Global concernant Family Guy (« Stewie B. Goode »)

COMITÉ NATIONAL DE LA TÉLÉVISION GÉNÉRALE
Décision du CCNR 10/11-2201
2 février 2012
A. Noël (présidente), A. Cardozo (vice-président, grand public),
J. Macdonald (vice-président, industrie), D.-Y. Leu (ad hoc), F. Niemi, L. Todd (ad hoc)

LES FAITS

L’émission d’animation américaine Family Guy est une comédie de situation destinée à un auditoire adulte. La vie de famille américaine, la culture populaire, la rectitude politique et d’autres enjeux sociaux sont tous satirisés dans cette série sur la vie et les déboires de la famille Griffin composée de Peter, le père imbécile, Lois son épouse, leurs deux adolescents Chris et Meg qui manifestent la gaucherie typique de leur âge, et Stewie leur bébé. Malgré son jeune âge, Stewie parle déjà (avec un accent britannique dans la série anglophone); il possède un vocabulaire supérieur à celui des autres membres de la famille et participe souvent à des activités exigeant un niveau de développement bien plus élevé que celui qu’on lui supposerait. On fait souvent allusion aux tendances gaies de Stewie. Plusieurs épisodes évoquent ses rapports amoureux avec des personnes des deux sexes parfois de son âge et parfois plus âgées. D’autres thèmes reviennent également, notamment que Stewie ne recule devant rien, même la violence, pour obtenir ce qu’il veut et qu’il tient à tout prix à tuer Lois. Puis, il y a Brian, le chien de cette famille, lequel est doté de parole et marche debout comme un humain. Brian incarne souvent la voix de la raison lorsque les Griffin se livrent à leurs singeries ridicules.

L’émission emprunte souvent des retours dans le passé et des sketchs en coupe comme procédés comiques pour illustrer ce qu’un personnage vient de dire ou y ajouter de l’humour. Le réalisateur s’attend que les téléspectateurs soient au courant des questions satirisées et puissent donc apprécier l’humour présenté par ces procédés.

La trame principale de cet épisode intitulé « Stewie B. Goode », diffusé par Global le 23 juillet 2011 à 17 h, porte sur Stewie et ses leçons de natation. Colère parce qu’un autre petit garçon nage mieux que lui, il piège la chaise du maître-nageur sauveteur avec de la dynamite dans le but de tuer son rival, mais la chaise s’effondre sur Stewie. Hébété, il se croit en enfer, ou plus précisément sa version de l’enfer, une chambre d’hôtel. Le comique Steve Allen entre dans la chambre et enlève sa chemise. Stewie se réveille en sursaut dans les bras de Lois et jure qu’il sera dorénavant un bon garçon parce qu’il sait ce qui l’attend s’il n’est pas sage. Retour en arrière à la chambre d’hôtel où M. Allen renfile sa chemise et dit [traduction] « Je voulais simplement lui demander d’arranger mon col ».

Un sous-thème de l’intrigue concernait Peter qui se lance dans une diatribe « monsieur Tout-le-monde » pendant le bulletin de nouvelles locales de la soirée. Il avait été invité à le faire par le chef d’antenne de la station locale lorsqu’il est tombé sur lui au magasin de vidéo du quartier où ils tentaient tous les deux de louer des vidéos pornos. Peter a fait plusieurs diatribes pendant l’épisode, dont une sur le fait que les Juifs refusent de manger du porc et une autre sur l’actrice Lindsay Lohan à cause de ses tenues légères.

Il y avait également une scène montrant Stewie couvert de crème à raser qui tentait de se raser le corps parce Chris lui avait mentionné que [traduction] « Les nageurs olympiques se rasent la tête et les parties intimes pour gagner de la vitesse. » Stewie est allé jusqu’à demander à Brian de [traduction] « raser mon porte-monnaie ». Des blagues au sujet du « nez juif » de Barbra Streisand; des scènes montrant Peter qui tripote les seins d’une femme, Stewie qui boit de l’alcool au volant, un homme qui mange un repas dans une cabine de toilette pendant qu’un autre utilise la toilette, et Stewie qui porte un toast à [traduction] « l’homme noir pour avoir tout subi sans broncher »; et une allusion à un petit garçon qui se transforme en Casper le gentil fantôme après avoir été heurté par une voiture, comptaient tous parmi les éléments de cet épisode.

