MusiquePlus concernant CTRL

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 15/16-0367
2016 CCNR 7
19 octobre, 2016
A. Noël (présidente), C. Crépin, M. Ille, M. Lorrain, D. Meloul, A. Wylie

LES FAITS

CTRL est une émission de MusiquePlus pendant laquelle trois jeunes animateurs adultes présentent des vidéoclips tirés de YouTube ou d’autres sites de partage multimédia et en font une critique humoristique. Entre les vidéoclips, les animateurs présentent leurs propres sketchs.

MusiquePlus a diffusé un épisode de cette émission le 11 novembre 2015 de midi à 13 h. Il n’y a pas eu de mise en garde. L’icône de classification 13+ est apparue pendant 9 secondes à 32 secondes du début de l’émission. MusiquePlus a présenté à nouveau la même icône après chaque pause publicitaire, toujours pendant neuf secondes.

Au cours de cet épisode, le mot anglais fuck s’est fait entendre deux fois : la première fois dans un vidéoclip de langue anglaise avec l’expression « Ah, for fuck’s sakes! »; la seconde fois, le jeune animateur a qualifié de « fucking creepy » une installation bizarre qu’il tentait de décrire.

Il y a également eu des références à connotation sexuelle, par exemple dans un vidéoclip de 45 secondes montrant un rassemblement quelconque où tous les participants brandissaient un dildo. Certains l’agitaient dans les airs ou se les lançaient par la tête, et une femme entre autres a fait mine de le sucer. Le vidéoclip presque au complet était tourné au ralenti. Un jeune homme interviewé a raconté en anglais : We saw some titties. We smacked some titties with some dildos pendant que défilait la traduction en sous-titre : « Nous avons vu des seins. Nous avons claqué des seins avec des dildos ». Dans un autre clip, l’action de mélanger un macaroni au fromage produisait des sons suggestifs. Un jeune homme a dit, en anglais, That’s what good pussy sounds like, avec le sous-titre français « C’est le son que font les bonnes chattes », à quoi une femme plus âgée a répondu, tout en tournant la cuillère dans la casserole : Ya hmar!, ce qui correspond en arabe à l’expression « espèce de con! ».

Dans un autre passage de l’émission, deux animatrices faisaient la critique de différents vidéoclips de chanteurs masculins auditionnant pour un concours. L’une des deux a qualifié un chanteur entre autres de « dégueu ». (Une description plus détaillée ainsi que la transcription des passages significatifs figurent dans l’annexe A.)

Le CCNR a reçu la plainte d’une téléspectatrice le jour même de la diffusion. Elle estimait l’émission totalement inappropriée pour les enfants. Elle a cité entre autres le vidéoclip des dildos comme un exemple de ce qui est tout à fait inacceptable étant donné l’âge du public cible à cette heure de la journée. Elle a trouvé aussi que traiter de « dégueu » un jeune chanteur qui auditionne constituait un commentaire désobligeant et gratuit. L’émission, selon elle, avait été classée 8+.

MusiquePlus a répondu à la plaignante le 5 janvier 2016. Tout en regrettant d’avoir offensé la plaignante, le télédiffuseur a insisté sur le fait que la station s’adresse à un auditoire de 18-34 ans et s’efforce de présenter un contenu diversifié au bénéfice de cette tranche d’âge. Il avait classé 13+ l’émission en question sachant qu’il y aurait des auditeurs plus jeunes dans l’auditoire.

La plaignante a écrit à nouveau en janvier et en février qu’elle n’était pas satisfaite de la réponse de MusiquePlus. Selon elle, la station ne voulait pas reconnaître qu’elle avait présenté à des enfants du matériel sexuellement explicite dans l’épisode du 11 novembre. Elle soutenait que midi n’était pas une heure convenable pour diffuser cette émission, même à l’intention d’un public de 13 ans comme le suggérait la classification. Elle a néanmoins noté que l’écart entre la classification indiquée par la station (13+) et son propre fournisseur de services (8+) avait été corrigé et que MusiquePlus affichait dorénavant une mise en garde au début de l’émission et à la reprise après chaque pause publicitaire pour signaler à l’auditoire le contenu à connotation sexuelle et le langage grossier. (Le texte complet de toute la correspondance figure dans l’annexe B.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et du Code de l’ACR concernant la violence :

