TVA concernant Les beaux malaises (« La grande finale »)

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 1617-0984
2017 CCNR 11
25 octobre 2017
A. Noël (présidente), G. Bonin, J.-F. Leclerc, M. Lorrain, C. Scott

LES FAITS

Les beaux malaises est une émission humoristique qui suit la vie quotidienne de l’humoriste Martin Matte interprétant une version fictive de lui-même. L’émission n’est pas traditionnelle, au sens où, dans le scénario même, les comédiens font souvent référence au fait qu’il s’agit d’une émission de télé.

TVA a diffusé le tout dernier épisode de la série, intitulé « La grande finale », le 22 janvier 2017 à 21 h.

Le télédiffuseur n’a affiché aucune icône de classification au début de l’émission, mais il a diffusé une mise en garde. Au début de l’émission, cette mise en garde a été diffusée en format audio et vidéo, mais au retour de chaque pause publicitaire, elle n’était plus qu’en format vidéo, sous forme d’une bande déroulante au bas de l’écran alors même que l’émission avait repris.

La mise en garde se lisait comme suit :

Avertissement : Cette émission contient des scènes et un langage explicite [sic] pouvant ne pas convenir à un jeune auditoire.

L’épisode suit Martin Matte lorsqu’il annonce aux autres acteurs qu’il a décidé de mettre fin à l’émission. On assiste à leurs réactions : certains trouvent difficile d’abandonner leur personnage, d’autres ont des idées bien arrêtées à leur sujet.

Les dialogues renferment à plusieurs reprises les mots « ʼestie », « chrisse » et « câlice ». On montre aussi, en gros plan, un dildo violet placé sur un égouttoir à vaisselle. On entend d’autre part le frère de Martin répéter plusieurs fois « un cunnilingus est comme une fellation, mais à une femme ».

Dans la toute dernière scène de la série, tous les comédiens se mettent à danser. Des personnages qui ont pris part à différents épisodes au cours des trois dernières années se joignent aux festivités. Il y a aussi des références visuelles à des événements qui sont survenus et que seuls les habitués de l’émission auront pu apprécier.

Par exemple, un homme âgé, qui arbore de la lingerie féminine et un dildo, danse avec la mère de Martin. Plus tard, quelqu’un leur offre un joint de marijuana, qu’ils fument à tour de rôle.

Une femme vêtue d’une robe rouge s’approche de Martin et lui dit « Julie est d’accord pour qu’on le fasse à trois! ». Martin répond « Ah oui? » et Julie dit « À trois pour toi ». Un travesti intervient en annonçant « La troisième c’est moi ».

Il y a une fillette d’environ 9 ou 10 ans en maillot de bain, qui danse autour d’un poteau sur un tapis rouge. Un gros homme exhibe des fesses géantes gonflables. Il regarde la fillette avec un air de contentement tout en grignotant des croustilles. Quelques secondes plus tard, on revoit la petite fille et son poteau.

Le 25 janvier, un téléspectateur s’est plaint au CCNR des courtes scènes décrites ci-dessus : le couple qui fume de la drogue, la représentation d’une personne transsexuelle, un homme qui s’habille en femme, et la fillette qui danse autour du poteau pendant que le gros homme la regarde. Le plaignant trouvait que TVA faisait la promotion de la drogue, de la prostitution juvénile et des transgenres.

TVA lui a répondu le 10 mars. Le télédiffuseur ne croyait pas qu’il y ait eu violation des codes sur la radiodiffusion parce que les images du couple qui fume de la marijuana et du travesti reflètent simplement la diversité de la société telle qu’elle existe actuellement; il ne s’agit pas de « propagande » de la part de TVA. Quant aux images de la fillette qui danse, TVA a fait valoir qu’« il faut replacer ces dernières dans le contexte de l’émission dont le thème est de créer le malaise chez les téléspectateurs. Pour la finale, Martin Matte a imaginé une scène déjantée où étaient présents plusieurs personnages de la série dans des situations sans connexité les unes aux autres, un genre de clin d’œil aux trois ans de l’émission ». Il a aussi noté que « la fille est en tout temps habillée d’un costume de bain. Bien qu’elle fasse une danse autour d’un poteau, à aucun moment elle n’a de comportement sexuellement explicite, et les images ne représentent pas du contenu dégradant ».