Une parodie du dessin animé Bugs Bunny était également au menu. Elmer Fudd tire sur Bugs à bout portant avec une carabine, le pauvre lapin crie et se tient la poitrine ensanglantée. Après sa mort dramatique et prolongée, Fudd lui tord le cou et le traîne par les oreilles à travers une mare de sang.

Il y avait aussi des mentions des mots anglais « bitch », « son-of-a-bitch » et « bastard ». L’épisode se termine sur une scène dans laquelle Stewie n’arrive pas à se souvenir où il a passé la nuit et trouve un mouchoir portant le monogramme « R. M. » Puis, on voit ensuite une représentation de l’acteur Roger Moore en personnage de dessin animé qui tente de se convaincre de ne pas appeler Stewie tout de suite parce qu’il ne veut pas donner l’impression d’avoir désespéramment hâte de le revoir.

La mise en garde suivante a été présentée avant cet épisode classifié 14+ par Global et au retour de chaque pause publicitaire : [traduction] « Le contenu et le langage de cette émission risquent d’offenser certains téléspectateurs. Pour public averti. »

Le CCNR a reçu une plainte au sujet de cet épisode le 23 juillet (le texte intégral de cette plainte et de toute la correspondance y afférente se trouve à l’annexe en anglais seulement). Le plaignant s’opposait au [traduction] « langage à caractère extrêmement adulte » de l’émission et a mentionné à l’appui de sa prétention les mots anglais « porno », « bitch », « bastard » et [traduction] « raser les parties intimes ». Il était également d’avis que la majorité du contenu en cause ne convient pas aux enfants et que l’émission ne devrait donc passer qu’après 21 h.

Dans la réponse que Global a faite au plaignant le 16 août, le réseau a admis que cette émission [traduction] « a parfois tendance à reculer les limites dans l’intérêt de l’humour », mais a souligné qu’il a présenté des mises en garde à l’auditoire et l’icône de classification 14+. Insatisfait de cette réponse, le plaignant a récrit à Global le jour où il l’a reçue et a présenté sa Demande de décision au CCNR le 18 août. Il a envoyé des lettres additionnelles précisant davantage ses préoccupations les 19 et 24 août et le 17 novembre. En outre, il a envoyé la copie d’un article de journal sur Family Guy le 18 décembre.

LA DÉCISION

Le Comité national de la télévision générale a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie, du Code concernant la violence et du Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) :

Code de déontologie de l’ACR, Article 1 – Programmation en général

Compte tenu des goûts divers du public, il incombe aux radiotélédiffuseurs de varier la programmation des diverses stations, réseaux et services de telle sorte que, dans la mesure du possible, toutes les catégories d’auditeurs et de téléspectateurs trouvent dans tous ces services une certaine partie de la programmation qui répond à leurs préférences et vœux spéciaux.

Code de déontologie de l’ACR, Article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit à la reconnaissance complète et égale de leurs mérites et de jouir de certains droits et libertés fondamentaux, les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou le handicap physique ou mental.

Code de déontologie de l’ACR, Article 10 – Télédiffusion (Mise à l’horaire)

  1. Les émissions à l’intention des auditoires adultes ayant du contenu sexuellement explicite ou comportant du langage grossier ou injurieux ne devront pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21 h 00 et 6 h 00. Les télédiffuseurs consulteront les dispositions du Code de l’ACR concernant la violence qui se rapportent à l’horaire des émissions comportant des scènes de violence.

Code de déontologie de l’ACR, Article 11 – Mises en garde à l’auditoire

Pour aider les téléspectateurs à faire leurs choix d’émissions, les télédiffuseurs doivent présenter des mises en garde à l’auditoire lorsque la programmation renferme des sujets délicats ou, du contenu montrant des scènes de nudité, des scènes sexuellement explicites, du langage grossier ou injurieux ou, d’autre contenu susceptible d’offenser les téléspectateurs […].