Code de déontologie de l’ACR, Article 6 – Présentation complète, juste et appropriée

C’est un fait reconnu que la tâche première et fondamentale de chaque radiotélédiffuseur est de présenter des nouvelles, des points de vue, des commentaires ou des textes éditoriaux d’une manière complète, juste et appropriée. Ce principe s’applique à toute la programmation de la radio et de la télévision, qu’il s’agisse des nouvelles, des affaires publiques, d’un magazine, d’une émission-débat, d’une émission téléphonique, d’entrevues ou d’autres formules de radiotélévision dans lesquelles des nouvelles, des points de vue, des commentaires ou des éditoriaux peuvent être exprimés par les employés du radiotélédiffuseur, leurs invités ou leurs interlocuteurs.

Code de déontologie de l’ACR, Article 10 – Télédiffusion (Mise à l’horaire)

(a) Les émissions à l’intention des auditoires adultes ayant du contenu sexuellement explicite ou comportant du langage grossier ou injurieux ne devront pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21 h 00 et 6 h 00. […].

Code de déontologie de l’ACR, Article 11 – Mises en garde à l’auditoire

Pour aider les téléspectateurs à faire leurs choix d’émissions, les télédiffuseurs doivent présenter des mises en garde à l’auditoire lorsque la programmation renferme des sujets délicats ou, du contenu montrant des scènes de nudité, des scènes sexuellement explicites, du langage grossier ou injurieux ou, d’autre contenu susceptible d’offenser les téléspectateurs, et ce

(a) au début de la première heure, et après chaque pause commerciale pendant la première heure, d’une émission diffusée pendant la plage des heures tardives qui renferme ce genre de contenu à l’intention des auditoires adultes, ou

(b) au début, et après chaque pause commerciale, des émissions diffusées hors de la plage des heures tardives dont le contenu ne convient pas aux enfants.

Code de l’ACR concernant la violence, Article 4 – Classification

Protocoles sur l’usage des icônes

Fréquence

L’icône de classification doit être entré pour les premières 15 à 16 secondes de l’émission. […]

Classifications des télédiffuseurs francophones

E – Exemptées

Émissions exemptées de classification.

Cette classification s’applique aux :

·         émissions d’information : nouvelles, actualités, affaires publiques
·         émissions de sport : événements sportifs, nouvelles du sports
·         émissions de variété : spectacles, émissions-causeries, quizz, vidéoclips
·         magazines
·         documentaires
·         infopublicité

Il n’est pas exigé que la programmation exemptée s’accompagne d’une icône de classification à l’écran, et les radiodiffuseurs ne sont pas tenus de coder le signal de radiodiffusion d’une classification.

8+ (Général – Déconseillé aux jeunes enfants)

Cette émission convient à un public large, mais elle contient une violence légère ou occasionnelle qui pourrait troubler de jeunes enfants. L’écoute en compagnie d’un adulte est donc recommandée pour les jeunes enfants (âgés de moins de 8 ans) qui ne font pas la différence entre le réel et l’imaginaire.

13+

L’émission ne peut être vue, achetée ou louée que par des personnes de 13 ans et plus. Les enfants de moins de 13 ans peuvent y avoir accès s’ils sont accompagnés par un adulte.

La Régie classe dans cette catégorie les films qui nécessitent du discernement. Ces films comportent des passages ou des séquences qui peuvent heurter la sensibilité d’un public plus jeune.

Le public adolescent est davantage conscient des artifices du cinéma et il est psychologiquement mieux armé pour suivre des films plus complexes ou impressionnants. Aussi, la violence, l’érotisme, le langage vulgaire ou l’horreur peuvent y être plus développés et constituer une caractéristique dominante du film. Il importe toutefois que le film permette de dégager le sens à donner aux divers personnages et à leurs actions car, à l’adolescence, les jeunes ne sont pas nécessairement outillés pour faire face à tout. C’est pourquoi certaines thématiques (drogue, suicide, situations troubles, etc.) et le traitement dont elles font l’objet sont examinés avec beaucoup d’attention.

16+

L’émission ne peut être vue, achetée ou louée que par des personnes de 16 ans et plus.

