L’emploi du terme « polonais » pour désigner les camps de concentration ou les ghettos de la Seconde Guerre mondiale enfreint les Codes, déclare le Conseil canadien des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 15 mai 2005 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) rendait publique aujourd’hui sa décision concernant deux téléjournaux dans lesquels on a employé l’adjectif de nationalité « polonais » pour désigner des phénomènes de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir un ghetto dans un cas, et le camp de concentration à Treblinka dans le deuxième.

Dans le premier cas, qui s’est produit le 8 novembre 2003, le réseau de télévision CTV a diffusé l’histoire d’un survivant de l’Holocauste durant laquelle on a fait la déclaration suivante : « Il avait cinq ans de moins que son auditoire lorsque sa famille a été forcée de vivre dans un ghetto polonais pour les Juifs. » (traduction) Dans le deuxième cas, celui-ci le 30 avril 2004, on a qualifié Jean Demjanjuk de « garde renommé pour son sadisme au camp polonais de Treblinka » (traduction) dans le cadre de CTV Newsnet. Le CCNR a été saisi d’un total de 126 plaintes individuelles concernant l’un ou l’autre de ces reportages ou encore les deux. De ce nombre, l’ambassadeur de la république de Pologne à l’époque, ainsi qu’une autre personne, à savoir un Canadien de souche polonaise, ont demandé que le CCNR tranche l’affaire. L’ambassadeur a exprimé sa plainte comme suit :

L’emploi de ces termes risque de susciter des doutes chez les téléspectateurs canadiens quant à qui a créé et exploité les ghettos pendant […] l’occupation nazie de la Pologne durant la Deuxième Guerre mondiale. Il ne devrait y avoir aucun doute à ce sujet et toute tentative de laisser entendre différemment est offensante à la Pologne et aux Polonais. […] Il y avait des ghettos pour les Juifs dans les villes faisant partie du territoire polonais occupé par les Nazis, p. ex. le ghetto de Varsovie, le ghetto de Lodz ou le ghetto de Bialystok établis par les autorités nazies.

Bien qu’à l’origine CTV ait adopté la position selon laquelle l’adjectif « polonais » dénote uniquement l’endroit et non la responsabilité, le service de nouvelles de CTV s’est ravisé. Le 18 août, il publiait un avis interne soulignant que dorénavant

On n’emploiera pas l’adjectif « polonais » dans les émissions de nouvelles de CTV lorsqu’on parle des camps de concentration ou des ghettos qui ont été établis et exploités par l’Allemagne nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

En ce qui concerne la diffusion des reportages comme telle, le Comité national des services spécialisés en est venu à la conclusion suivante :

Quoi qu’il en soit, le Comité estime essentiel de préciser sa position sur cette question. Il en vient à la conclusion que l’équivalent du nom propre ou du nom d’une ville n’équivaut pas à l’adjectif de nationalité « polonais ». Varsovie, Treblinka, Lodz, Auschwitz, Birkenau, Bialystok, Chelmno et ainsi de suite sont des noms de lieu, l’équivalent de « en Pologne » comme toponyme. Ils n’impliquent pas la participation aux événements qui se sont produits dans ces endroits. Ils désignent, de façon appropriée, un camp ou un ghetto. [… L]orsqu’on dit « en Pologne », il est préférable d’établir la distinction entre la Pologne traditionnelle au sens historique et ce qu’elle est devenue en temps de guerre – n’oublions jamais que ce fut l’invasion nazie de la Pologne le 1er septembre 1939 qui a déclenché la déclaration de guerre contre l’Allemagne par la Grande-Bretagne, la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande le 3 septembre et par le Canada le 10 septembre – en utilisant des qualificatifs comme « en Pologne occupée » ou « en Pologne occupée par les Nazis ».

En tout état de cause, la position prise par le Comité national des services spécialisés est la suivante : l’emploi des termes « ghetto polonais pour les Juifs » et « le camp polonais de Treblinka » dans les téléjournaux aux dates indiquées ci-haut constituait une représentation inexacte des nouvelles et par conséquent une présentation injuste et inappropriée des nouvelles […]

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont créé eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, l’emploi de stéréotypes sexuels et la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent à ce qu’ils soient respectés par les membres de leur profession. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code d’éthique journalistique adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 550 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les liens vers les sites Web des membres et d'autres sites Web, ainsi que des renseignements pertinents sont affichés sur son site Web à www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec la présidente nationale du CCNR, Mme Andrée Noël, ou le directeur exécutif du CCNR, M. John MacNab.