La présence, sur les ondes, de personnes faisant l’objet de controverses ne suffit pas à elle seule pour enfreindre le Code de déontologie, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 5 février 2008 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant la diffusion, à l’antenne de VisionTV, de l’émission Dil Dil Pakistan en juillet 2007. Les plaintes portaient principalement sur la présence, sur les ondes de ce service de télévision, d’Israr Ahmad, un imam qui, selon les plaignants, aurait publié des déclarations antisémites lors d’occasions précédentes. L’imam Ahmad a discuté, dans le cadre d’une « leçon » ou sermon religieux, de la sourate 2 du Coran et à également tenu de brefs propos au sujet du « Jihad » pendant l’émission mise en cause. Dans la réponse que VisionTV a fait parvenir aux plaignants, on indique ce qui suit :

Il est important pour nous de souligner que les commentaires haineux attribués à Israr Ahmad n’ont pas été diffusés à l’antenne de VisionTV. […] De nombreux lecteurs du National Post avaient l’impression que des commentaires haineux visant les Juifs et des commentaires mettant en question l’holocauste ont été diffusés par VisionTV. Ce n’est pas le cas.

VisionTV a également fait remarquer les mesures qu’elle a prises pour répondre aux plaintes, dont la mise sur pied d’un groupe de travail pour examiner la question, la suspension provisoire de l’émission Dil Dil Pakistan, et la diffusion d’excuses à quiconque aurait pu être offensé. Le plaignant a avancé l’argument qui suit dans sa réponse :

Même si Israr Ahmad ne s’est pas montré offensant dans l’émission en cause (et il l’était), le fait de l’accueillir à l’émission est assimilable à de la complicité de la part de VisionTV. […] Le point que je fais valoir est qu’Israr Ahmad n’aurait jamais dû être présenté.

Le Comité national des services spécialisés n’a pas trouvé qu’il y avait eu violation d’un code. Même si Israr Ahmad « avait fait des commentaires haineux à l’endroit de groupes identifiables dans d’autres forums (question sur laquelle le CCNR n’a exprimé aucune opinion), le Comité a conclu que :

aucun radiodiffuseur n’est obligé d’interdire l’accès à ses ondes pour ce motif. Bien qu’un radiodiffuseur puisse choisir d’éviter de fournir une plateforme aux personnes qui feront vraisemblablement des commentaires abusifs ou indûment discriminatoires, la seule obligation de cette station ou de ce service est de s’assurer que des commentaires du genre ne soient pas en fait diffusés.

Bon nombre d’individus ont une réputation douteuse, certains ont des affiliations, admises publiquement, avec des organismes terroristes, certains ont des antécédents criminels établis judiciairement, certains ont une optique exagérément contre l’éthique en ce qui concerne les principes démocratiques et l’application, mettons, de la primauté de la loi, et encore d’autres sont aptes à exprimer divers genres de points de vue fort controversés sur les ondes. Cela ne signifie pas que ces personnes sont excommuniées des ondes réglementées. Ils ne sont pas déchus, pour une quelconque de ces raisons, de l’occasion de paraître sur les ondes lorsqu’un radiodiffuseur les invite à le faire. Même un personnage notoire […] pourrait s’avérer un invité acceptable pour discuter de sujets appropriés dans des circonstances contrôlées. En effet, les comités du CCNR ont toujours appuyé l’idée fondamentale que les radiodiffuseurs ont le droit  de décider de la programmation qu’ils présenteront, des nouvelles qu’ils rapporteront, des invités qu’ils accueilleront, et ce en fonction de l’optique qu’ils ont de leur programmation et de leur perception des goûts de leurs auditoires. Une seule contrainte intervient : ils sont tenus de ne pas enfreindre les normes codifiées dont se charge le CCNR lorsqu’ils exercent leurs choix.

Bien entendu, le Comité national des services spécialisés comprend que ce n’est pas chaque invité ou chaque émission présentée qui puisse plaire à tous les téléspectateurs ou même les mettre à l’aise. Cela est inévitable. Le Comité comprend que c’est une conséquence qui s’assortit à l’exercice les plus complets du principe démocratique de la liberté d’expression. […]

[D]ans leur évaluation des personnes dignes de participer à leurs émissions, les radiodiffuseurs voudront peser le risque que ces personnes ne respectent pas les normes régissant la radiodiffusion lorsqu’elles passeront sur les ondes. Le plus le problème est inévitable, le moins l’invitation est probable. Mais, cela revient au radiodiffuseur. Il se peut fort bien qu’un individu « ayant une réputation » se mette dans le ton afin d’avoir accès à du temps d’antenne. De son côté, le radiodiffuseur peut décider de ne pas diffuser une entrevue avec une personne qu’il estime offensera son auditoire ou de ne pas présenter cette personne dans une émission pour la même raison, même lorsqu’il est entendu qu’il n’y aura aucune infraction aux codes.

Pour ce qui est de la substance des commentaires de l’imam, le Comité a décidé d’abord ce qui suit :

il n’y avait à peine une mention dans tout l’épisode d’un autre groupe identifiable autre que, bien entendu, la collectivité musulmane. Même s’il y a une mention des « ennemis d’Allah » dans l’émission du 14 juillet, l’imam n’a aucunement   précisé un groupe directement. Par conséquent, aucun commentaire agressif, et encore moins abusif ou même discriminatoire, n’a été fait à l’endroit d’un groupe identifiable quelconque et aucune violation de la disposition sur les droits de la personne n’a eu lieu […]

En ce qui concerne la deuxième question, notamment la discussion du « Jihad », le Comité a noté que ce terme « ne signifie aucunement, dans un sens exclusif ou limité, une guerre de religion. Ce terme se comprend au moins comme peiner ou s’efforcer, sans qu’il soit forcément question d’une bataille ou d’hostilités. » Le Comité en est venu à la conclusion qu’il n’y avait pas eu d’infraction, car la

« leçon » entière était purement didactique et empruntait un ton homogène; Ahmad n’a même pas levé la voix pour faire ressortir son point. Il a simplement indiqué les divers genres de sacrifices ou de situations où l’on peine, l’un des exemples étant, semblerait-il, physique. Même à ça, on ne préconise pas la violence; le sens se rapproche plutôt à peiner pour une cause, plus précisément la cause d’Allah, et encore là, seulement « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de non-croyance et de vénération d’autres au même titre qu’Allah. » 

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté des codes qui constituent les normes du secteur concernant l'emploi de stéréotypes sexuels, la présentation de violence et le traitement de questions à valeur morale, tels les droits de l'homme, sur les ondes, et ils s'attendent que leurs collègues les respectent. Ils se sont aussi dotés d'un organisme d'autoréglementation, le CCNR, qu'ils ont mandaté de veiller à l'administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code de déontologie journalistique adopté par l'Association canadienne des directeurs de l'information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 625 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d'un bout à l'autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.