De façon générale, vers l’âge de 16 ans, les jeunes traversent une période charnière, entre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Plus autonomes, ils ont acquis une certaine maturité psychologique.

Les émissions classées dans cette catégorie exposent des thématiques, des situations ou des comportements troublants et adoptent un point de vue plus direct sur les choses. Ils peuvent donc contenir des scènes où la violence, l’horreur et la sexualité sont plus détaillées.

Les membres décideurs ont lu toute la correspondance afférente et visionné un enregistrement de la diffusion en question. Le comité conclut que MusiquePlus a enfreint l’article 11 b) du Code de déontologie de l’ACR pour avoir omis de diffuser des mises en garde à l’auditoire pendant l’émission, ainsi que l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence pour avoir omis d’afficher l’icône de classification pendant 15 à 16 secondes au début de l’émission. En revanche, il n’y a eu de la part de MusiquePlus aucune autre infraction aux articles de code cités ci-dessus.

Insultes à l’endroit d’un individu

Les membres du comité décideur ont d’abord examiné la plainte sous l’angle du « commentaire désobligeant et gratuit » soulevé par la plaignante, à la lumière de l’article 6 du Code de déontologie de l’ACR et de la jurisprudence s’y rapportant. Ils en sont venus à la conclusion que le terme « dégueu » prononcé par une des animatrices à l’endroit d’un des concurrents apparaissant dans la vidéo reprise de YouTube ne constituait pas une violation de l’article 6 parce qu’il n’est pas particulièrement méchant ou péjoratif[1].

Mise à l’horaire de langage grossier ou de contenu à connotation sexuelle

Les membres du comité décideur ont ensuite examiné la plainte à la lumière de l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR et des décisions antérieures du CCNR à cet égard, pour déterminer s’il y a eu ou non utilisation de langage grossier et diffusion de contenu sexuellement explicite à l’intention d’auditoires adultes seulement hors des heures de diffusion tardive, soit entre 21 h et 6 h du matin.

Lorsqu’il est saisi d’une plainte, le CCNR examine systématiquement le contenu de l’émission de façon globale et ne se limite jamais aux éléments soulevés par le plaignant. Ce faisant, le comité décideur a remarqué l’utilisation du mot anglais fuck à deux reprises dans l’émission. Bien que le CCNR ait déterminé dans des décisions antérieures que le mot fuck constituait du langage « pour adultes », même dans une émission francophone[2], les membres du comité décideur notent que, tout d’abord en français le mot « fuck » n’a pas la même connotation vulgaire qu’en anglais et ensuite, que le langage évolue et qu’il faut y voir le reflet de la société actuelle. Le comité décideur est donc d’avis qu’il vaudrait mieux désormais insister auprès des télédiffuseurs pour qu’ils fournissent les mises en garde appropriées à l’auditoire et la classification correcte des émissions plutôt que cibler l’utilisation occasionnelle de langage vernaculaire.

Les membres du comité décideur en sont donc arrivés à la conclusion que l’utilisation du mot anglais fuck, à certaines conditions, n’enfreindra plus l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR. Premièrement, la langue principale de l’émission doit être le français, car, en français, le mot « fuck » n’a pas la connotation vulgaire qu’il peut avoir en anglais; deuxièmement, il faut que l’utilisation du mot soit occasionnelle; et troisièmement, le mot ne doit pas être utilisé pour insulter ou attaquer un individu ou un groupe. Si une émission répond à ces trois critères, il est probable que le CCNR ne conclura pas à une violation de l’article 10. C’est la conclusion à laquelle en arrive le comité décideur dans la présente affaire.

Quant au contenu à caractère sexuel, le CCNR a établi dans des décisions antérieures que le terme « sexuellement explicite » s’entend de scènes montrant réellement des actes sexuels ou de conversations les décrivant en détail[3]. Le comité décideur conclut donc, à la lumière de ces précédents, que l’utilisation de dildos, dans une scène où ils servaient d’objets de ralliement, n’est peut-être pas du meilleur goût, mais ne constitue pas un contenu sexuel suffisamment explicite pour ne s’adresser qu’à un auditoire adulte, uniquement durant la plage des heures tardives. Le comité décideur en arrive à la même conclusion concernant les commentaires sur les sons émanant du macaroni. Par conséquent, le radiodiffuseur n’a pas enfreint les dispositions de l’article 10 du Code de déontologie de l’ACR.