Des modèles de mises en garde appropriées figurent à l’Annexe A [du Code de déontologie]. Il s’agit de textes suggérés. Les télédiffuseurs sont invités à adopter le genre de texte qui est le plus apte à fournir aux téléspectateurs les renseignements les plus utiles et opportuns en ce qui concerne l’émission vise.

Code de l’ACR concernant la violence, Article 3 – Horaires des émissions

3.1        Programmation

3.1.1     Les émissions comportant des scènes violentes et destinées à un auditoire adulte ne doivent pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21 h et 6 h.

Code de l’ACR concernant la violence, Article 4 – Classification

[Tel que stipulé dans l’avis public CRTC 1997-80, « les classifications doivent être appliquées, à tout le moins, aux émissions pour enfants (soit les émissions destinées aux moins de 12 ans), aux dramatiques, aux “émissions de télévérité” (émissions dramatiques présentant des faits et des personnages réels), aux longs métrages, aux promotions portant sur l’une quelconque de ces émissions ainsi qu’aux messages annonçant la sortie des films en salle ».]

14+ – Plus de 14 ans

Les émissions portant cette cote comportent des thèmes ou des éléments de contenu qui pourraient ne pas convenir aux téléspectateurs de moins de 14 ans. On incite fortement les parents à faire preuve de circonspection en permettant à des préadolescents et à des enfants au début de l’adolescence de regarder ces émissions sans la surveillance d’un parent ou d’un tuteur, puisque les émissions portant cette cote pourraient présenter de façon réaliste des thèmes adultes et des problèmes de société.

Lignes directrices sur la violence

Code de l’ACR concernant la violence, Article 5 – Mises en garde à l’auditoire

5.3        Des modèles de mises en garde figurent à l’annexe A [du Code concernant la violence].

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 3- Représentation négative

Pour assurer une représentation adéquate de tous les individus et tous les groupes, les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter sur les ondes des représentations indûment négatives des individus en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental. Une telle représentation négative peut prendre plusieurs formes, incluant, entre autres, les stéréotypes, la stigmatisation et la victimisation, la dérision au sujet des mythes, des traditions ou des pratiques, un contenu dégradant et l’exploitation

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 4 – Stéréotypes

Reconnaissant que les stéréotypes constituent une forme de généralisation souvent et, de façon simpliste, dénigrante, blessante ou préjudiciable, tout en ne reflétant pas la complexité du groupe faisant l’objet du stéréotype, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 6 – Dérision des mythes, des traditions ou des pratiques

Les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter un contenu ayant pour effet de tourner indûment en dérision les mythes, les traditions ou les pratiques de certains groupes en raison de la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 7 – Contenu dégradant

Les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter un contenu dégradant, qu’il s’agisse de mots, de sons, d’images ou d’autres moyens, qui est fondé sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Alinéa 8 b) – Exploitation

Les radiodiffuseurs doivent éviter de sexualiser les enfants dans les émissions.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 9 – Langage et terminologie

Les radiodiffuseurs doivent faire preuve de sensibilité devant le langage ou les termes dérogatoires ou inappropriés pour faire référence à des individus ou à des groupes en évoquant la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental, et éviter ce langage et ces termes.

  1. On doit reconnaître et renforcer l’égalité des sexes en employant un langage et des termes appropriés. Les radiodiffuseurs doivent utiliser dans leurs émissions un langage à caractère non sexiste en évitant, dans la mesure du possible, les expressions qui ne s’appliquent qu’à un seul sexe.
  2. On comprend que la langue et la terminologie évoluent avec le temps. Certains langages et termes peuvent ne pas convenir lorsqu’on parle de groupes identifiables en évoquant la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental. Les radiodiffuseurs doivent toujours faire preuve de vigilance en ce qui concerne le caractère adéquat ou inadéquat en constante évolution de certains mots et phrases en tenant compte des normes en vigueur dans la collectivité.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 10 – Facteurs contextuels

Il est justifié que les émissions présentent un contenu qui semblerait autrement contrevenir à une des dispositions précédentes dans les contextes suivants :