Le plaignant a déposé sa demande de décision le 13 mars. Il a écrit qu’il comprenait le contexte de l’émission et le désir de montrer la diversité de la société, mais il s’est dit toujours opposé à la scène de la fillette dansant autour du poteau parce que, selon lui, c’était faire la promotion d’« actes de déviance sexuelle » et cela ne protège pas les enfants. Il a réécrit le 20 mars pour réitérer ses préoccupations. (La correspondance complète figure dans l’annexe.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière des dispositions du Code concernant la violence de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), du Code de déontologie de l’ACR et du Code de l’ACR sur la représentation équitable :

Code de l’ACR concernant la violence, article 4.0 – Classification

Directives à tous les télédiffuseurs

Spécifications techniques

Placement

L’icône doit paraître au coin supérieur gauche de l’écran, à l’intérieur de la zone de sécurité.

Protocoles sur l’usage des icônes

Fréquence

L’icône de classification doit rester affichée pendant les 15 à 16 premières secondes de l’émission.

Système de classification pour les télédiffuseurs canadiens de langue française

13 +

L’émission ne peut être vue, achetée ou louée que par des personnes de 13 ans et plus. Les enfants de moins de 13 ans peuvent y avoir accès s’ils sont accompagnés par un adulte.

La Régie classe dans cette catégorie les films qui nécessitent du discernement. Ces films comportent des passages ou des séquences qui peuvent heurter la sensibilité d’un public plus jeune.

Le public adolescent est davantage conscient des artifices du cinéma et il est psychologiquement mieux armé pour suivre des films plus complexes ou impressionnants. Aussi, la violence, l’érotisme, le langage vulgaire ou l’horreur peuvent y être plus développés et constituer une caractéristique dominante du film. Il importe toutefois que le film permette de dégager le sens à donner aux divers personnages et à leurs actions, car, à l’adolescence, les jeunes ne sont pas nécessairement outillés pour faire face à tout. C’est pourquoi certaines thématiques (drogue, suicide, situations troubles, etc.) et le traitement dont elles font l’objet sont examinés avec beaucoup d’attention.

16 +

L’émission ne peut être vue, achetée ou louée que par des personnes de 16 ans et plus.

De façon générale, vers l’âge de 16 ans, les jeunes traversent une période charnière, entre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Plus autonomes, ils ont acquis une certaine maturité psychologique.

Les émissions classées dans cette catégorie exposent des thématiques, des situations ou des comportements troublants et adoptent un point de vue plus direct sur les choses. Ils peuvent donc contenir des scènes où la violence, l’horreur et la sexualité sont plus détaillées.

Code de déontologie de l’ACR, article 11 – Mises en garde à l’auditoire

Pour aider les téléspectateurs à faire leurs choix d’émissions, les télédiffuseurs doivent présenter des mises en garde à l’auditoire lorsque la programmation renferme des sujets délicats ou, du contenu montrant des scènes de nudité, des scènes sexuellement explicites, du langage grossier ou injurieux ou, d’autre contenu susceptible d’offenser les téléspectateurs, et ce

1. au début de la première heure, et après chaque pause commerciale pendant la première heure, d’une émission diffusée pendant la plage des heures tardives qui renferme ce genre de contenu à l’intention des auditoires adultes, ou

2. au début, et après chaque pause commerciale, des émissions diffusées hors de la plage des heures tardives dont le contenu ne convient pas aux enfants.

Des modèles de mises en garde appropriées figurent à l’Annexe A. Il s’agit de textes suggérés. Les télédiffuseurs sont invités à adopter le genre de texte qui est le plus apte à fournir aux téléspectateurs les renseignements les plus utiles et opportuns en ce qui concerne l’émission visée.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, Principes généraux (b)

Les radiodiffuseurs tâcheront de présenter, dans les émissions de télévision et de radio, tous les groupes identifiables dans divers emplois et rôles sociaux, à la maison et au travail à l’extérieur de la maison.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 1 – Représentation équitable

Les émissions à la télévision et à la radio doivent être conformes au principe de représentation équitable de tous les individus.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 8(b) – Exploitation

Les radiodiffuseurs doivent éviter de sexualiser les enfants dans les émissions.

Les membres décideurs du comité ont lu toute la correspondance afférente et ont visionné la diffusion en question. Le comité conclut que TVA a enfreint : l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence pour l’absence de l’icône de classification, l’article 11 du Code de déontologie de l’ACR pour ne pas avoir diffusé les mises en garde en format audio, et l’article 8(b) du Code de l’ACR sur la représentation équitable pour la scène de la fillette. La représentation de la drogue et du travesti n’a violé aucune disposition des codes.