Mises en garde à l’auditoire

Le comité décideur s’est ensuite penché sur la question des mises en garde à l’auditoire. Même s’il conclut que l’émission en question n’était pas destinée uniquement à un auditoire adulte, à son avis le contenu de cette émission n’était pas approprié pour des enfants en raison du langage grossier et des sujets délicats, de nature sexuelle, qu’on y abordait[4]. En conséquence, le télédiffuseur aurait dû diffuser une mise en garde appropriée, soulignant le langage grossier et le contenu à caractère sexuel de l’émission, au début et au retour de chaque pause publicitaire, ce qu’il n’a pas fait. Le comité décideur conclut donc que le radiodiffuseur a enfreint l’article 11 b) du Code de déontologie de l’ACR.

Le comité décideur note que le télédiffuseur a décidé de diffuser de telles mises en garde après avoir reçu la plainte, mais que ce n’était pas le cas lors de la diffusion du 11 novembre 2015.

Classification

Les membres du comité décideur constatent que l’émission CTRL n’est pas une émission exemptée aux termes des dispositions de l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence[5] et que la classification « 13+ » retenue par le télédiffuseur est la classification appropriée pour cette émission[6].

Le comité décideur constate également que MusiquePlus n’a diffusé l’icône de classification que 32 secondes après le début de l’émission, et pendant 9 secondes seulement au lieu des 15 à 16 secondes requises par les dispositions du Code de l’ACR sur la violence au début de l’émission. Bien qu’il n’y ait aucune disposition définissant ce qui constitue le « début » d’une émission, le comité estime qu’un délai de 32 secondes est vraiment trop long. Quoi qu’il en soit, le télédiffuseur a enfreint les dispositions de l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence en diffusant cette icône de classification pendant neuf secondes seulement[7].

Par ailleurs, MusiquePlus a diffusé l’icône de classification durant quelques secondes à chaque retour des pauses publicitaires, alors que cela n’est pas exigé par le Code. Ce qui est exigé, c’est de diffuser chaque fois les mises en garde à l’auditoire, si elles sont requises. Le comité décideur veut donc inviter les télédiffuseurs à ne pas confondre icônes de classification et mises en garde à l’auditoire. La mise en garde est un texte lu en ondes et diffusé visuellement à l’écran pour décrire le type de contenu de l’émission et son caractère possiblement offensant. L’icône de classification offre quant à elle, outre une indication quant à la clientèle appropriée, un recours aux technologies de blocage des émissions sur le récepteur de télévision[8].

Quant à la classification erronée « 8+ » indiquée par le télédistributeur, le comité décideur ne peut se prononcer sur cette partie de la plainte, car les câblodistributeurs ne sont pas régis par le CCNR. La classification apparaissant au fichier-témoin du radiodiffuseur était bel et bien « 13+ » et cette classification était appropriée.

Réceptivité du télédiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, MusiquePlus a répondu à la plaignante en exposant son propre point de vue sur la diffusion. De l’aveu même de la plaignante, MusiquePlus a depuis lors l’habitude d’accompagner cette émission d’une mise en garde, ce qui prouve qu’il tient à se conformer aux exigences des codes. Ce télédiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part, sauf pour l’annonce de cette décision.

Annonce de la décision

MusiquePlus est tenu : 1) de faire connaître la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute, dans un délai de trois jours suivant sa publication, et une autre fois dans un délai de sept jours suivant sa publication, dans le même créneau horaire que CTRL, mais pas le même jour que la première annonce; 2) de faire parvenir à la plaignante qui a présenté la demande de décision, dans les quatorze jours suivant la diffusion des deux annonces, une confirmation écrite de son exécution; et 3) au même moment, de faire parvenir au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant la diffusion des deux annonces, qui seront formulées comme suit :

Le Conseil canadien des normes de la radiotélevision a jugé que MusiquePlus avait enfreint le Code de déontologie et le Code concernant la violence de l’Association canadienne des radiodiffuseurs dans sa diffusion de CTRL le 11 novembre 2015.  Malgré le langage grossier et les références à caractère sexuel, MusiquePlus n’avait pas diffusé de mise en garde durant l’émission pour se conformer aux dispositions de l’article 11 du Code de déontologie. La station a omis par la même occasion d’afficher l’icône de classification pendant les 15 secondes exigées par le Code concernant la violence.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