  1. Usage artistique légitime : Les individus qui ont eux-mêmes l’esprit étroit ou qui sont intolérants peuvent faire partie d’une émission de fiction ou de type non fiction, pourvu que celle-ci ne soit pas abusive ou indûment discriminatoire;
  2. À des fins de comédie, d’humour ou de satire : Même si l’intention ou la nature drôle, humoristique ou satirique de l’émission ne justifie pas de façon absolue une dérogation aux dispositions du présent code, il est entendu que certains contenus drôles, humoristiques ou satiriques, même s’ils reposent sur la discrimination ou un stéréotype, peuvent être légers et relativement inoffensifs, plutôt que d’être abusifs ou indûment discriminatoires.

Les membres du Comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont visionné l’épisode en cause. Le Comité conclut que Global a violé l’article 5 du Code de l’ACR concernant la violence pour avoir omis de mentionner la violence dans les mises en garde à l’auditoire, mais qu’il n’a pas enfreint les autres dispositions précitées.

Représentation des groupes identifiables

Quelques scènes de cet épisode de Family Guy se rapportaient à des groupes identifiables, notamment les blagues au sujet du nez de Barbra Streisand, de Gandhi qui fait des monologues comiques et d’un prêtre et un rabbin, et le toast à [traduction] « l’homme noir » porté par Stewie en état d’ivresse.

Le CCNR, lorsqu’il a eu à appliquer les articles sur les droits de la personne (article 2) du Code de déontologie de l’ACR et du Code de l’ACR sur la représentation équitable, ainsi que les dispositions plus spécifiques du Code sur la représentation équitable se rapportant aux stéréotypes (article 4), à la dérision des mythes, des traditions ou des pratiques (article 6), au contenu dégradant (article 7) et au langage et à la terminologie (article 9), a établi que le contenu doit atteindre un niveau « abusif » ou « indûment discriminatoire » pour qu’il y ait infraction.[i] Les Codes admettent les blagues qui se moquent légèrement des groupes identifiables ou qui font rire d’eux sans trop pousser.[ii] Le Comité national de la télévision générale juge que toutes les mentions des groupes identifiables dans cet épisode de Family Guy tombe dans cette dernière catégorie. Bien qu’on ait imité des accents étrangers et décrit les pratiques et les traditions de certains groupes de manière comique, ces groupes n’ont jamais été présentés sous un mauvais jour. Il n’y a donc aucune violation des articles des Codes cités plus haut.

Le Comité note également que la disposition sur les facteurs contextuels (article 10) du Code sur la représentation équitable permet la présence de personnages racistes ou intolérants dans les émissions dramatiques, pourvu que l’émission comme telle ne soit pas abusive ou indûment discriminatoire. Cette disposition permet également certaines représentations à des fins de satire ou de comédie. Le Comité reconnaît que Family Guy se veut une satire de la vie familiale américaine et qu’une grande partie de son humour s’inspire de l’ignorance et de l’esprit borné de certains des personnages. Il estime que l’article 10 est pertinent pour son évaluation de la présentation des groupes identifiables dans l’émission Family Guy.

Les activités sexuelles et la représentation de « Stewie »

Comme nous l’indiquons plus haut, Stewie a l’aspect physique d’un bébé, malgré le fait que son développement intellectuel et mental laisse supposer une plus grande maturité, et il est aussi souvent présenté comme un génie maléfique. L’humour rattaché à son personnage tient en grande partie à la dichotomie de sa personnalité. Il se livre souvent à des activités adultes, comme, dans ce cas-ci, se raser le corps et consommer de l’alcool. Il y a également des allusions aux activités sexuelles de Stewie – le Comité est d’ailleurs conscient du fait que ce thème est récurrent dans cette série – notamment dans les scènes de cet épisode mettant en vedette des personnages de dessins animés représentant Steve Allen et Roger Moore.

Le Comité conclut toutefois que ces scènes n’ont pas dérogé à l’interdiction de sexualiser les enfants, énoncée à l’alinéa 8 b). Non seulement étaient-elles axées sur de simples allusions et insinuations, mais il est, de plus, loin d’être certain qu’on puisse même considérer que Stewie est un enfant. Étant donné qu’il s’agit d’un personnage curieux qui se présente à la fois comme un adulte et un enfant, le Comité ne peut pas conclure que les enfants ont été sexualisés dans cette émission.