Classification

Les membres du comité décideur n’ont pu que constater l’absence totale d’icône de classification au début de l’émission. Cette émission n’entrant pas dans les catégories d’émissions exemptées que sont les émissions d’information, de sport, de variétés, les magazines, les documentaires ou l’infopublicité, le diffuseur avait l’obligation de faire paraitre l’icône de classification appropriée pour ce type de programmation, dans le coin supérieur gauche de l’écran, à l’intérieur de la zone de sécurité, et ce, pour les 15 à 16 premières secondes de l’émission.

En omettant de faire paraître cette icône de classification, à l’endroit, au moment et pour le temps requis, le télédiffuseur a violé l’article 4 du Code de l’ACR concernant la violence.

Les membres du Comité décideur ont ensuite tenu compte du type d’émission, du langage et des images (langage grossier et une certaine dose d’érotisme mais pas de sexualité explicite) et ont conclu que la cote appropriée était 13+, l’émission en question nécessitant un certain discernement que les adolescents, plus conscients des artifices de la fiction et mieux armés psychologiquement sont à même d’exercer, alors que cette programmation pourrait heurter la sensibilité d’un public plus jeune[1].

Mises en garde à l’auditoire

Le comité décideur s’est ensuite penché sur la question des mises en garde. Il a noté que TVA avait diffusé une mise en garde en format vidéo et audio au début de l’émission, tel que requis par l’article 11 du Code de déontologie de l’ACR. De plus, cette mise en garde était suffisamment détaillée selon les membres du comité. Toutefois, au retour des pauses publicitaires, TVA s’est contentée de diffuser une mise en garde en format vidéo seulement, sous forme de bande déroulante au bas de l’écran, alors même que l’émission avait repris.

Les membres du comité décideur constatent que ce genre de mises en garde ne se conforment pas aux exigences de l’article 11 du Code de déontologie de l’ACR et aux décisions prises sous son empire qui exigent que les mises en garde soient diffusées en format vidéo et audio après les pauses publicitaires et qu’elles précèdent le retour à l’émission[2]. Le comité décideur conclut donc que TVA a violé l’article 11 du Code de déontologie de l’ACR en omettant de diffuser des mises en garde sous forme audio et vidéo à l’issue de chaque pause publicitaire.

De plus, les membres du comité décideur constatent que ce n’est pas la première fois que TVA ne respecte pas les exigences de l’article 11 précité. À deux reprises dans le passé, TVA a semblé confondre icônes de classification et mises en garde à l’auditoire[3]. Cette fois encore, il semble que TVA croit que les icônes de classification et les mises en garde à l’auditoire sont interchangeables.

Ce n’est pas le cas. Le comité décideur rappelle au diffuseur que les icônes de classification et les mises en garde à l’auditoire ne sont pas mutuellement exclusives, qu’elles sont utilisées à des fins différentes, à savoir dans le cas des icônes, classer l’émission en fonction de l’âge de l’auditoire et permettre de bloquer l’émission avec le système de puce contenu dans le récepteur, et, pour ce qui est des mises en garde, avertir les téléspectateurs du contenu plus ou moins choquant de l’émission.

Représentation de la consommation de drogue et de la diversité sexuelle

Le plaignant a soulevé la question de l’utilisation de drogue et de la représentation de transgenres dans l’émission. Rien dans les codes administrés par le CCNR n’interdit la représentation de transgenres ou de travestis à la télévision, à moins que cette représentation ne soit indûment négative. S’il est vrai que certains téléspectateurs ont des opinions personnelles bien arrêtées concernant, entre autres, la représentation de transgenres ou de travestis au petit écran, cela n’implique pas que les télédiffuseurs ou le CCNR doivent cautionner ce genre de discrimination. Au contraire, les radiodiffuseurs devraient être félicités lorsqu’ils portent à l’écran la diversité de la société dans laquelle nous vivons[4]. Rappelons à cet égard l’article 2 du Code de l’ACR sur la représentation équitable qui établit que « tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux » ce qui inclut, sans l’ombre d’un doute, le droit de se voir et d’être vu à la télévision.

En ce qui concerne l’usage de drogue à l’écran, même si cette scène en est une destinée exclusivement à un auditoire adulte, le comité décideur rappelle que cette émission a été diffusée dans la plage des heures tardives et que les mises en garde, à cet égard, étaient appropriées, même si elles présentaient un vice de forme.

