Le fait de présenter des renseignements non pertinents et d’omettre de rapporter de l’information publiquement accessible enfreint les Codes de déontologie de l’ACR et de l’ACDIRT, déclare le CCNR

Ottawa, le 12 août 2008 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant un reportage de nouvelles diffusé à l’antenne de CTV de Toronto (CFTO-TV) sur une dispute au sujet de la rénovation de la voie d’accès automobile d’une maison à Toronto. Le CCNR a conclu que ce reportage a violé le Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et le Code de déontologie (journalistique) de l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT – L’Association des journalistes électroniques), puisqu’il ne constituait pas une présentation complète de la question et il contenait des renseignements personnels non nécessaires au sujet d’une personne.

Dans ce reportage, on a indiqué qu’une Torontoise, à laquelle la ville avait donné la permission à l’origine de prolonger sa voie d’accès automobile, s’est faite dire cinq ans plus tard que la ville avait commis une erreur, que son permis était annulé et qu’elle était tenue de remettre cette voie d’accès à l’état initial à ses propre frais. On laissait entendre dans le reportage que la ville avait modifié sa décision parce que certains des voisins s’opposaient à la rénovation. On y a nommé un de ces voisins, montré sa maison, informé les téléspectateurs qu’il n’était pas chez lui pendant la journée et rapporté qu’il avait fait une contribution à la campagne électorale du conseiller municipal de la localité. Le CCNR a été saisi de la plainte portée par ce voisin, lequel était d’avis que le reportage n’a pas présenté l’histoire au complet étant donné que le permis de la dame avait été annulé parce qu’elle avait fourni des renseignements faux afin d’obtenir le permis. Ce plaignant se préoccupait aussi de l’atteinte à sa vie privée.

Le Conseil régional de l’Ontario a conclu que le reportage n’était ni complet ni équitable puisque le télédiffuseur n’a pas tenté d’enquêter sur les raisons pour lesquelles la ville avait retiré sa permission, et ce malgré le fait qu’il pouvait facilement consulter ces renseignements publiquement accessibles et obtenir des déclarations des voisins sans difficulté.

 

[D]ans cette séquence des nouvelles, on a indiqué seulement que Mme Alexander « s’est faite dire que la ville avait commis une erreur », sans même possiblement enquêter sur la nature de cette erreur et en aviser les téléspectateurs. Il semblerait qu’on se soit appuyé sur des affirmations anonymes, ou du moins non attribuées selon lesquelles « la voie d’accès élargie supprimait une place de stationnement dans la rue » et « la nouvelle voie d’accès nuisait à l’utilisation sécuritaire et raisonnable d’une voie d’accès voisine. » Rien de plus substantiel ou spécifique que ça. Il est incontestable qu’au vu même des choses, des renseignements concernant la nature de « l’erreur » commise par la ville auraient certainement été disponibles dans une ou toutes les plaintes faites par les voisins, le procès-verbal de la réunion du conseil municipal ou d’autre documentation publique prise en considération pendant cette réunion. […] [O]n n’a aucunement utilisé l’information pour fournir aux téléspectateurs un reportage complet et exact d’après lequel ils auraient pu se faire leur propre opinion quant au bien-fondé ou non de la position adoptée par Mme Alexander, la ville et les voisins.

Le Comité s’inquiétait également de l’aspect du reportage sur la petite contribution que le voisin a faite au conseiller municipal.

 

L’implication nette pour un téléspectateur raisonnable était qu’il y avait, au minimum, un lien, probablement un lien suspect, pour ne pas dire une collusion absolue, entre la contribution faite par le plaignant et la position prise par le conseiller municipal sur la question qui était d’ailleurs l’aspect central de l’histoire. Le Comité se préoccupe de […] la non-pertinence de rapporter une petite contribution qui figure au dossier public, laquelle a été faite après la tenue de la réunion du conseil municipal pendant laquelle le vote retirant le permis pour la place de stationnement a eu lieu.

Le Comité en est également venu à la conclusion que ce reportage a porté atteinte à la vie privée du plaignant puisqu’on y a indiqué son nom, son adresse municipale, ses allées et venues l’après-midi et la somme d’argent qu’il a contribuée à la campagne du conseiller municipal. Tous ces renseignements n’avaient aucune pertinence pour le reportage. Le Comité a également déclaré que le télédiffuseur n’a pas corrigé le reportage qu’il a diffusé à l’origine, malgré le fait qu’on lui ait fourni les renseignements nécessaires pour le faire. Le plaignant a communiqué avec le télédiffuseur pour lui demander de faire un reportage de suivi, mais la station a refusé parce que le plaignant n’a pas convenu de passer devant la caméra. Le Comité a dit ce qui suit :

 

Bien que le Comité comprenne que CFTO-TV souhaite présenter des personnes à l’écran puisque cela améliore la présentation télévisuelle, il considère que la station a une obligation plus importante envers son auditoire, soit celle de présenter la version exacte des faits. Elle a eu l’occasion de chercher et de présenter les renseignements corrigés en temps voulu, soit peu de temps après le reportage qu’elle a diffusé à l’origine, mais elle a opté de ne pas le faire. […] Il est clair qu’on aurait pu raconter l’histoire dans la présente affaire sans faire une seule mention précise du plaignant, puisque révéler son nom, son adresse, ses allées et venues l’après-midi ou sa contribution politique n’apportait pas le moindre aspect substantiel de plus au reportage.

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