Contenu à caractère sexuel

Outre les séquences consacrées à Stewie, il y avait d’autres allusions à la sexualité et des mentions anodines à propos du sexe. Citons les exemples suivants : l’actrice dans le film Indiana Jones qui, disait-on, [traduction] « baisait le réalisateur », la tentative de Peter de louer des vidéos pornos, la diatribe de Peter sur la tenue aguichante de Lindsay Lohan, les allusions faites par Lois quant à ses rapports sexuels avec des femmes, et une scène montrant des femmes en petite tenue poursuivant Stewie.

Le CCNR a jugé dans de nombreuses décisions antérieures qu’il est acceptable de diffuser des sous-entendus à caractère sexuel et des mentions anodines à propos du sexe à n’importe quelle heure de la journée.[iii] Seules les descriptions détaillées ou la présentation explicite d’actes sexuels sont reléguées à la période de 21 h à 6 h.[iv] Le Comité estime qu’aucun aspect de l’épisode « Stewie B. Goode » de Family Guy était explicite au point d’enfreindre l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR. Il conclut également que le réseau n’a pas contrevenu à l’article 11 du Code de déontologie de l’ACR puisque le contenu à caractère sexuel était suffisamment vague pour que Global ne soit pas obligé de le mentionner dans les mises en garde à l’auditoire.

Langage grossier

L’article 10 du Code de déontologie de l’ACR stipule que le langage grossier « à l’intention des auditoires adultes » ne doit pas être diffusé avant la plage des heures tardives (21 h à 6 h), or l’épisode en cause contenait les mots anglais « bitch », « son-of-a-bitch » et « bastard ». Selon, cependant, la jurisprudence du CCNR, les mots susmentionnés n’atteignent pas le niveau considéré « à l’intention des auditoires adultes ». Les radiodiffuseurs peuvent donc les diffuser à toute heure sans commettre d’infraction.[v] Le Comité constate également que Global a fait mention du langage dans ses mises en garde.

Violence

Selon l’article 3 du Code de l’ACR concernant la violence, les radiodiffuseurs sont tenus de diffuser les scènes comportant de la violence « à l’intention des auditoires adultes » qu’entre 21 h et 6 h. Comme c’est le cas pour le contenu à caractère sexuel, il est permis de présenter de la violence légère en tout temps,[vi] tandis que les scènes de violence davantage explicites et sanglantes se rangent dans la catégorie « à l’intention des auditoires adultes ».[vii]

Trois scènes de violence étaient présentes dans cet épisode de Family Guy. La première montrait Stewie qui joue à la balle avec un petit garçon nommé Casper. On laisse entendre par des effets sonores qu’une voiture a heurté ce jeune alors qu’il courrait pour récupérer la balle, mais l’accident comme tel n’est pas montré. Le garçon devient un fantôme, la farce étant que Stewie a contribué à la création de Casper le gentil fantôme. Dans la deuxième, Stewie attache des bâtons de dynamite à la chaise du maître-nageur sauveteur pour faire du mal à son rival, mais c’est Stewie qui se fait écraser par la chaise. Le Comité national de la télévision générale juge qu’étant donné que ces deux scènes comportent de la violence assez douce, elles peuvent passer avant 21 h.

Par contre, la troisième, montrant le coup de feu mortel d’Elmer Fudd tirant sur Bugs Bunny pose plus de difficultés pour le Comité. Dans cette scène exagérée et sanglante, Bugs Bunny agonise pendant longtemps dans une mare de sang et Fudd lui tord ensuite le cou et le traîne par les oreilles. Même si le Comité estime qu’il s’agissait nettement d’images quelque peu révoltantes et plutôt difficiles à regarder, il est conscient du fait qu’elles satirisaient la violence dans ce type d’émission animée par un exemple d’ironie à froid, puisque Family Guy est elle-même une émission animée comportant parfois de la violence. Le Comité est quelque peu troublé par la présence de cette scène dans une émission diffusée à 17 h, mais compte tenu de son message sous-jacent il conclut qu’elle n’était pas suffisamment explicite pour exiger une diffusion après 21 h et que le télédiffuseur n’a donc pas enfreint l’article 3 du Code de l’ACR concernant la violence. Cependant, il est d’avis que les mises en garde auraient dû mentionner la violence (voir « Mises en garde à l’auditoire » plus loin).

