L’emploi erroné du terme « scab » (jaune) pose un problème, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 31 août 2010 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant des reportages de nouvelles sur un accident d’ascenseur qui ont été diffusés à l’antenne de CFMJ (AM640 de Toronto) le 24 juin 2009. Les reportages portaient sur un accident qui avait eu lieu plus tôt ce matin-là dans un immeuble de bureaux au centre-ville de Toronto et qui a causé la mort d’un préposé à l’entretien des ascenseurs. Un auditeur s’est plaint qu’on avait dit, dans les reportages, que cet homme était peut-être un jaune (« scab » en anglais, la langue dans laquelle les reportages ont été diffusés), alors qu’en réalité ce n’était pas le cas. La majorité du Comité régional de l’Ontario du CCNR a accueilli la plainte, mais deux des membres du Comité ont exprimé une opinion dissidente.

Une série de reportages diffusés pendant la journée informait les auditeurs sur l’accident et la situation qui se déroulait dans la tour de bureaux. Dans au moins deux des reportages, il a été dit que le défunt [traductions] « était peut-être » ou « pourrait être » un jaune étant donné qu’en raison d’un conflit de travail, un lock-out avait été imposé au syndicat représentant les travailleurs de l’entretien pour l’immeuble. Dans sa plainte l’auditeur a expliqué que le travailleur décédé était un employé d’une entreprise travaillant à contrat dans l’immeuble et qu’il ne faisait pas partie du syndicat visé par le conflit de travail. L’auditeur a ajouté qu’il était [traductions] « sans cœur » et « inacceptable » que la station qualifie cet homme de « scab » et qu’elle avait posé un geste dénotant aucune sensibilité envers la famille de cet ouvrier. AM640 a expliqué qu’il s’agissait d’une nouvelle de dernière heure pour laquelle les mises à jour rentraient rapidement, que ses sources fiables l’avaient informée que les ouvriers affectés à l’entretien faisaient l’objet d’un lock-out, et que, pour cette raison, on a dit « était peut-être » dans les reportages.

La majorité du Comité régional de l’Ontario a conclu qu’en vertu du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et du Code de déontologie (journalistique) de l’Association des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT), ces justifications ne suffisaient pas pour excuser l’emploi erroné du terme « scab » dans les reportages. La majorité a noté qu’il est indiqué dans la définition du terme anglais pour « jaune », soit « scab », dans le dictionnaire, que « scab » est un terme péjoratif lorsqu’il est utilisé dans le contexte des relations du travail. Il ajouté ce qui suit :

Bien entendu, cela ne signifie pas qu’on ne peut pas utiliser le terme « scab » en anglais pour désigner un briseur de grève; cependant son sens affectif fort négatif signifie qu’un radiodiffuseur doit se montrer particulièrement prudent avant d’avoir recours à un tel terme de dénigrement.
Dans la présente affaire, la majorité considère qu’on n’a pas usé d’une telle prudence. L’ouvrier, regrettablement décédé, a été désigné un jaune bien que la preuve à cet égard soit, selon la lettre du radiodiffuseur lui-même, ténue. […]

[…]

La majorité ne fait aucun cas de l’utilisation, par le radiodiffuseur, du mot « peut-être » lorsque ce dernier a conclu incorrectement que l’ouvrier décédé « était peut-être un “scab”. » Plusieurs auditeurs, pour ne pas dire la majorité d’entre eux, auraient probablement conclu que cette phrase se rapprochait le plus imaginable à l’idée que le défunt était effectivement un jaune. C’est dire que la majorité n’est pas du tout convaincue que le fait d’insérer, semblerait-il, le mot de couverture, « peut-être » a distancé suffisamment le radiodiffuseur du précipice terminologique qui s’éboule pour qu’il soit en sécurité. La phrase semble davantage désigner le défunt comme un jaune que l’inverse. Et, ce que la majorité estime tout particulièrement répréhensible dans cette désignation du défunt c’est qu’elle n’avait pas la moindre pertinence en ce qui concerne le reportage. Elle ne se rapportait pas au reportage présenté et elle était inexacte.

Cependant, deux des membres du Comité ont rédigé une opinion dissidente. À leur avis, « l’emploi spéculatif du terme “scab” était raisonnable étant donné les renseignements dont disposait le radiodiffuseur au moment des deux reportages de nouvelles mis en cause » parce que le renseignement provenait de sa source ordinaire et normalement sûre et s’accompagnait du mot de couverture « peut-être ». Ils ont également déclaré « qu’au XXIe siècle, le terme “scab” est un équivalent commun pour “briseur de grève” ou “travailleur de remplacement”. »

Tous les membres du Comité ont convenu qu’il n’était pas nécessaire de corriger l’erreur dans des diffusions subséquentes, étant donné qu’il n’était pas nécessairement possible de confirmer la situation d’emploi de l’ouvrier tôt après la diffusion originale des reportages.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, et des codes visant les services de télévision payante, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques en 1970. Plus de 735 stations de radio, services de radio par satellite, stations de télévision et services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.