 

[1] Voir, à titre indicatif, les décisions suivantes : V concernant Face à face (manifestation étudiante) (Décision CCNR 11/12-1495+, 25 avril 2012); V concernant Les Détestables (Décision CCNR 12/13-0166, 16 avril 2013); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013)

[2] TQS concernant un épisode de Scrap Metal (Décision CCNR 08/09-1711, 11 août 2009); TVA concernant La Série Montréal-Québec (Décision CCNR 10/11-0781, 14 juillet 2011); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013)

[3] TQS concernant 2000 ans de bogues (Décision CCNR 99/00-0116 et -0345, 29 août 2000); The Comedy Network concernant un épisode de Gutterball Alley (Décision CCNR 01/02-0450 et -0481, 13 septembre 2002); SRC concernant Bye Bye 2008 (Décision CCNR 08/09-0620+, 17 mars 2009); TQS concernant un épisode de Scrap Metal (Décision CCNR 08/09-1711, 11 août 2009); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013); E! concernant Keeping Up with the Kardashians (« We’re Having a Baby ») (Décision CCNR 13/14-0242, 20 février 2014)

[4] CITY-TV concernant Blind Date (Décision CCNR 02/03-0570 et -0631, 2 mai 2003); Canal D concernant Festival Juste pour Rire et Comicographies Juste pour Rire : François Morency (Décision CCNR 02/03-0142 et -0143, 17 juillet 2003); TQS concernant le film Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TVA concernant une séquence diffusée dans le cadre d’un épisode de Star Système (Décision CCNR 04/05-1319, 9 septembre 2005)

[5] TQS concernant un épisode de la série Faut le voir pour le croire (Décision CCNR 99/00-0460, 29 août 2000); TQS concernant l’émission 2000 ans de bogues (Décision CCNR 99/00-0166 et -0345, 29 août 2000); TQS concernant un épisode de Scrap Metal (Décision CCNR 08/09-1711, 11 août 2009); TVA concernant La Série Montréal-Québec (Décision CCNR 10/11-0781, 14 juillet 2011); V concernant Les Détestables (Décision CCNR 12/13-0166, 16 avril 2013)

[6] TQS concernant le film Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TVA concernant La Série Montréal-Québec (Décision CCNR 10/11-0781, 14 juillet 2011); TVA concernant Les jeunes loups (Décision CCNR 13/14-0808, 10 septembre 2014)

[7] TQS concernant le long métrage L’Affaire Thomas Crown (Décision CCNR 01/02-0622, 20 décembre 2002); TQS concernant un épisode de Loft Story (Décision CCNR 03/04-0200 et -0242, 22 avril 2004); TQS concernant le film Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TQS concernant le film de Bleu nuit intitulé Mission de charme (Décision CCNR 03/04-0976, 10 février 2005); TQS concernant trois épisodes de Kama Sutra (Décision CCNR 03/04-1233, 10 février 2005); TQS concernant les films de Bleu nuit intitulés Le journal de désirs et Hôtel Exotica (Décision CCNR 03/04-1236, 10 février 2005); TVA concernant Les jeunes loups (Décision CCNR 13/14-0808, 10 septembre 2014)

[8] VRAK.TV concernant Charmed (« Histoire du fantôme chinois ») (Décision CCNR 02/03-0365, 17 juillet 2003); TQS concernant un épisode de Loft Story (Décision CCNR 03/04-0200 et -0242, 22 avril 2004); TQS concernant le film Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TQS concernant le film de Bleu nuit intitulé Mission de charme (Décision CCNR 03/04-0976, 10 février 2005); TQS concernant les films de Bleu nuit intitulés Le journal de désirs et Hôtel Exotica (Décision CCNR 03/04-1236, 10 février 2005); TVA concernant Les jeunes loups (Décision CCNR 13/14-0808, 10 septembre 2014)

Annexe A

CTRL est une émission animée par trois jeunes adultes : Camille Piché-Jetté, Rosalie Vaillancourt et Gabriel (Gab) Joncas. Les trois montrent des vidéoclips pris de YouTube et d’autres sources internet et en font des commentaires humoristiques et sarcastiques. Entre les clips, ils présentent leurs propres sketches comiques.

