Quoiqu’elle ne soit pas stéréotypée, une chanson de parodie contient un mot offensant, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 30 août 2011 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant la radiodiffusion, le 23 décembre 2010 à l’antenne de CIDC-FM (Z103.5 FM, Toronto), d’une chanson de parodie intitulée « 12 Days of a Guido Christmas ». Un auditeur s’est plaint que la chanson [traduction] « présente les Italiens de manière stéréotypée. » Bien qu’aucun mot spécifique n’ait été mentionné dans la plainte, le radiodiffuseur a avancé que [traduction] « ni l’un ni l’autre de ces termes [c.-à-d. guido ou paesan] ne peut être perçu comme étant utilisé d’une manière indûment négative ou abusive qui présente les Italiens sous un mauvais jour. »

Bien que le Comité régional de l’Ontario comprenne que le plaignant et le radiodiffuseur aient centré leur attention sur le mot « guido », les membres du Comité étaient « également fort conscients du fait que ce mot-là n’a pas été utilisé même une fois dans cette chanson de parodie. » Le mot n’a en fait été utilisé que dans la correspondance entre le plaignant et le radiodiffuseur, lesquels avaient tous les deux indiqué uniquement le titre de la chanson hors des ondes dans les courriels qu’ils se sont envoyés. Le Comité a noté, cependant, que « la deuxième strophe de la chanson contient un autre terme minoratif désignant les Italiens, lequel est répété dans chaque strophe qui suit la deuxième, notamment le mot “guinea”. » Le Comité de l’Ontario s’est reporté à une décision qu’il a rendue dans le passé au sujet de ce mot-là et a conclu qu’il ne voyait

rien qui rachète en ce qui concerne l’emploi tout à fait gratuit du mot « guinea » [dans la présente décision]. … [L]e Comité juge que ce mot est, par sa nature même, abusif et indûment discriminatoire. […] En ce qui concerne le contexte, le Comité ne voit aucune justification pour l’emploi du mot « guinea ». Le Comité n’estime pas qu’il soit « léger et relativement inoffensif », de sorte à répondre aux fins de comédies envisagées par l’alinéa 10 b) du Code sur la représentation équitable. Ce mot est minoratif, inapproprié, abusif et inacceptable; il n’y a pas plus de raison de l’utiliser dans ce cas-ci qu’il n’y en avait dans [la décision rendue dans le passé par le Comité de l’Ontario].

Il a jugé que l’emploi de ce terme déroge aux dispositions sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’ACR et du Code sur la représentation équitable de l’ACR, ainsi qu’à l’article 9 de ce dernier Code, lequel exige que les radiodiffuseurs fassent « preuve de sensibilité devant le langage ou les termes dérogatoires ou inappropriés pour faire référence à des individus ou à des groupes en évoquant la race, l’origine nationale ou ethnique […] et éviter ce langage et ces termes. »

En ce qui concerne la préoccupation du plaignant quant aux stéréotypes, la majorité du Comité, à l’exception d’un membre ayant exprimé une opinion dissidente, a jugé que

chaque ligne de cette chansonnette indique clairement qu’elle visait effectivement les Italiens. En outre, le Comité estime effectivement que cette chanson présente les Italiens de manière stéréotypée. Ceci dit, l’affaire ne se termine pas là, car même en admettant que des commentaires visant à communiquer des stéréotypes ont été faits, la norme codifiée exige que les « émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif. » Autrement dit, ce ne sont pas tous les stéréotypes qui ont un caractère négatif. Dire qu’une collectivité est superbement athlétique, qu’une autre se spécialise en informatique et en mathématiques, qu’une autre se distingue par sa finesse culinaire, ou encore qu’une autre possède une intelligence remarquable n’équivaudrait pas à une insulte ou à des propos négatifs à l’endroit d’une quelconque de ces collectivités. Il n’est aucunement interdit de faire des commentaires stéréotypés à moins que ceux-ci soient indûment négatifs.

La majorité du Comité a appliqué les principes précités à la décision sur CIDC-FM et a déclaré qu’elle

n’est pas inconsciente du fait que le contenu stéréotypé s’accompagne souvent d’un ton qui pose, en filigrane, la question suivante : « Ne trouvez-vous pas cela drôle? » On pourrait même dire que les descriptions comportent un aspect qui se moque en douceur de ceux faisant l’objet des stéréotypes. En effet, dans la présente affaire la majorité conclut que les commentaires faits dans chacun des couplets visaient assurément à caractériser les habitudes et les pratiques italiennes, même avec la langue au coin des lèvres, mais elle ne considère pas que les commentaires étaient négatifs, et encore moins indûment négatifs. Bien que le Comité ne considère pas qu’on puisse voir quoi que ce soit de positif dans la chanson, la majorité juge qu’il n’y a eu aucune infraction de l’article 4 ou de l’article 7 en raison du fait que la chanson a été diffusée.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, et des codes visant les services de télévision payante, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques – en 1970. Presque 760 stations de radio, services de radio par satellite, stations de télévision et services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.