Le CCNR ne constate aucune infraction des codes en ce qui concerne l’émission controversée Reality Check de Bruce Allen même si l’avis du Comité est partagé

Le CCNR ne constate aucune infraction des codes en ce qui concerne l’émission controversée Reality Check de Bruce Allen même si l’avis du Comité est partagé

Ottawa, le 16 juillet 2008 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant l’éditorial de 90 secondes intitulé Reality Check qui fut présenté par Bruce Allen en septembre dernier. Le sujet de cet éditorial portait sur les immigrants et l’accommodement de leurs traditions. La semaine suivante, M. Allen a paru à l’émission Christy Clark Show pour discuter des commentaires qu’il avait faits, lesquels ont d’ailleurs suscité une controverse publique considérable.

Le Comité régional de la Colombie-Britannique du CCNR a conclu que Reality Check n’a pas enfreint la disposition sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), mais l’avis de ses six membres était divisé en deux parts égales quant à savoir si cet éditorial a enfreint une autre disposition de ce Code concernant la présentation appropriée des points de vue, des commentaires et des éditoriaux. Le Comité a également observé que le Christy Clark Show a présenté une discussion équilibrée des questions traitées.

Dans sa séquence intitulée Reality Check, M. Allen a mentionné plusieurs des problèmes culturels auxquels ont été affrontés les minorités ethniques ou religieuses, dont les suivants : le refus de délivrer un passeport aux enfants sikhs parce qu’ils portaient un [traduction] « mouchoir » dans leurs photos, le projet des autorités chargées de l’immigration en vue de changer les noms de famille sikhs très répandus comme Singh et Kaur, des femmes vêtues d’un burkha qui affrontent de la résistance lorsqu’elles vont voter, des hommes portant un turban qui refusent de porter un casque pour conduire une motocyclette, etc. M. Allen a terminé son éditorial en disant [traductions] « si vous immigrez ici et vous n’aimez pas les règles en place, vous avez le droit de choisir de ne pas habiter dans ce pays » et « si vous n’aimez pas les règles, fichez le camp; nous n’avons pas besoin de vous ici. Il y a un autre endroit où vous pouvez aller, ça s’appelle chez vous. » Deux semaines plus tard, cet animateur a présenté une version plus longue de Reality Check dans laquelle il a déclaré qu’il s’oppose en réalité aux exemples de dénigrement racial qu’il avait donnés et s’est excusé d’avoir offensé les gens.

Le Comité régional de la C.-B. a examiné les plaintes de la part du public à la lumière de l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR, lequel interdit le « contenu [ou les] commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, » etc. Il a conclu à l’unanimité que Reality Check n’a pas violé cette disposition parce que

Même si la plupart des exemples semble se centrer sur la collectivité sikh, ils ne sont pas tous du genre. Quoi qu’il en soit, le Comité juge qu’aucun des exemples cités ne pose un problème, par leur seule mention, aux termes de la disposition sur les droits de la personne. Il s’agit de questions qui ont fait récemment ou qui font actuellement l’objet de discussions publiques, et même si elles portent à controverse il est tout à fait juste de les soulever et d’en discuter. […] Par conséquent, le Comité en vient à la conclusion que le fait de soulever les questions citées dans ce paragraphe n’est ni indûment discriminatoire, ni lié spécifiquement à un groupe identifiable en particulier.

Le Comité a également examiné les plaintes à la lumière de l’article 6 du Code de déontologie de l’ACR, lequel exige la présentation complète, juste et appropriée des points de vue, des commentaires et des éditoriaux. Sur ce point-ci, l’avis des six membres du Comité de la C.-B. était divisé en deux parts égales. Ceux qui ont conclu que les commentaires n’ont pas enfreint cette disposition du Code sont arrivés à ce résultat pour la raison que Bruce Allen

ne faisait qu’exprimer une perspective politique, laquelle il était libre d’adopter et de diffuser. L’expression politique est l’expression la plus importante à protéger. Même si elle s’avère parfois déplaisante, cela ne change pas sa nature. À tout le moins, comme l’a avancé M. Allen lui-même dans ce cas-ci, la nature provocante de ce qu’il a dit a en effet sensibilisé davantage les gens à cette question et favorisé bien plus de discussion sur la place publique, ce qui procure un grand atout démocratique. Ces membres du Comité estiment qu’au bout de la ligne le manque d’adresse et le ton intimidant dont fait preuve cet éditorial ne l’ont pas rendu suffisamment inapproprié ou injuste […].

Quant à l’autre moitié des membres du Comité, ceux-ci ont fait valoir que les propos de M. Allen, notamment le fait d’avoir caractérisé le couvre-chef religieux des sikhs de « mouchoir » et d’avoir prononcé le nom de famille sikh « Khan » plutôt que « Kaur », constituait des propos « moqueurs et condescendants ». Ils ont ajouté ce qui suit :

Autrement dit, il s’est senti libre de s’en prendre aux pratiques de ceux et celles qu’il caractérise d’immigrants, et de le faire sans prendre le temps ou montrer le respect de bien vérifier sa recherche au départ. […] Même si lui et sa famille ne portent pas de turban ou de burkha, cela ne lui donne pas le droit de mépriser les pratiques religieuses ou traditionnelles d’autres Canadiens, qu’ils soient de la première génération ou d’une génération plus vieille établie dans ce pays. Il y a certes une place pour un débat légitime sur les règles canadiennes actuelles régissant les [diverses questions d’accommodement qu’il a citées], mais ce débat ne doit pas se dérouler sur la base qu’il a choisie, à savoir l’idée que c’est « nous contre eux ». Ce sont ces déclarations à la fois inexactes et fractionnelles que le Comité trouve inappropriées […].

Un des plaignants a également exprimé son objection quant à la parution de M. Allen à l’émission Christy Clark Show. Le Comité a jugé que cette émission a présenté une discussion entièrement équilibrée de la controverse et des questions l’entourant :

Pour le Comité, le point est que Christy Clark a abordé, avec un équilibre marqué, l’éditorial mis en cause, dans le cadre d’une seule émission. L’auteur de l’éditorial s’est vu accorder toutes les possibilités de donner des explications et a ensuite été appelé à faire face à des critiques et à entendre aussi des gens qui l’appuyaient. De plus, l’animatrice de l’émission, Mme Clark, n’a pas hésité à faire la part des choses. L’équilibre c’est ça. La radio interactive qui exerce une fonction sociale importante, c’est ça. L’article 7 du Code de déontologie de l’ACR quant à la présentation d’une controverse d’intérêt public exactement comme l’envisageaient les rédacteurs, c’est ça. Le Comité applaudit Mme Clark et le radiodiffuseur pour cet effort supplémentaire.

Le Comité a terminé sa décision en faisant des commentaires sur « les mesures extraordinaires » prises par CKNW et sa société mère Corus « en vue de réagir rapidement et de façon bien pensée aux préoccupations du public. » Il a signalé que CKNW a réagi à tous les nombreux plaignants de façon « bien pensée dénotant de la sensibilité » et que la station a « ouvert ses ondes aux commentaires et aux critiques concernant l’éditorial de Bruce Allen. »

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques. Plus de 685 stations de radio, de services de radio par satellite, de stations de télévision et de services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.