MusiquePlus a diffusé un épisode de l’émission le 11 novembre 2015 de midi à 13 h. Il n’y avait aucune mise en garde. Le télédiffuseur a affiché une icône de classification 13 ans et plus au début de l’émission pour environ 9 secondes. Il a réaffiché l’icône après chaque pause publicitaire, à chaque fois pendant 9 secondes.

Voici des descriptions et transcriptions des scènes qui soulèvent des questions à la lumière des codes :

Un vidéoclip qui parodie le vidéoclip de la chanson « Hello » par la chanteuse britannique Adele. Il s’agit du vrai vidéoclip de la chanson, mais il y a une narration humoristique par une voix mâle. À un moment donné, le narrateur dit, en anglais, « Ah, for fuck’s sakes! Is it you again?! ». Le sous-titre français est « Merde, c’est toi encore? »

Mme Piché-Jetté chante une partie de la chanson, en anglais, « Crazy Rap » par Afroman qui renferme des références à la marijuana :

Colt 45 and two Zig Zags

Baby, that’s all we need

We can go to the park after dark

Smoke that tumbleweed

As the marijuana burns

We can take our turns

Singing them dirty rap songs

Stop and hit the bong

Like Cheech and Chong

Sell tapes from here to Hong Kong

So roll, roll, roll my joint

Pick out the seeds and stems

Feelin’ high as hell

Flyin’ through Palmdale

Skatin’ on Dayton rims

Un vidéoclip d’une installation d’art bizarre : une énorme marionnette humanoïde accouche un gros bébé après avoir été frappée sur la tête par une grande brique.

Joncas :          Bon, c’est sûr que sans contexte ça paraît un peu bizarre, mais quand tu connais l’histoire derrière, tu comprends un peu la démarche. Mais l’affaire c’est qu’on ne connaît justement pas le contexte derrière ça, fai’que c’est juste fucking creepy, estie de gros crack-head gonflable qui accouche.

Vaillancourt :           Mais je comprends pas pourquoi on utilise une brique pour le faire accoucher. Va falloir que je réécoute tous mes parents expliquer comment ça fonctionne la sexualité. Je me trompe tout le temps. Mais en même temps, c’est ce que je préfère, voir mes parents assis avec moi pis parler de sexualité pis qu’ils sont tout mal à l’aise. C’est nos moments familiales [sic], les seuls qu’on a.

Piché-Jetté :  Moi, j’étais dans le glee club au secondaire. On chantait pas là. C’est juste qu’on avait deux, trois couples gais dans notre gang, pis ça nous rendait comme super connus là. Je te dis quand on se promenait dans l’école et l’on se faisait garrocher des affaires. Des cannes de conserve, des boîtes de jus, des condoms percés, des vrais rock stars.

Vaillancourt :           Moi pis Camille ça fait déjà une semaine qu’on cherche le gars pour chanter la toune de CTRL. On a de la misère à délibérer, hein?

Piché-Jetté :  Pas mal dur.

Il y a quelques vidéoclips de jeunes hommes qui chantent en auditions. Soit Mme Piché-Jetté soit Mme Vaillancourt font des commentaires après chaque clip.

Piché-Jetté :  Mm, celle-là, chus pas sûre. Je trouve qu’y est pas très sympathique.

Vaillancourt :           Ack, il est dégueu lui!

Piché-Jetté :  Non, non, non. Un gars qui cale ne marche pas pour un boys band.

Vaillancourt :           Boring.

Piché-Jetté :  Lui il ressemble trop à mon père.

Vaillancourt :           Ouais, il ressemble à mon père aussi.

