Des commentaires politiques au sujet de la guerre au Moyen-Orient n’étaient pas abusifs envers les musulmans, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 13 juin 2007 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant un épisode de l’émission-débat américaine Coast to Coast AM diffusée à l’antenne de CFMJ-AM (AM 640 de Toronto). Une séquence de l’émission du 3 septembre 2006 portait sur la guerre américaine en Iraq. Un auditeur s’est plaint qu’on a diffusé des commentaires abusifs contre les musulmans pendant cet épisode. La majorité du Comité régional du CCNR de l’Ontario en est venue à la conclusion que l’émission n’a pas enfreint l’article sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR). Cependant, une membre du Comité a exprimé une opinion dissidente.

Émission souscrite à l’antenne de diverses stations de radio canadiennes, Coast to Coast AM se consacre généralement aux complots théoriques et au domaine du paranormal, mais touche parfois aux actualités. Son animateur de fin de semaine est Art Bell. Pendant l’épisode du 3 septembre, M. Bell a lu des extraits d’une dissertation rédigée par un major-général de l’armée américaine qui est maintenant à la retraite. Il y affirme que les Américains ne comprennent pas réellement ce qui est en cause dans la guerre au Moyen-Orient, notamment une menace réelle et immédiate pour les libertés dont ils jouissent. Dans cette lecture faite par M. Bell, il y avait également des commentaires au sujet des terroristes et extrémistes musulmans et des déclarations selon lesquelles les musulmans pacifiques ne se prononcent pas parce qu’ils craignent des représailles. 

Le CCNR a reçu une lettre de la part d’un auditeur qui se préoccupait du fait que l’émission [traduction] « valait une diatribe contre tous les musulmans, laquelle fut présentée […] de manière à inciter à la haine et à favoriser le racisme envers la totalité de la collectivité musulmane. » Dans sa réponse, la station a déclaré qu’il avait été clairement établi dans l’émission que les critiques s’adressaient uniquement aux « terroristes » musulmans. Le Comité régional de l’Ontario a étudié la plainte à la lumière de la disposition sur les droits de la personne (l’article 2) du Code de déontologie de l’ACR, laquelle exige que la programmation ne doit pas renfermer du « contenu ou des commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion » et ainsi de suite. La majorité du Comité en est venue à la conclusion que l’émission pouvait effectivement renfermer des critiques à l’endroit de certains groupes qui se fondent sur leurs activités criminelles et qu’on avait, dans le cadre de cette émission, fait une distinction adéquate entre les « terroristes » et tous les musulmans en général. La majorité du Comité a fait les commentaires suivants : 

La majorité du Comité considère que […] le texte diffusé établit une distinction entre les terroristes musulmans et les musulmans pacifiques. Les premiers ont été qualifiés, entre autres, de [traductions] « groupe consacré à la terreur » (en faisant allusion à Al-Qaeda), « militants islamiques », « terroristes musulmans », « terroristes », et « extrémistes musulmans » pendant tout le monologue. […] Le Comité est d’avis que le radiodiffuseur pouvait, et ce avec justification, mettre en évidence le « sous-groupe criminel », selon la terminologie utilisée par le plaignant, en l’associant aux caractéristiques du groupe auquel il appartient, que ces caractéristiques soient de nature religieuse, nationale, ethnique, culturelle, ou qu’elles se fondent sur le sexe ou une autre désignation pertinente. Ce choix ne présente aucun problème inhérent selon le Comité. 

Une membre du Comité en est venue à une autre conclusion et a déclaré ce qui suit dans son opinion minoritaire et

dissidente : 

À mon avis, les descriptions faites par l’animateur porteraient atteinte à tous les musulmans dans la pensée des auditeurs. Que la façon dont l’animateur a caractérisé les musulmans vise à susciter la peur et l’animosité chez les auditeurs, ne semble pas exagéré en effet. Ayant écouté l’émission comme l’aurait fait un auditeur, je suis d’avis qu’on a bien trop assimilé les terroristes musulmans à tous les musulmans. […] Mon constat serait que le radiodiffuseur a enfreint l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie et l’emploi de stéréotypes sexuels ainsi que la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du Code de déontologie (journalistique) adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 600 stations de radio d’intérêt général, de services de radio par satellite, de stations de télévision et de services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.