des fois chus capable d’entrer dans le cerveau des gens. Et juste dans leur façon de s’exprimer chus capable d’obtenir des informations confidentielles.

interlocutrice :  [rit] Eille, c’est ça.

Lord :    Est-ce que c’est la première fois qu’on se parle?

interlocutrice :  C’est la première fois qu’on se parle.

Lord :    Donc, qu’est-ce qu’est t’attendais?

interlocutrice :  Ben moi là, j’attendais pour faire une p’tite demande spéciale.

Lord :    O.K.?

interlocutrice :  Avec la toune de Green Day parce que je les ai vus, euh là, cette semaine.

Lord :    Ah, t’étais là! Ah! Chanceuse.

interlocutrice :  Oui!!! J’arrive pas décrocher.

Lord :    Ben c’est sûr.

interlocutrice :  Là je me disais, eille, la toune « Holiday ».

Lord :    T’as quel âge, Isabelle?

interlocutrice :  Moi j’ai 47 ans.

Lord :    O.K.

interlocutrice :  Une expérience que j’ai avec Green Day là, je les ai vus, euh, en ʼ96 et j’étais enceinte de ma fille.

Lord :    O.K.

interlocutrice :  Donc j’arrête pas d’y dire que c’est son premier show à vie.

Lord :    Wow.

interlocutrice :  Elle a été là avec nous-autres pour Green Day.

Lord :    Ah, nice. Les fois que t’as vu Green Day, le chanteur Billie Joe en show, il a pas pété sa coche?

interlocutrice :  Non.

Lord :    Parce qu’il est capable. Ça lui est déjà arrivé lors d’un gala télédiffusé un moment donné de faire « Ok là, vous m’avez demandé d’arrêter là, gang?! » Pis ça –

interlocutrice :  Ouin. Ouais, ouais ouais. Non, j’sais, y avait pas apprécié ben ben.

Lord :    Non, hein?

extrait de Billie Joe Armstrong en spectacle :     What the fuck?!  I’m not fucking Justin Bieber, you motherfuckers! »

interlocutrice :  C’est ça.

Lord :    T’aimes ça, qu’on devienne des légendes là, t’sais?

interlocutrice :  Oui, exactement.

Lord :    J’aime ben Nicola Ciccone là. Ben Billie Joe, c’est, c’est un rock star!

interlocutrice :  Y est imbattable.

Lord :    C’est un plaisir de t’avoir parlé.

interlocutrice :  Excellent. Ben merci beaucoup, P-Y.

Lord :    Je t’embrasse. Bye-bye.

interlocutrice :  OK, bye.

Il joue la chanson « Holiday » par Green Day, le groupe américain de rock alternatif.

Annexe B

La plainte

Le CCNR a reçu la plainte suivante en date du 23 janvier 2017 acheminée par le CRTC :

[traduction]

23 janvier 2017

96.9 FM Montréal. CKOI

16h30

Diffusion d’un bref extrait de la marche des femmes sur Washington où l’on entend prononcer clairement sans la moindre censure le mot « fuck ».

La réponse du radiodiffuseur

CKOI-FM a répondu au plaignant le 7 mars.

[traduction]

Nous avons reçu copie de votre plainte, d’abord adressée au CRTC qui l’a fait suivre au CCNR, selon laquelle vous avez entendu l’expression fuck you prononcée clairement et sans censure sur les ondes de 96,9 CKOI, lundi le 23 janvier vers 16h30.

Elle faisait partie d’un extrait dans lequel on peut entendre la chanteuse Madonna s’adresser à la foule :

« …et à tous nos détracteurs qui prétendent que cette marche n’aura servi à rien, fuck you »

Nous pourrions alléguer que nous ne faisions que transmettre le discours de quelqu’un d’autre. Mais nous assumons la présentation de cet extrait. Pour commencer, nous sommes une station de radio de musique et il est question ici de Madonna, une vedette de la musique. Ensuite, nous pensons que la marche des femmes sur Washington mérite certainement l’attention de nos auditeurs.

Nous comprenons que certaines oreilles sensibles puissent être offensées par ce qu’on appelle [en anglais] le « mot de quatre lettres ». En français, toutefois, ce mot ne soulève pas vraiment l’attention. Nous pourrions même avancer que ce mot anglais grossier fait aujourd’hui – malheureusement – partie du français courant.

À titre d’exemple, dimanche dernier, sur la très populaire émission télé Tout le monde en parle, l’une des plus regardées à la télévision de Radio-Canada, le mot s’est fait entendre 5 fois sans la moindre censure. Ce même mot est prononcé plusieurs fois tous les jours dans des comédies, des émissions-causeries, des films, etc., à la télévision privée aussi bien qu’à la télévision d’État sur Radio-Canada.