Joncas :          Les gens me demandent souvent « Hey Gab, c’est quoi la meilleure façon pour sensibiliser les gens au MTS pis au VIH? » Là je leur réponds « Une guerre de dildos, c’est à faire! »

Il y a ensuite un vidéoclip d’une sorte de rassemblement où un groupe de gens tiennent tous un dildo. Ils lancent les dildos, les brandissent dans l’air et frappent l’un l’autre avec. Il y a une brève scène d’une femme qui en suce un. La majorité de l’action est au ralenti (slow motion). Vers la fin du clip, il y a une entrevue avec un jeune homme qui dit, en anglais, « We came, we saw, we conquered. We saw some titties. We smacked some titties with some dildos.  It’s been a great overall time for a great cause. » Les sous-titres français sont « Nous sommes venus. Nous avons vu. Nous avons vaincu. Nous avons vu des seins. Nous avons claqué des seins avec des dildos. Ce fut un moment génial de façon générale, pour une bonne cause. »

Un vidéoclip qui commence par un gros plan d’une cuillère remuant du macaroni et du fromage dans une casserole. Il fait un bruit de succion (squishy noise). Un jeune homme dit, en anglais, « That’s what good pussy sounds like. » Le sous-titre français est « C’est le son que font les bonnes chattes ». Une femme plus âgée à côté de lui lui reproche « Ya hmar! » (Arabe pour « T’es un âne! »)

Vaillancourt :           Mais moi elle fait vraiment pas ce bruit-là là. C’est-tu normale? Suis-je normale?

Piché-Jetté :  C’est quoi ton bruit à toi?

Vaillancourt :           Ça.

ll y a un bruit marmottant « euhm, euhm, euhm ». Mme Piché-Jetté fait non de la tête.

Annexe B

La plainte

Le CCNR a reçu la plainte suivante par l’entremise de son formulaire web le 11 novembre 2015 :

Station de télévision ou de radio :              MusiquePlus

Titre de l’émission :           CTRL

Date de diffusion :            11 novembre 2015

Heure :                                  12 :00 à 13 :00

Préoccupation : Cette émission cotée 8 ans et plus et diffusée à l’heure du dîner a diffusé un contenu totalement inapproprié pour les enfants. Je suis sidérée et offensée que mes enfants de 8 ans et 11 ans aient vu un extrait de Youtube où les gens se frappent avec un jouet en forme de pénis et, pire encore, et où on y voit une femme sucer un de ces jouets en forme de pénis. C’est le comble de la vulgarité. La chaine MusiquePlus a clairement manqué de jugement compte tenu de l’heure de diffusion et de l’âge du public cible.

Je déplore également le commentaire désobligeant et gratuit (« il est dégueux » [sic]) d’une animatrice (Rosalie) sur un des candidats figurant dans un autre extrait de la chaine Youtube. Vraiment! Quel exemple pour notre jeunesse? Je n’y vois aucune explication rationnelle…

Ni même au nom de l’art. Je suis choquée.

La réponse du télédiffuseur

MusiquePlus a répondu à la plaignante le 5 janvier 2016 :

Nous avons pris connaissance de votre courriel concernant l’émission CTRL diffusée sur les ondes de MusiquePlus le 11 novembre 2015 à midi, courriel qui nous a été transmis par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (« CCNR »).

Nous tenons tout d’abord à vous remercier de nous avoir fait part de vos préoccupations à l’égard de ladite émission et nous regrettons qu’elle vous ait déplu. Sachez que nous sommes très sensibles aux commentaires de notre auditoire. Cela dit, nous aimerions vous préciser que la chaîne MusiquePlus s’adresse à un auditoire adulte dont la cible se situe entre 18 et 34 ans. Afin de rejoindre ce public, MusiquePlus a comme mandat d’offrir un divertissement varié à ses téléspectateurs. Sa programmation se décline maintenant en quatre thèmes : humour, fiction, téléréalité et musique. C’est donc dans cette optique que MusiquePlus propose différents types d’émissions telles que CTRL. Dans ce contexte, nous sommes d’avis que cette émission s’inscrit bien dans notre programmation, qui, comme nous vous l’avons mentionné précédemment, vise un auditoire adulte recherchant et semblant apprécier ce type d’émissions.

Par ailleurs, nous sommes conscients que les propos et les images contenus dans cette émission ne peuvent plaire à l’ensemble de nos téléspectateurs et que certains d’entre eux peuvent être plus jeunes que 18 ans. C’est pour cette raison que nous avons classé cette émission 13 ans et plus à notre antenne et que ce classement apparaît au début de l’émission et à chaque retour de pause.

