E! concernant Keeping Up with the Kardashians (« We’re Having a Baby »)

comité national des services spÉcialisÉs
Décision CCNR 13/14-0242
2014 CBSC 2
20 février 2014
A. Noël (Présidente), M. Arpin, B. Roberts, P. Sévigny, L. Todd, R. Waksman

LES FAITS

Keeping Up with the Kardashians est une téléréalité qui suit la famille Kardashian-Jenner, en particulier la mère, Kris Jenner, et ses filles adultes, Kim, Khloé et Kourtney Kardashian, dans leurs activités quotidiennes. Chaque épisode développe plusieurs « intrigues » en parallèle tandis que les caméras suivent les allées et venues des différents membres de la famille. Les scènes de vie sont entrecoupées de brèves entrevues au cours desquelles les personnages s’adressent directement à la caméra pour donner leurs impressions sur ce qui vient de se passer.

Le 23 octobre 2013 à 16 h, E! a diffusé le 1er épisode de la Saison 8 de cette série, intitulé « On attend un bébé [We’re Having a Baby] ». E! a classé l’épisode 14+ et n’a pas diffusé de mise en garde.

L’une des « intrigues » de l’épisode concerne les démarches du petit ami de Kourtney, Scott Disick, pour la convaincre d’avoir des relations anales. On assiste à plusieurs conversations à ce propos entre différents personnages de l’émission. L’activité est généralement désignée par l’euphémisme « porte arrière » [back-dooring it]. Dans une des scènes, pour simuler l’acte, Kourtney se sert d’une carotte et d’un beigne au chocolat et Scott d’un concombre et d’un jujube en forme de bouée. Dans une autre scène, Kourtney reçoit un message texte de Scott qui se lit [traduction] : « Allô, allô! Qui est là ? C’est mon pénis qui frappe à ta porte arrière ».

Plus tard au cours de l’émission, Kourtney suggère à Scott qu’elle acceptera à la condition de faire un premier essai sur lui à l’aide d’un godemiché. Voyant que Scott n’est pas très chaud à l’idée, Kourtney le met plus mal à l’aise encore avec une description de ce qui va se passer, qu’elle souligne de gestes éloquents avec son poing fermé.

[traduction]

Kourtney : Voilà. Je vais faire comme ceci [elle décrit des cercles avec son poing].

Scott: Comment –

Kourtney: Lentement et doucement.

Scott: Comment vas-tu t’y prendre pour briser la virginité de mon c…[bip]?

Kourtney: Je vais y aller d’abord tranquillement, et puis d’un coup sec [elle claque la langue et fait mine d’enfoncer son poing] –

Scott: Iiiiii! [petit cri aigu]

Kourtney: Je vais l’enfoncer.

Dans une scène subséquente, on voit Kourtney se cintrer d’un godemiché violet, mais on ne perçoit jamais clairement le phallus au cours de la scène. Affublée de la sorte, Kourtney poursuit Scott dans toute la maison.

Scott: Qu’est-ce… que tu as l’intention de faire avec ça ? [il pointe le godemiché]

Kourtney: T’enfoncer [elle détache le godemiché violet et s’en saisit d’une main].

Scott: Es-tu devenue folle ?

Scott renonce finalement à son plan, ce qui était l’intention de Kourtney dès le départ. Dans l’entrevue qui fait suite, elle s’explique ainsi : [traduction] « Je ne vais pas me départir de ce petit jouet. Comme ça, si Scott revient à la charge, je vais m’arranger pour le lui fourrer là où il faut [I’ll shove it right in there]. » (Une description plus détaillée et la transcription des scènes pertinentes figurent dans l’annexe A, en anglais seulement.)

Le 23 octobre, le CCNR a reçu une plainte concernant l’épisode, faisant valoir que les discussions sur le coït anal n’ont pas leur place dans une émission d’après-midi ou de début de soirée. E! a répondu le 6 novembre que [traduction]« l’acte lui-même n’était pas décrit explicitement […]; le sujet n’a été abordé qu’avec des euphémismes ». Le télédiffuseur a convenu toutefois que « l’épisode aurait dû comporter une mise en garde mentionnant qu’il abordait un sujet délicat » et que « des mesures [avaient] été prises pour corriger cette erreur ». Le plaignant a déposé une demande de décision le 6 novembre, en répétant que cette émission ne devrait pas être diffusée pendant la journée et qu’une mise en garde ne suffirait pas à empêcher les enfants de la regarder. (La correspondance complète figure dans l’annexe B, en anglais seulement.)