Cela dit, nous ne faisons pas la promotion de ce genre de langage, qui demeure contestable. Ce que nous disons, c’est qu’il fait désormais partie du vocabulaire courant, surtout en français.

Nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous faire part de votre opinion. Comme toujours, les opinions et les commentaires de notre auditoire sont autant bienvenus qu’appréciés. Nous veillerons à l’avenir à ne pas utiliser des expressions qui risquent d’offenser certains de nos auditeurs plus sensibles. Nous sommes un radiodiffuseur responsable. Nous sommes désolés de vous avoir offensé.

Correspondance afférente

Le plaignant a déposé sa demande de décision le 8 mars :

[traduction]

La réponse du radiodiffuseur consiste surtout à justifier l’utilisation de l’expression fuck you sur les ondes avant de me dire qu’il me juge (me devine) sensible.

Cette réponse donne à penser que le radiodiffuseur ne me prend pas au sérieux et me trouve agaçant. Ce n’est pas une réponse acceptable.

Le plaignant a réécrit au CCNR le 25 mars pour l’avertir que la station a diffusé le mot « fuck » de nouveau :

[traduction]

Objet : CKOI encore une fois

Fuck you … fucking

Montréal 96.9FM CKOI 14h26

Ils le font exprès.

Le CCNR lui a demandé de clarifier la date de cette deuxième diffusion et il a confirmé que c’était la date même de son courriel.

CKOI-FM a répondu à la nouvelle plainte le 12 avril :

[en version originale française]

Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) a demandé à la station de radio 96.9 CKOI de lui faire parvenir les enregistrements témoins de l’émission qu’elle a diffusée le samedi 25 mars 2017, entre 14h15 et 14h45.

Le CCNR a également offert la possibilité au 96.9 CKOI de répondre à cette seconde plainte concernant des propos entendus durant le segment de l’émission ci-haut mentionné.

On ne peut que constater la similitude dans les deux (2) plaintes que vous avez soumises au CCNR. Dans la première, le 23 janvier dernier, on entend Madonna prononcer des mots qui vous ont offensé alors que dans celle du 25 mars 2017, ce sont ceux de Billie Joe Armstrong, le chanteur de Green Day, qui vous ont offusqué.

Nous réitérons le fait que l’utilisation de ces mots dans des émissions en français n’ont pas la même connotation qu’en anglais et ne suscitent aujourd’hui guère d’attention chez les francophones. Ces mots se sont immiscés dans le langage populaire et le vocabulaire courant de la francophonie. Ils sont entendus couramment à la télé privée et à la télé publique, dans les émissions de variétés, les téléromans, les films. Ils sont lus dans des magazines de musique rock, tels que Classic Rock, Mojo, Record Collector, Uncut et plusieurs autres. Quoique certains puissent considérer cette situation déplorable, une langue est à la fois vivante et le reflet de sa société actuelle.

En outre, les propos visés par vos plaintes ont été prononcés par des artistes populaires, dont les chansons tournent sur les ondes du 96.9 CKOI.

Notre personnel en ondes est prévenu de surveiller les propos tenus à micro ouvert et d’utiliser un langage convenable en tout temps.

Nous tenons à vous remercier de nous avoir fait part de votre opinion à l’égard de la programmation diffusée sur les ondes du 96.9 CKOI et nous regrettons de vous avoir déplu. Nous sommes sensibles aux commentaires et préoccupations de nos auditeurs qui nous permettent d’améliorer constamment notre programmation et de mieux répondre à leurs attentes.

En espérant que cette correspondance puisse répondre à vos préoccupations, veuillez agréer, Monsieur [F.], l’expression de nos salutations distinguées.

Le plaignant a déposé sa demande de décision pour cette deuxième plainte le 12 avril :

[traduction]

Le radiodiffuseur persiste à dire qu’il n’y a pas de mal à dire fuck you sur une station de radio de langue française et qu’ils [sic] ne sont pas assujettis aux mêmes normes que les autres.

Ils utilisent l’expression très régulièrement; je crois qu’ils la privilégient, car elle a été utilisée 2 jours sur les 3 où je les ai écoutés.

J’attends toujours une décision concernant ma première plainte et je vais demander une décision pour la troisième plainte que j’ai faite et je continuerai jusqu’à ce qu’ils cessent d’utiliser l’expression fuck you ou que vous me communiquiez une décision adéquate.

Il a également écrit directement à CKOI :

[en version originale française]

Monsieur, en tant que représentant de Cogéco j’aimerais vous soumettre mon appréciation de votre position.

Le fait de promouvoir l’expression Fuck You et d’en justifier l’utilisation par un double standard est un lourd manque de classe. L’expression est d’extrêmement mauvais goût et votre attitude fait de Cogéco une entreprise de troisième classe.

J’ai soumis les deux plaintes à une révision et je ferai la même chose avec la 3e.