Nous regrettons que l’émission CTRL présentée sur les ondes de MusiquePlus le 11 novembre 2015 à midi ait pu vous choquer. Nous espérons toutefois que vous continuerez de regarder MusiquePlus et demeurons intéressés à vos commentaires. Les commentaires qui nous parviennent de nos téléspectateurs sont importants pour nous. Ils nous permettent d’améliorer constamment notre programmation et de mieux comprendre comment nos émissions sont reçues par le public.

En espérant que cette correspondance puisse répondre à vos préoccupations, veuillez agréer, Madame [D.], l’expression de nos salutations distinguées.

Correspondance supplémentaire

La plaignante a envoyé la réponse suivante au CCNR le 25 janvier :

J’ai bien reçu, le 5 janvier dernier, la réponse du diffuseur, MusiquePlus, au sujet de ma plainte concernant le contenu de l’émission CTRL diffusée le 11 novembre 2015 vers midi. Je ne suis pas satisfaite de la réponse écrite qui m’a été donnée par la représentante de MusiquePlus, [la directrice générale, communication et marketing], laquelle ne reconnaît pas le préjudice causé aux jeunes téléspectateurs (et par le fait même à mes deux enfants de 8 ans et 12 ans qui regardaient alors l’émission et qui ont, par le fait même, visionné du contenu sexuel explicite). Bien qu’elle se dise désolée, [la directrice générale, communication et marketing] ne s’excuse pas clairement au nom de la chaîne MusiquePlus. De plus, elle justifie implicitement la pertinence de cette émission sur les ondes de MusiquePlus en fonction des attentes et intérêts du grand public cible (18-34 ans) de MusiquePlus alors que cette émission est cotée 13 ans et plus. Cette émission ne convenait pas, selon moi, davantage à des jeunes de 13 ans et plus et sa diffusion à l’heure du dîner, heure où le jeune public revient souvent à la maison pour le lunch (et parfois dine seul à la maison!) était totalement inappropriée. Elle démontre un manque de jugement inquiétant de la part du diffuseur, voire un comportement irresponsable.

Je suis satisfaite toutefois de constater les récentes actions entreprises par le diffuseur pour que l’incident ne se répète pas (quoique l’émission soit toujours en onde à une heure inappropriée selon moi) : 1) MusiquePlus a vraisemblablement contacté Vidéotron afin de les aviser de rectifier leur avertissement qui s’affichait auparavant (et c’était le cas le 11 novembre dernier!) à 8 ans et plus pour cette émission; et 2) MusiquePlus place un avertissement suffisamment détaillé maintenant non seulement au début de l’émission, mais aussi à chaque retour des pauses publicitaires afin d’informer le public du contenu sexuel et du langage inapproprié pour un jeune public.

Je souhaite ardemment que le CCNR garde un œil vigilant sur le comportement de ce diffuseur en regard de cette émission.

Vous remerciant de votre précieuse collaboration, je vous prie d’agréer mes salutations distinguées.

Puisque la plaignante indique qu’elle n’est pas satisfaite de la réponse de MusiquePlus, mais est satisfaite des actions prises par la station, le CCNR lui a demandé si elle veut continuer sa plainte ou non. Elle a répondu le 8 février :

J’ai fait savoir à [la directrice générale, communication et marketing] de chez MusiquePlus que je maintiendrais ma plainte auprès du CRTC [sic, CCNR]. Ainsi je souhaite effectivement que le CCNR rende une décision dans ce dossier puisqu’il me paraît évident que MusiquePlus n’a pas, à mon avis, respecté toutes les normes fixées par le CCNR. Par ailleurs, Vidéotron a aussi affiché que cette émission était pour les 8 ans et plus et j’ai pris une capture d’écran de cet avis que j’ai jointe à ce courriel. Je dois cependant préciser que Vidéotron a, depuis ma plainte initiale à l’endroit de MusiquePlus, rectifié la situation. Malgré tout, je réitère que le contenu de l’émission du 11 novembre 2015 n’était pas davantage approprié pour des enfants de 13 ans. Je persiste, car s’il est de nos devoirs de parents de surveiller, d’éduquer et d’instruire nos enfants, nos diffuseurs ont aussi une grande responsabilité sociale envers notre jeunesse. Je vous saurais gré de me faire connaître, ultimement, la décision du CCNR dans ce dossier.

Mes salutations respectueuses.