Questions de goût

Tout en concluant qu’aucun aspect substantiel de cet épisode de Family Guy n’a enfreint les Codes, le Comité national de la télévision générale reconnaît que de nombreux téléspectateurs jugeraient que certains éléments de cette émission sont d’un goût douteux. Il note qu’outre les catégories de contenu abordées plus haut, les séquences montrant un homme qui mange un repas dans une cabine de toilette et Stewie qui vomit sur Brian puissent paraître dégoûtantes aux yeux de certains téléspectateurs. Cependant, les questions de goût n’entraînent pas des violations des Codes. L’article 1 du Code de déontologie de l’ACR stipule qu’il incombe aux radiodiffuseurs d’offrir une programmation diversifiée afin de satisfaire un public aux goûts et préférences variées. Dans les cas où il n’y a pas violation des Codes, il incombe aux téléspectateurs de contrôler ce qu’ils estiment acceptable ou non en activant la commande marche/arrêt de leur appareil.[viii]

Classification

Étant donné ses propres conclusions sur le contenu à caractère sexuel, le langage grossier et la violence dans l’épisode « Stewie B. Goode » de Family Guy, le Comité convient que Global a correctement classifié cet épisode 14+. Il comprend les préoccupations du plaignant devant la possibilité que de jeunes enfants écoutent cette émission, alors qu’ils n’ont ni les connaissances ni le discernement requis pour bien saisir certains commentaires sociaux et éléments de satire qui y sont présentés. Le fait que certains parents ne veuillent pas que leurs enfants regardent cette émission ne signifie pas pour autant que l’émission est « destinée aux adultes » et ne doit être diffusée qu’après 21 h. Il existe plusieurs catégories de programmation, et certaines, tout en ne convenant pas aux jeunes enfants, sont toutefois acceptables pour les enfants plus âgés, les adolescents et les adultes. Dans la mesure où les radiodiffuseurs leur fournissent l’information nécessaire, soit les mises en garde et la classification qui s’imposent, les téléspectateurs peuvent faire un choix éclairé quant à ce qu’ils regarderont ou permettront aux jeunes de leur foyer de regarder. Dans ce cas-ci, Global a fourni la bonne classification et a donc respecté l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence.

Mises en garde à l’auditoire

Le réseau Global a présenté les mises en garde en formats audio et vidéo au début de l’émission et au retour de chaque pause commerciale, comme il était tenu de le faire. Cependant, le texte de la mise en garde ne mentionnait que ce qui suit : [traduction] « Le contenu et le langage de cette émission risquent d’offenser certains téléspectateurs. » Dans des décisions antérieures, le CCNR a établi que les mises en garde à l’auditoire doivent contenir des renseignements précis sur les aspects qui risquent d’offenser.[ix] Bien qu’il n’y ait rien de mal à inclure la mention générale « le contenu de cette émission risque d’offenser certains téléspectateurs », puisqu’elle englobe un éventail de contenus potentiellement offensants qui ne tombent pas sous le coup des Codes, la mise en garde qui accompagne une émission renfermant des éléments spécifiquement visés par ces Codes doit les préciser. Dans ce cas-ci, Global a judicieusement mentionné le langage. Comme nous l’indiquons plus haut, le Comité estime que le contenu à caractère sexuel de cet épisode était suffisamment anodin pour ne pas avoir à le mentionner dans les mises en garde. Cependant, il conclut que les scènes de violence (surtout celle de Bugs Bunny) ne convenaient pas aux enfants. Il incombait donc à Global de mentionner la violence dans ses mises en garde. En omettant de le faire, il a enfreint l’article 5 du Code de l’ACR concernant la violence.