Exploitation ou sexualisation des enfants

Les membres du comité décideur reconnaissent que cette émission est intitulée Les beaux malaises et qu’elle veut porter un regard humoristique sur des situations « inconfortables » vécues par Martin Matte dans sa vie quotidienne fictive. Ce thème culmine dans la scène finale où plusieurs participants se retrouvent dans des situations gênantes tout en dansant sur la chanson des Rolling Stones intitulée « Sympathy for the Devil ». C’est une partie de cette scène finale qui montre une fillette se dandinant autour d’un poteau d’une manière assez suggestive, pendant qu’un gros homme qui mange des croustilles la regarde d’un air lubrique. Quoique le CCNR ait accordé une assez grande latitude aux radiodiffuseurs lorsqu’ils diffusent des scènes sexuellement suggestives impliquant des adultes, il a toujours établi une limite claire en ce qui a trait à tout matériel qui sexualise les enfants, même de façon nuancée ou humoristique[5]. Compte tenu du fait que la pole dance est traditionnellement associée aux clubs de strip-tease et que dans la scène en question un gros homme au regard lubrique fixait la fillette uniquement vêtue d’un maillot de bain pendant qu’elle faisait son « numéro », le comité estime que la connotation sexuelle de cette scène est indéniable et clairement inacceptable à la lumière de l’article 8 b) du Code de l’ACR sur la représentation équitable portant sur la sexualisation des enfants.

Réceptivité du télédiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, TVA a donné une réponse adéquate expliquant son point de vue au plaignant. Ce télédiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part, sauf pour l’annonce de cette décision.

Annonce de la décision

TVA est tenu : 1) de faire connaître la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute, dans un délai de trois jours suivant sa publication, et une autre fois dans un délai de sept jours suivant sa publication, dans le même créneau horaire que Les beaux malaises, mais pas le même jour que la première annonce; 2) de faire parvenir au plaignant qui a présenté la demande de décision, dans les quatorze jours suivant la diffusion des deux annonces, une confirmation écrite de son exécution; et 3) au même moment, de faire parvenir au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant la diffusion des deux annonces, qui seront formulées comme suit :

Le Conseil canadien des normes de la radiotélevision a jugé que TVA avait enfreint les codes des normes de la radiodiffusion dans sa diffusion de l’émission Les beaux malaises le 22 janvier 2017. TVA a enfreint le Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs en diffusant une scène qui exploitait une jeune fille. TVA a aussi enfreint le Code concernant la violence et le Code de déontologie pour une classification et des avertissements inadéquats.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

[1] Voir les décisions suivantes pour d’autres exemples d’émissions classées 13+ : TQS concernant Strip Tease (Décision CCNR 98/99-0441, 21 février 2000); TQS concernant le long métrage L’Affaire Thomas Crown (Décision CCNR 01/02-0622, 20 décembre 2002); TQS concernant un épisode de Loft Story (Décision CCNR 03/04-0200 et -0242, 22 avril 2004); TQS concernant le long métrage Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TVA concernant La Série Montréal-Québec (Décision CCNR 10/11-0781, 14 juillet 2011); MusiquePlus concernant CTRL (Décision CCNR 15/16-0367, 19 octobre 2016)

[2] TQS concernant le long métrage Les Girls de Las Vegas (Décision CCNR 01/02-0478, 20 décembre 2002); TQS concernant le long métrage Film de peur (Décision CCNR 02/03-0940, 22 avril 2004); TQS concernant deux épisodes de l’émission Sex Shop (Décision CCNR 03/04-0162 et -0320, 22 avril 2004); MusiquePlus concernant Cliptoman (Décision CCNR 12/13-0387, 3 juin 2013)

[3] TVA concernant La Série Montréal-Québec (Décision CCNR 10/11-0781, 14 juillet 2011) et TVA concernant Les jeunes loups (Décision CCNR 13/14-0808, 10 septembre 2014)

[4] Showcase Television concernant un épisode de Queer as Folk (Épisode no. 209) (Décision CCNR 01/02-0759, 28 février 2003)

[5] CILQ-FM concernant The Howard Stern Show (Décision du CCNR 97/98-0487+, 20 février 1998); CFMI-FM concernant un sketch satirique (Décision CCNR 01/02-1062, 14 janvier 2003); CFRQ-FM (Q104) concernant une conversation au sujet d’un concert (Décision CCNR 06/07-0310, 8 août 2007); CFNY-FM concernant des commentaires faits dans le cadre du Dean Blundell Show (fans de Justin Bieber) (Décision du CCNR 09/10-0333, 22 juin 2010); CKIS-FM concernant des commentaires faits dans le Roz and Mocha Show (Décision CCNR 09/10-1980, 12 novembre 2010)


