Le langage grossier dans un contexte journalistique en direct s’excuse parfois, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 6 avril 2011 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant la diffusion par CP24 de la 30e Marche des fiertés annuelle qui a eu lieu à Toronto le 4 juillet 2010. À 14 h, la station CP24 a présenté, dans le cadre du festival de 2010, la couverture en direct d’une durée de trois heures de l’événement final de la semaine consacrée à ces festivités. L’émission a été rediffusée à 20 h. CP24 a diffusé la mise en garde à l’auditoire suivante au début de chacune des émissions couvrant l’événement, soit celle de 14 h et celle de 20 h, et au retour de chaque pause commerciale : [traduction] « Cette émission porte sur un événement en direct. Elle risque de contenir des scènes de nudité. Pour auditoire averti. » Le jour de cette diffusion, une téléspectatrice s’est plainte, quoiqu’en admettant que l’émission était précédée d’un avertissement quant à la nudité, que [traductions] « ce n’était pas une émission appropriée pour une diffusion en direct à 14 h le dimanche » et que même « la rediffusion à 20 h a été mise à l’horaire télévisuel trop tôt pour ce type d’émission. »

Après avoir examiné avec soin la couverture présentée par CP24, le Comité national des services spécialisés a conclu « qu’on n’a pas montré de nudité ou discuté d’activité sexuelle dans l’émission en cause. » Étant donné les circonstances, le Comité a jugé que la couverture n’a pas dérogé au Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) pour ce qui est du contenu visuel. 

Il y avait toutefois, pendant la diffusion en direct à 14 h, trois occasions auxquelles des gens interviewés dans la rue par un quelconque des journalistes ont utilisé l’adjectif « fucking » ou une variante du « mot F » pour faire la description enthousiasmée d’un aspect quelconque du défilé, des gens qui y assistaient ou de la météo. En ce qui concerne l’utilisation du « mot F », le Comité n’a pas mis en question le « principe – qu’il applique d’ailleurs depuis longue date – de veiller à ce que les auditoires qui ne sont pas à l’aise avec le langage grossier ou offensant dans les émissions qui ne passent pas pendant les heures tardives de la soirée puissent compter sur un “havre sécuritaire” ». Il a ajouté la perspective suivante sur cette politique :

Il considère que la politique appliquée par le CCNR, en ce qui concerne la radiodiffusion de ce genre de langage, trouve le bon point d’équilibre entre la liberté d’expression et le respect des valeurs des téléspectateurs (ou auditeurs) qui sont préoccupés par ce genre de contenu. L’assurance d’un havre sécuritaire avant 21 h pour le secteur davantage conservateur de la société est bien équilibrée avec la politique davantage libérale régissant la programmation après 21 h, laquelle impose pour ainsi dire aucune limite à l’utilisation du langage grossier ou offensant.

Cependant, le Comité a déclaré qu’il était « effectivement préoccupé par l’application de limites d’une telle envergure à l’utilisation du langage grossier dans un contexte journalistique », mais il a entamé son analyse en tenant compte du fait

qu’il « y a des téléspectateurs (et des auditeurs) qui sont véritablement perturbés ou offensés par ce genre de langage sur les ondes. » C’est pour cette raison que le Comité est d’avis que lorsqu’il est raisonnable de le faire et le contexte ne justifie pas l’inclusion de ce langage, les radiodiffuseurs devraient utiliser les techniques peu coûteuses en place pour supprimer ce genre de langage.

Le Comité a cependant conclu que dans le cas bien délimité d’une « émission de nouvelles en direct » et dans des circonstances comme celles entourant la couverture en direct à 14 h, il serait possible d’excuser l’utilisation de ce type de langage grossier. Comme l’a expliqué le Comité, il

est conscient du fait que les intervieweurs ont prévenu les personnes à qui ils ont parlé de ne pas utiliser du langage extrêmement grossier et qu’ils ont réagi de façon appropriée, soit avec désapprobation, envers l’inclusion du « mot F » dans le dialogue. Bien que le télédiffuseur n’ait pas utilisé un système de diffusion en différé lorsqu’il a assuré la couverture de cet événement, le Comité estime que l’enthousiasme innocent des réactions, la mention peu fréquente du « mot F » de façon non agressive lors de la longue période de couverture, le fondement contextuel de l’utilisation de ce mot, le caractère journalistique de l’émission et la réaction des journalistes servent d’explication légitime pour l’utilisation du « mot F » pendant cette émission en direct. Le Comité juge qu’il n’y a pas eu de violation de l’alinéa 10 a) du Code de déontologie de l’ACR à cette occasion. En outre, le Comité considère qu’on pourrait raisonnablement juger justifiable, et par conséquent acceptable, à l’avenir d’inclure un tel langage dans des circonstances semblables ayant un contexte journalistique.

Le Comité a également conclu que le télédiffuseur a enfreint la norme sur le langage grossier du Code de déontologie de l’ACR pour avoir omis de couper une des trois mentions du « mot F » dans la rediffusion présentée plus tard à 20 h qui, par définition, n’était pas en direct. Il a conclu en outre qu’en omettant d’inclure, dans les mises en garde à l’auditoire qui accompagnaient les diffusions de la Marche des fiertés à 14 h et à 20 h, un avertissement au sujet du langage grossier, le télédiffuseur a dérogé à l’obligation stipulée par ce Code de fournir de tels avertissements.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, et des codes visant les services de télévision payante, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques – en 1970. Presque 760 stations de radio, services de radio par satellite, stations de télévision et services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.