Un monologue comique n’enfreint pas les normes de la radiotélédiffusion, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 19 avril 2006 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant un épisode de Comedy Now, diffusé le 6 septembre 2005 sur les ondes du Comedy Network. Dans le monologue comique de Gord Disley présenté dans le cadre de cet  épisode, celui-ci rit des piètres talents de décorateur des hommes hétérosexuels, par rapport à ceux des homosexuels. Pendant son numéro, il a utilisé le terme « fag » (« tapette ») à deux reprises. Un téléspectateur s’est plaint que le mot « fag » constitue de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. 

Le CCNR a étudié la plainte à la lumière de l’article sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’ACR, selon lequel les radiotélédiffuseurs sont tenus de « veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à […] l’orientation sexuelle […]. » Le Comité a abordé la question de l’équilibre délicat qui s’impose lorsqu’on évalue cet aspect : 

Aujourd’hui, la plupart de la comédie fait appel à un élément de discrimination; elle profite du fait que les gens sont portés à voir de l’humour dans les différences qui nous caractérisent. Cet humour peut se présenter par des personnes qui rient d’autres ou qui rient en fait d’eux-mêmes dans l’intérêt d’autres personnes. Dans chacun de ces cas, ce n’est pas tous les exemples d’humour discriminatoire qui seront tenus pour une infraction de l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR, mais bien l’humour qui franchit la limite. […] L’objectif de l’article sur les droits de la personne, du CCNR et du Comité national des services spécialisés n’est pas de veiller à la pureté sur les ondes, mais de protéger contre les propos nuisibles. Il ne s’agit pas d’éviter n’importe quelle mention ayant peu de goût, mais d’éviter celles qui peuvent être coûteuses. La tâche du CCNR consiste à établir l’équilibre entre le coût et la liberté, et la liberté et le coût. C’est une tâche difficile, mais non ingrate. Lorsque les affligés sont protégés, les rieurs poussent des gémissements. Lorsque les rieurs sont protégés, les affligés souffrent. 

Le Comité a conclu que ce monologue comique n’a pas enfreint cette disposition du Code puisqu’il ne comportait pas de généralisations négatives ou abusives au sujet des homosexuels, quoiqu’il ait reconnu qu’il peut y avoir des contextes dans lesquels le mot « fag » pourrait avoir cet effet. Il a expliqué sa décision comme suit : 

Dans la présente affaire, l’humour semblait pour le plus viser les hommes hétérosexuels, plutôt que les homosexuels, ceux qui ne sont pas forts dans le domaine de la création plutôt que ceux qui sont doués dans ce domaine. Dans la mesure où ces pointes ont été lancées aux deux groupes, le Comité considère qu’elles avaient, au pire, le même poids. Le Comité trouve que l’humour n’avait rien du méchant. La question consiste donc à déterminer le caractère approprié de l’emploi du mot « fag », question sur laquelle s’articule la préoccupation du plaignant. Sa présence ajoute-t-elle un certain ton au monologue? Transforme-t-elle une présentation anodine en une présentation maladroite, méchante ou qui frappe à coups de marteau? Le terme « fag » est-il l’équivalent de certaines qualifications injurieuses quant à la race qui sont si bien déballées en public et qui sont en soi inacceptables? De l’avis du Comité, ce mot n’en est pas l’équivalent. […] Cela ne veut pas dire qu’il n’y auraient pas de circonstances dans lesquelles il pourrait être présenté d’un ton railleur, dérisoire, ou méchant, mais le Comité estime que ce n’est pas le ton qu’on lui prête en l’occurrence. C’est plutôt un ton anodin, frivole et nettement chatouillant.

 Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie et l’emploi de stéréotypes sexuels ainsi que la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du Code de déontologie (journalistique) adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 590 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.