Annexe

La plainte

Le CCNR a reçu la plainte suivante le 25 janvier 2017 par l’entremise de son formulaire Web :

Station de radio ou de télévision :           TVA

Nom de l’émission :                                        Les beaux malaises Grandes finales

Date de l’émission :                                        16/01/2017 [sic]

Heure de l’émission :                                     21:00:00

Préoccupation :                La série télévisée parle de Malaises, mais la GRANDE FINALE, TVA et le Groupe MARTIN MATTE, on montre des photos CHOQUANTES :

#1 un couple qui fume de la Drogue, de la marijuana

#2 Une fille de 12 ans env danse sur un poteau de danseuse nue pendant qu’un Gros barbu la regarde

#3 La propagande transsexuelle, gay, homme qui s’habille en femme.

JE TROUVE INNADMISIBLE QUE TVA, une télé familiale, fasse autant la promotion de DROGUE, DE PROSTITUTION JUVÉNILE, DE TRANSGENDER [sic].

J’ai pris des copies d’écran, mais l’émission est « LES GRANDS [sic] MALAISES LA GRANDE FINALE »

Les images sont à la fin du spécial télé.

Je comprends pas. Y’a aussi Les galas JUSTE POUR RIRE ou c [sic] rendu que le monde s’embrasse, ont des rapports GAY, les langages inappropriés.

La réponse du télédiffuseur

TVA a répondu au plaignant le 10 mars 2017 :

La présente fait suite à votre plainte du 25 janvier 2017 portant sur la diffusion de l’épisode La Finale de la série Les Beaux Malaises que vous indiquez avoir visionné le 16 janvier 2017. Plus spécifiquement, votre plainte porte sur une vidéo diffusée à la fin de l’émission que vous qualifiez de choquante parce qu’elle contiendrait : 1- des images d’un couple qui fume de la drogue; 2- une fille de 12 ans qui danse sur un poteau de danseuse nue; 3- de la propagande transsexuelle, gay, et d’un homme qui s’habille en femme. Vous indiquez qu’il est inadmissible selon vous que TVA fasse la promotion de drogue, de prostitution juvénile, et de transgenre.

D’entrée de jeu, nous tenons à souligner que votre plainte nous semble irrecevable, car l’épisode La Finale n’a pas été diffusé le 16 janvier 2017 comme vous l’indiquez, mais plutôt le 22 janvier 2017. Ceci dit, et à tout événement, nous sommes d’avis que cet épisode ne viole pas les codes supervisés par le CCNR.

En effet, l’art. 1 du Code de déontologie de l’ACR indique que chaque diffuseur doit présenter une programmation variée qui tienne compte des goûts divers du public afin que toutes les catégories d’auditeurs et de téléspectateurs trouvent dans ces services de la programmation qui réponde à leurs préférences et vœux spéciaux. Par ailleurs, le Code sur la représentation équitable de l’ACR reconnaît l’importance d’assurer une représentation équitable des divers groupes identifiables dans la société et exige que les radiodiffuseurs représentent tous les groupes identifiables dans le cadre de leur programmation. Par ailleurs, ces deux codes contiennent des dispositions qui prohibent de discriminer des individus dans le cadre des émissions, notamment sur la base de leur orientation sexuelle.

De ce qui précède, il est clair qu’en montrant des adultes qui fument un joint, une personne transsexuelle, un travesti ou encore une personne homosexuelle, TVA reflète la diversité de notre société. À titre de diffuseur généraliste, TVA se veut un reflet de son auditoire et de la société telle qu’elle existe actuellement. Contrairement à ce que vous indiquez, et soit dit avec le plus grand respect, il ne s’agit pas de « propagande » de la part de TVA. Notons également que ces images ont été diffusées après la plage des heures tardives à 21h et étaient accompagnées des avertissements d’usage au début de l’émission et au retour des pauses publicitaires.

Quant aux images d’une fille qui danse autour d’un poteau, il faut replacer ces dernières dans le contexte de l’émission dont le thème est de créer le malaise chez les téléspectateurs. Pour la finale, Martin Matte a imaginé une scène déjantée où étaient présents plusieurs personnages de la série dans des situations sans connexité les unes aux autres, un genre de clin d’œil aux trois ans de l’émission.