Réceptivité du télédiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent la mesure dans laquelle le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, bien réfléchie et complète. Dans la présente affaire, Global a répondu au plaignant en lui expliquant les raisons pour lesquelles il avait décidé de diffuser Family Guy à 17 h. Le réseau a donc respecté son obligation de se montrer réceptif. Rien de plus n’est exigé de sa part dans ce cas-ci.

ANNONCE DE LA DÉCISION

Global est tenu 1) de faire connaître la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute dans un délai de trois jours suivant sa publication et une autre fois dans les sept jours suivant sa publication dans le créneau dans lequel il a diffusé cet épisode de Family Guy, mais pas le même jour que la première annonce obligatoire; 2) de fournir, dans les quatorze jours suivant les diffusions des deux annonces, une confirmation écrite de cette diffusion au plaignant qui a présenté la Demande de décision; et 3) d’envoyer au même moment au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant les diffusions des deux annonces.

Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a jugé que le réseau Global a violé l’article 5 du Code concernant la violence de l’Association canadienne des radiodiffuseurs lorsqu’il a diffusé Family Guy le 23 juillet 2011. L’épisode en cause contenait des scènes de violence que Global n’a pas mentionnées dans ses mises en garde à l’auditoire.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

[i] CKTF-FM concernant Voix d’accès (Décision du CCNR 93/94-0213, rendue le 6 décembre 1995); CKTF-FM concernant des commentaires faits dans le cadre de l’émission Les méchants matins du monde (Décision du CCNR 00/01-0705, rendue le 5 avril 2002); CJAY-FM concernant Forbes and Friends (« quiz » à choix multiples) (Décision du CCNR 02/03-0638, rendue le 15 décembre 2003); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision du CCNR 08/09-0620+, rendue le 17 mars 2009); et CIDC-FM concernant une parodie du chant de Noël « Twelve Days of Christmas » (Décision du CCNR 10/11-0665, rendue le 12 juillet 2011).

[ii] CHOG-AM concernant The Jesse and Gene Show (Décision du CCNR 93/94-0242, rendue le 15 novembre 1994); CKVR-TV concernant Just for Laughs (Décision du CCNR 94/95-0005, rendue le 23 août 1995); CHFI-FM concernant The Don Daynard Show (Décision du CCNR 94/95-0145, rendue le 26 mars 1996); CJOH-TV concernant un épisode de Ellen (Décision du CCNR 96/97-0095, rendue le 8 mai 1997); CFNY-FM concernant Humble & Fred (« Danger Boy on a Cross ») (Décision du CCNR 97/98-0644, rendue le 3 février 1999); The Comedy Network concernant Comedy Club 54 (Décision du CCNR 97/98-1242, rendue le 3 février 1999); TQS concernant Dieu reçoit (Décision du CCNR 98/99-0402, rendue le 23 juin 1999); CJKR-FM concernant un commentaire de l’annonceur (Décision du CCNR 99/00-0130, rendue le 5 mai 2000); CFMI-FM concernant Brother Jake Morning Show (Décision du CCNR 00/01-0688, rendue le 23 janvier 2002); CFYI-AM concernant Scruff Connors and John Derringer Morning Show (Décision du CCNR 01/02-0279, rendue le 7 juin 2002); CTV concernant un épisode de Open Mike with Mike Bullard (Décision du CCNR 01/02-0783+, rendue le 15 janvier 2003); CKTF-FM concernant une parodie diffusée dans le cadre de Les Grandes Gueules (Décision du CCNR 04/05-0763, rendue le 19 juillet 2005); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision du CCNR 08/09-0620+, rendue le 17 mars 2009); CFNY-FM concernant une séquence intitulée « Wha’ Happened? » dans le cadre du Dean Blundell Show (Décision du CCNR 08/09-1238, rendue le 23 septembre 2009); et CIDC-FM concernant une parodie du chant de Noël « Twelve Days of Christmas » (Décision du CCNR 10/11-0665, rendue le 12 juillet 2011).

