L’emploi de jurons religieux français n’enfreint pas les normes de la radiotélédiffusion, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 12 février 2003 — Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd'hui sa décision concernant un sketch comique exécuté par l'animateur de radio, Michel Beaudry, à l'antenne de CKAC-AM. Le 3 juin 2002, vers environ 4 h 30, Michel Beaudry a effectué un sketch parodique au sujet de l'entrepreneur de spectacles de boxe, Régis Lévesque. Pour présenter un portrait exact de M. Lévesque, M. Beaudry a utilisé bonne quantité d'expressions familières comme « tabernac », « calice » et « hostie ». Un auditeur s'est plaint que ces mots sont offensants pour la population québécoise. Le Comité régional du Québec n'a pas constaté de violation du Code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR).

Bien que le CCNR ait été saisi de dossiers concernant des jurons de langue anglaise dans le passé, il s'agissait de la première occasion où un comité du Conseil devait trancher une affaire concernant l'emploi d'expressions offensantes en français. L'auditeur s'est plaint que les mots utilisés dans le cadre du sketch représentent des objets sacrés qui devraient être traités avec respect. CKAC-AM a avancé l'argument selon lequel ces expressions se sont intégrées à la langue populaire au Québec et que par conséquent la diffusion de son émission n'a pas enfreint un quelconque des codes en matière de radiotélévision.

Le Comité a écouté l'émission et a examiné toute la correspondance provenant du plaignant et du radiodiffuseur. Il a déclaré qu'il ne met pas en question l'origine religieuse de ces mots, mais il a fait remarquer que dans ce cas-ci, ils « ne visai[en]t nullement la religion catholique ou l'Église. [Ils] ont été employés comme jurons sans viser intentionnellement les choses à caractère religieux. » Le Comité a également déclaré, qu'à la lumière d'un critère de normes collectives larges, il

est d'accord avec le radiodiffuseur pour dire que les mots faisant l'objet de la plainte se sont intégrés à l'usage commun et marginalement acceptable. […] [L]es mots « Christ », « tabernac », « calice » et « hostie » ont été utilisés dans le contexte d'une parodie d'un homme bien connu, notamment Régis Lévesque, qui lui-même utilise des expressions du genre.

Le Comité n'est pas sans comprendre le point de vue du plaignant et d'y être sensible. Cependant, il en vient à la conclusion que même si ces mots sont inacceptables dans certains foyers et ne sont certes pas de bon goût, à l'heure actuelle ils ne sont plus suffisamment graves pour qu'il y ait des limites à leur utilisation à la radio, surtout très tôt le matin, notamment entre 4 h et 5 h.

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté des codes qui constituent les normes du secteur concernant l'emploi de stéréotypes sexuels, la présentation de violence et le traitement de questions à valeur morale, tels les droits de l'homme, sur les ondes, et ils s'attendent que leurs collègues les respectent. Ils se sont aussi dotés d'un organisme d'autoréglementation, le CCNR, qu'ils ont mandaté de veiller à l'administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code de déontologie journalistique adopté par l'Association canadienne des directeurs de l'information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 530 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d'un bout à l'autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.