Bien que nous soyons conscients que l’idée d’une fille qui danse autour d’un poteau puisse choquer certains téléspectateurs, nous sommes d’avis que son inclusion ne viole pas pour autant les codes supervisés par le CCNR. En effet, la fille est en tout temps habillée d’un costume de bain. Bien qu’elle fasse une danse autour d’un poteau, à aucun moment elle n’a de comportement sexuellement explicite, et les images ne représentent pas du contenu dégradant ou de l’exploitation qui seraient prohibées par les articles 7 et 8 du Code sur la représentation équitable de l’ACR. Nous arrivons à cette conclusion notamment en raison du contexte dans lequel ces images sont présentées, qui en est un de comédie et d’humour dans une situation relevant de l’imagination débordante de Martin Matte (art. 10 du Code sur la représentation équitable de l’ACR).

Par conséquent, nous veillons à ne pas mettre en ondes du contenu qui contreviendrait aux Codes supervisés par la CCNR.

Nous espérons le tout conforme et vous prions de recevoir, Monsieur [D.], l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Correspondance afférente

Le plaignant a déposé sa demande de décision le 13 mars :

J’ai pris note de la lettre explicative de TVA. Je suis en d’accord et comprends leur point de vue, mais, par contre, la chose qui me fatigue, c’est la jeune fille de 12 ans qui danse avec le poteau de danseuse. Je crois sincèrement que le fait de montrer une enfant de 12 ans et en avant-plan, un adulte peut confondre certain esprit et personne perverses fait de montrer un type [sic]qui la regarde en mangeant des chips, affiche un msg que la société n’accepte pas que si une personne mettrait en ligne sur YouTube de telle image dégradante aura une trolée [sic] de commentaires négatifs.

Mais que les Médias semblent en faire la promotion et semblent avoir tous les droits quant à la diffusion de tel msg.

Des scènes de bécotages, d’actes de déviance sexuelle, des messages qui semblent corrects pour TVA diffusés à 21h, mais lesquels émission ont des enfants qui y jouent, donc on peut présumer que des adolescents(es) pourraient voir cela comme Acceptable et convenable, de faire danser sa sœur ou amies de façon inappropriée. Je comprends que la Présentation voulait provoquer un malaise, qu’elle ne comporte pas de scènes sexuelles, mais je dis que c’est sur la limite.

Je comprends le contexte de l’émission, la diversité de la société, mais, vous encouragez certain actes qui ne soient pas acceptables en société.

Je demande que TVA reconnaisse qu’ils ont été à cet égard été [sic] trop loin dans la diffusion de cette scène.

Le reste, bon d’accord, c’est vrai que la société est rendue ce qu’elle rendue, sauf à ce niveau faut simplement pas encourager et diffuser de telles images qui sont choquantes et ne protègent pas les enfants.

Je demande à TVA de formuler des excuses et pas des justifications irresponsables et insouciantes.

Le plaignant a réécrit au CCNR le 20 mai :

C’est quoi cette soi-disant justice alors que VOUS LES MÉDIAS mettez en place un système pour porter plainte alors que finalement ça donne RIEN….

Ça continue à nous montrer des Messages SEXUELS, DES MSG DE DROGUES.

ALLEZ, ALLEZ METTEZ-EN DES COCHONNERIES SANS QUE PERSONNE DISE ET FAIT [sic] RIEN.

C [sic] RIDICULE….Justice a un coter [sic] alors que TVA, LES BEAUX MALAISES continue et que le CCNR ne prenne pas en CONSIDÉRATION MA PLAINTE.

J’ai reçu un msg de TVA disant OUI C’EST NOTRE SOCIÉTÉ, LES PÉDÉ, LES TRANS, LES PETITES FILLES QUI DANSENT COMME les danseuses nues.

C’EST QUOI CETTE STUPIDITÉ!? ALORS QUE PERSONNE FAIT RIEN ET QUE MA PLAINTE RESTE MORTE.

Quoi devrais-je faire, imprimer GRAND FORMAT DES POSTERS GÉANTS, ACHETER DES PANNEAUX RÉCLAME ET FAIRE JASER?

Je SUIS DANS LE DOMAINE DU MARKETING donc FAIRE IMPRIMER DES BANNIÈRES de 100 pieds par 100 pied y’a RIEN LÀ.

Je peux même acheter un panneau Reclame pour que le QUÉBEC SACHE.

ALORS SI TVA et MARTIN MATTE ne font pas des Excuses en règle, je vais faire une Campagne publicitaire.

C’EST FRUSTRANT