[iii] TSN concernant WWF Monday Night Raw (Décision du CCNR 99/00-0398, rendue le 31 janvier 2001); CITY-TV concernant Blind Date (Décision du CCNR 02/03-0570 et -0631, rendue le 2 mai 2003); TQS concernant le film Film de peur (Décision du CCNR 02/03-0940, rendue le 22 avril 2004); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision du CCNR 08/09-0620+, rendue le 17 mars 2009); et The Comedy Network concernant South Park (Décision du CCNR 09/10-1432 et -1562, rendue le 5 octobre 2010).

[iv] Teletoon concernant Team America: World Police (Décision du CCNR 07/08-1011, rendue le 7 août 2008); CHCH-TV (E!) concernant E!’s Wildest Spring Break Moments (Décision du CCNR 08/09-1097 et -1743, rendue le 1er avril 2010); et BITE TV concernant The Conventioneers (Décision du CCNR 10/11-0627, rendue le 12 juillet 2011).

[v] CIRK-FM concernant un message promotionnel pour un t-shirt (Décision du CCNR 96/97-0206, rendue le 16 décembre 1997); CIQC-AM concernant Galganov in the Morning (Décision du CCNR 97/98-0473, rendue le 14 août 1998); CFCF-TV concernant la première épisode de The Dark Angel (Décision du CCNR 00/01-0183, rendue le 22 août 2001); Prime concernant le long métrage Smokey and the Bandit (Décision du CCNR 05/06-1575, rendue le 8 janvier 2007); et CKQB-FM concernant la chanson « Crazy Bitch » de Buckcherry (Décision du CCNR 10/11-1169, rendue le 22 septembre 2011).

[vi] CKCO-TV concernant Kazan (Décision du CCNR 96/97-0226, rendue le 20 février 1998); CFPL-TV concernant des épisodes de Hercules: The Legendary Journeys et Xena: Warrior Princess (Décision du CCNR 98/99-0306, rendue le 17 juin 1999); et TQS concernant le film Film de peur (Décision du CCNR 02/03-0940, rendue le 22 avril 2004).

[vii] CTV concernant Kevin Spencer (Décision du CCNR 98/99-1173, rendue le 18 novembre 1999); Teletoon concernant Team America: World Police (Décision du CCNR 07/08-1011, rendue le 7 août 2008); G4 Tech TV concernant Superjail! (Décision du CCNR 09/10-0078, rendue le 1er avril 2010); et The Comedy Network concernant South Park (Décision du CCNR 09/10-1432 et -1562, rendue le 5 octobre 2010).

[viii] CHOM-FM et CILQ-FM concernant le Howard Stern Show (Décisions du CCNR 97/98-0001+, rendues les 17 et 18 octobre 1997); The Comedy Network concernant le Tom Green Show (Décision du CCNR 98/99-0291, rendue le 17 juin 1999); CTV concernant Kevin Spencer (Décision du CCNR 98/99-1173, rendue le 18 novembre 1999); CFMI-FM concernant Brother Jake Morning Show (Décision du CCNR 00/01-0688, rendue le 23 janvier 2002); CFNY-FM concernant The Show with Dean Blundell (Décision du CCNR 01/02-0267, rendue le 7 juin 2002); CJAY-FM concernant Forbes and Friends (chansons humoristiques et une parodie d’une publicité) (Décision du CCNR 02/03-0674, rendue le 15 décembre 2003); et The Score concernant une séquence dans le cadre de WWE Bottom Line (Décision du CCNR 02/03-0520, rendue le 30 janvier 2004).

[ix] The Comedy Network concernant un épisode de Gutterball Alley (Décision du CCNR 01/02-0450 et -0481, rendue le 13 septembre 2002); CITY-TV concernant un épisode de Ed’s Night Party (Décision du CCNR 03/04-0516, rendue le 22 octobre 2004); CITY-TV concernant un épisode de Ed the Sock! (Décision du CCNR 03/04-1814, rendue le 11 mars 2005); Comedy Network concernant Puppets Who Kill (« The Island of Skip-Along Pete ») (Décision du CCNR 05/06-0383, rendue le 30 mars 2006); Teletoon concernant Team America: World Police (Décision du CCNR 07/08-1011, rendue le 7 août 2008); et The Comedy Network concernant South Park (Décision du CCNR 09/10-1432 et -1562, rendue le 5 octobre 2010).