LA DÉCISION

Le Comité national des services spécialisés a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) :

Article 10 – Télédiffusion

  1. Les émissions à l’intention des auditoires adultes ayant du contenu sexuellement explicite ou comportant du langage grossier ou injurieux ne devront pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21 h 00 et 6 h 00. […]

Article 11 – Mises en garde à l’auditoire

Pour aider les téléspectateurs à faire leurs choix d’émissions, les télédiffuseurs doivent présenter des mises en garde à l’auditoire lorsque la programmation renferme des sujets délicats ou, du contenu montrant des scènes de nudité, des scènes sexuellement explicites, du langage grossier ou injurieux ou, d’autre contenu susceptible d’offenser les téléspectateurs, et ce

  1. au début de la première heure, et après chaque pause commerciale pendant la première heure, d’une émission diffusée pendant la plage des heures tardives qui renferme ce genre de contenu à l’intention des auditoires adultes, ou
  2. au début, et après chaque pause commerciale, des émissions diffusées hors de la plage des heures tardives dont le contenu ne convient pas aux enfants.

Les membres du Comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et visionné l’émission controversée. Le Comité conclut qu’il n’y a pas eu manquement à l’égard de l’alinéa 10 a), mais que E! a enfreint l’alinéa 11 b) en n’affichant pas de mises en garde au début et au cours de l’émission.

Contenu sexuellement explicite

Tout en convenant qu’il a été fréquemment question, dans cet épisode, de coït anal, les membres du Comité décideur n’y ont pas relevé de contenu explicite. Il s’agit principalement d’allusions à mots couverts et, lorsqu’on aperçoit le godemiché, l’image reste floue. Les membres du Comité décideur en concluent que le contenu de l’émission n’était pas suffisamment explicite pour réserver sa diffusion à la plage des heures tardives en soirée, après 21 heures; par conséquent, le télédiffuseur n’a pas enfreint l’alinéa 10 a) du Code de déontologie de l’ACR 1.

Mises en garde

Même quand les scènes de sexualité ne sont pas suffisamment explicites pour justifier qu’une émission soit réservée à la plage des heures tardives en soirée, certains types de contenu n’en exigent pas moins une mise en garde en début d’émission pour avertir les téléspectateurs que l’émission qui va suivre ne convient pas aux enfants de moins de 12 ans. Le Comité conclut que cet épisode de Keeping Up with the Kardashians se classe dans cette catégorie.

Les membres décideurs, par conséquent, sont d’avis qu’il incombait au télédiffuseur de diffuser, en plus d’une icône de classification, une mise en garde avertissant les téléspectateurs que l’émission allait aborder un sujet délicat et comporter des scènes à connotation sexuelle. La mise en garde aurait dû être donnée au début de l’émission et reprise à la fin de chaque pause publicitaire. Parce qu’il n’a pas respecté ces exigences, le télédiffuseur a enfreint l’alinéa 11 b) du Code de déontologie de l’ACR2.

Réceptivité du télédiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, E! a répondu au plaignant en expliquant son point de vue. E! a même reconnu que cet épisode aurait dû s’accompagner d’une mise en garde et s’est engagé à corriger cette erreur. Le télédiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part, sauf pour l’annonce de cette décision.

L’ANNONCE DE LA DÉCISION

E! est tenu 1) de faire connaître la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute, dans un délai de trois jours suivant sa publication, et une autre fois dans un délai de sept jours suivant sa publication, dans le même créneau horaire que Keeping Up with the Kardashians, mais pas le même jour que la première annonce; 2) de faire parvenir au plaignant qui a présenté la demande de décision, dans les quatorze jours suivant la diffusion des deux annonces, une confirmation écrite de son exécution; et 3) au même moment, de faire parvenir au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant la diffusion des deux annonces, qui seront formulées comme suit :

Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a jugé que E! avait enfreint le Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs dans l’épisode de Keeping Up with the Kardashians diffusée le 23 octobre 2013. E! a omis de présenter des mises en garde pour signaler que l’épisode comportait des scènes dont le contenu ne convenait pas aux enfants, comme l’exige l’alinéa 11 b) du Code.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

1 Voir, dans les décisions suivantes, d’autres exemples d’émissions dont les sous-entendus à caractère sexuel n’ont pas été considérés suffisamment « explicites » pour exiger la plage des heures tardives de la soirée : CITY-TV concernant Blind Date (Décision CCNR 02/03-0570 et -0631, 2 mai 2003); TQS concernant le film Film de peur (Décision du CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision CCNR 08/09-0620+, 17 mars 2009); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013).

2 Voir, dans les décisions suivantes, d’autres exemples d’émissions qui ont considérées inappropriées pour de jeunes enfants et, pour cette raison, exigeaient la diffusion de mises en garde : CITY-TV concernant Blind Date (Décision CCNR 02/03-0570 et -0631, 2 mai 2003); TQS concernant le film Film de peur (Décision du CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision CCNR 08/09-0620+, 17 mars 2009).