Un reportage sur de la présumée violence contre les animaux est injuste et constitue une atteinte à la vie privée, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 16 février 2011 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant un reportage de nouvelles sur la violence contre les animaux qui a été diffusé dans l’émission CHEK News at Five le 19 juillet 2010. Le reportage qui a ouvert ce téléjournal concernait la mort d’une famille de ratons laveurs à Esquimalt en Colombie-Britannique. On y a dit qu’une personne dans le voisinage avait battu des ratons laveurs, soit une mère et son petit, a mort avec un bâton de hockey et que la SCPA enquêtait. Dans ce reportage, on a nommé le mari, lequel aurait battu les animaux, et son épouse, laquelle n’avait aucun lien avec l’incident, et on a donné leur adresse municipale.

Le Comité régional de la C.-B. du CCNR a tranché, en vertu du Code de déontologie (journalistique) de l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT – l’Association des journalistes électroniques) et du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), les plaintes au sujet de la diffusion de ce reportage.

Il n’y avait aucun renseignement dans le reportage de nouvelles indiquant qu’une intervention judiciaire ou policière avait eu lieu ou que des accusations avaient été portées, et il n’y avait pas non plus d’entrevues ou de points de vue pour contrebalancer les allégations. Le Comité de la C.-B. s’est dit préoccupé par la question du caractère équitable du reportage et le fait qu’on y ait identifié les personnes impliquées en donnant leurs noms et leur adresse. Pour ce qui de la première question, le Comité a conclu que le reportage n’était ni complet ni juste et qu’il a donc enfreint l’article 1 du Code de déontologie (journalistique) de l’ACDIRT :

Bien que le Comité n’ait évidemment aucun commentaire à faire quant à la véracité du reportage, il a effectivement des commentaires à faire au sujet de l’exécution du reportage. Premièrement, la station avait, bien entendu, le droit de rapporter un incident aussi horrible que l’extermination apparemment cruelle des ratons laveurs. Deuxièmement, la station avait le droit de laisser une impression négative de cet incident à l’auditoire. Troisièmement, il fallait cependant davantage d’attention en vue d’équilibrer le reportage étant donné l’absence complète d’intervention judiciaire ou policière dans l’affaire.

De l’avis du Comité, CHEK-TV a pris une mesure très précaire quand elle a identifié les personnes supposément impliquées dans l’extermination des ratons laveurs sans avoir obtenu ce « timbre de désapprobation » de la part des autorités. Le Comité ne peut pas savoir si le télédiffuseur a sérieusement tenté d’inclure une entrevue avec la personne visée dans le reportage à un moment pertinent durant le cycle de vie normal de la nouvelle. Le Comité sait effectivement qu’aucune entrevue du genre ne faisait partie du reportage du 19 juillet. En outre, la station a affirmé qu’elle a identifié, dans son reportage de nouvelles, la personne liée à la mort des ratons laveurs et son épouse en donnant leurs noms, malgré le fait que l’épouse n’avait aucun lien supposé avec l’incident.

La journaliste a également inclus dans son reportage une déclaration préjudiciable faite par un voisin qui a caractérisé des aspects de la vie de famille du couple visé. Cet élément n’avait aucune pertinence pour l’histoire sur la violence contre les animaux. Par conséquent, le Comité a conclu que ce reportage n’était « ni complet ni juste, qu’il mettait en évidence le parti pris de la journaliste, et qu’il n’a pas répondu au critère de “faciliter au public la connaissance de ce qui se passe et la compréhension des événements de façon à ce qu’il puisse en tirer ses propres conclusions”. » Le reportage a donc également enfreint l’article 1 du Code de déontologie (journalistique) de l’ACDIRT et l’article 5 du Code de déontologie de l’ACR.

En ce qui concerne la deuxième question, soit l’atteinte à la vie privée, le Comité a admis d’emblée que le reportage répondait au premier des deux critères essentiels pour justifier l’atteinte à la vie privée des personnes par les journalistes, notamment l’intérêt que présente le reportage sur l’extermination des ratons laveurs pour le public; cependant le Comité estimait que le télédiffuseur n’a pas répondu au deuxième critère, notamment le caractère raisonnable de l’atteinte. Ayant jugé qu’il y avait eu infraction de l’article 4 du Code de déontologie (journalistique) de l’ACDIRT, le Comité a conclu que

le fait de nommer le mari, lequel, prétendait-on, avait tué les ratons laveurs, et son épouse, laquelle n’avait aucun lien du tout avec l’incident, constitue une atteinte à leur vie privée. Si la police avait porté des accusations, ou si une instance judiciaire avait été entamée, il se peut fort bien que cette conclusion ait été différente (en ce qui concerne la divulgation du nom du mari). Vu l’absence de ces éléments, le fait d’identifier ces personnes portait atteinte à leur vie privée. Le fait que leurs noms aient été supprimés des diffusions ultérieures du reportage ne décharge pas le télédiffuseur de la responsabilité pour les reportages qu’il a présentés dans lesquels leurs noms étaient indiqués.

Les radiodiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, la représentation équitable, la présentation de violence à la télévision et l’indépendance journalistique, et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle, et des codes visant les services de télévision payante, ainsi que du code concernant la déontologie journalistique qui fut élaboré par l’ACDIRT – Association des journalistes électroniques – en 1970. Presque 760 stations de radio, services de radio par satellite, stations de télévision et services de télévision spécialisée, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.