Les Faits
Dans le but de mettre leurs ressources en commun pour assurer la diffusion des Jeux Olympiques d’hiver de 2010 qui se sont déroulés à Vancouver, plusieurs services de radiodiffusion canadiens ont formé le Consortium olympique canadien. Le Réseau des sports (RDS) et V étaient les deux principaux radiodiffuseurs de langue française faisant partie de ce consortium. À certains moments de la journée, ces deux radiodiffuseurs diffusaient une programmation identique, dont l’émission olympique matinale, Le réveil olympique, laquelle était présentée chaque jour de 7 h à midi et animée par Claude Mailhot, qui y discutait de nouvelles et d’événements olympiques et y interviewait des athlètes et des commentateurs de sport.
L’invité de M. Mailhot le 17 février 2010 à 11 h 33 était Alain Goldberg, analyste de patinage artistique. Ils ont parlé du programme court des patineurs artistiques masculins individuels. Plusieurs patineurs ont fait l’objet de leur discussion et ils ont également montré des vidéoclips des présentations de ceux-ci. À 11 h 36, ils ont parlé du patineur américain Johnny Weir et montré le clip de la présentation de M. Weir, lequel portait un costume noir et rose. Les deux hommes ont ensuite fait les commentaires suivants à propos de M. Weir :
Mailhot : Je serais peut-être pas politically correct comme on dit là, mais je veux te montrer des images de Johnny Weir. Euh, j’aime beaucoup le patinage artistique. Mais Johnny Weir, euh, crée une situation que tout le monde accroche en disant patinage artistique, ceux qui patinent. Moi j’aime pas ça. Est-ce que tu crois qu’il a perdu des points à cause de son costume et de sa gestuelle ou ça rentre pas en ligne de compte? Ça importe pas?
Goldberg : Il perd pas des points à cause de son costume. Il s’est fait remarqué. Il s’est fait décrié et on a pas tort de le décrier. Euh, il a, il, il a du rouge à lèvres. Euh, il s’habille de façon féminine. Il essaie d’être le plus féminin possible sur la glace. Et il a le droit. Il a le droit d’être ce qu’il est. Il a le droit d’être comme il veut. Mais évidemment ça laisse une image assez amère pour le patinage artistique.
Mailhot : Et –
Goldberg : Et ça c’est très ennuyeux parce qu’on pense que, euh, tous les garçons qui patinent vont devenir comme lui. Alors c’est une très mauvaise i-, euh, un très mauvais exemple. Mais il a le droit, pourquoi ne serait-il, il y a des gens qui sont comme ça. Il y en a d’autres qui sont autrement. Je pense qu’on n’a pas à l’discriminer mais –
Mailhot : On tombe, on tombe, on tombe dans les stéréotypes à ce moment-là.
Goldberg : Exactement, exactement. Et on pense que le patinage est quelque chose de peu sportif, de féminisant. Alors que c’est absolument pas ça. Il y a de tout dans le monde et il y a de tout sur la glace.
Mailhot : Et pour le –
Goldberg : C’est le reflet de la société.
Mailhot : Et, Alain, pour, pour être juste, quand on a fait grand état l’été de la coureuse de l’Afrique du Sud en disant « mmm, peut-être que c’est un homme, –
Goldberg : Alors –
Mailhot : – peut-être que c’est pas, c’est pas une femme » et cetera.
Goldberg : On pourrait lui faire pass–
Mailhot : Moi j’aimerais ça qu’il passe ces tests-là et juste que –
Goldberg : On pourrait lui faire pa-, tout à fait j-, on devrait lui faire passer un test de féminité à ce moment-là.
Mailhot : Heille, un instant là.
Goldberg : Ou de masculinité.
Mailhot : Mais non, mais tsé? Ah, mais je le sais. Il a fait ça pour vous aider les commentateurs à prévoir ce qui va arriver avec Joannie Rochette et les autres parce qu’il devrait être peut-être en compétition féminine [lui et Goldberg rient]. Non, je veux pas être méchant, mais je, je trouve qu’on tombe dans les stéréotypes quand on voit un gars comme ça fait du patinage artistique.
Goldberg : Ben ç’aide pas. Je veux vous dire que vraiment c’est pas l’image du patinage que moi j’aime, mais j’admire quand même le patineur qu’il est.
Mailhot : Oui.
Goldberg : Il n’en est pas moins –
Mailhot : Non, non. Ça n’enlève pas son talent.
Goldberg : – en athlète et, et en sportif. Mais avec une particularité qu’il s’exprime de façon, euh, hors de l’ordinaire.
Mailhot : Je l’ai dit. Je sais que chus pas politically correct, mais quand même c’est –
Goldberg : Pas du tout. C’est, c’est, c’est ce que tout le monde pense. Alors on le dit à voix basse; maintenant on le dit un peu à voix haute.
Mailhot : Mais c’est tout. Mais au moins pour, avec Michel Lacroix et toi, vous voulez remonter la qualité du patinage artistique.
Goldberg : Ben non, c’est les athlètes qui sont, qui la remontent, pas nous. Nous, on ne fait que [sic] assister.
Le 19 février à 10 h 51, l’animateur et le commentateur se sont excusés pour les commentaires du 17 :
Mailhot : Monsieur Goldberg, c’est un plaisir à nouveau quand vous venez me visiter le matin.
Goldberg : Mais moi aussi. J’espère que ça vous fait bonne humeur.
Mailhot : C’était une performance extraordinaire qu’on a vue hier soir. Mais avant, j’aimerais profiter de l’occasion pour, en votre nom, euh, nous excuser pour nos propos. Il semblerait que, quand on a parlé des vêtements, ç’a choqué certaines personnes et c’était certainement pas le but de choquer qui que ce soit là. Si vous êtes senti, euh, critiqué, on s’en excuse. Mais, euh, on a eu des performances très, très bonnes. Et je pense qu’il faut en parler.
Le CCNR a été saisi d’un total de 119 plaintes concernant la diffusion du 17 février. Certains plaignants ont mentionné RDS, d’autres V et d’autres n’ont pas précisé un radiodiffuseur en particulier. Des 119 plaintes, seulement 25 contenaient suffisamment d’information (nom du diffuseur, date et heure) pour que le CCNR puisse trancher les plaintes, et, sur ces 25, uniquement deux personnes ont chacune présenté une Demande de décision.
Le président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) était un de ces plaignants. Il a énoncé ses préoccupations dans un courriel le 21 février (le texte intégral de toute la correspondance afférente se trouve à l’Annexe) :
Le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) désire, par la présente, porter plainte officiellement auprès du Conseil canadien des normes de la radiotélévision pour des propos homophobes (voir définition plus bas), insultants et grossiers tenus par Claude Mailhot et Alain Golberg [sic] à l’endroit du patineur Johnny Weir lors de l’émission Le réveil olympique diffusée entre 7 h et 11 h AM [sic], le 17 février dernier sur les ondes des stations télés RDS et V [...].
Le 18 février, le CQGL a émit [sic] un communiqué (voir plus bas) demandant des excuses publiques de la part des intimés. Le jeudi 18 vers les 16 h 50, le chef des communications m’a contacté afin de m’informer que des excuses auraient lieu le vendredi 19 février lors de la même émission. Le vendredi tel que [sic] annoncé, Monsieur Mailhot, au nom de Monsieur Goldberg, a effectivement présenté des excuses. Malheureusement, celles-ci n’avaient rien à voir avec les propos pour lesquels nous demandions les excuses.
Le CQGL jugent [sic] donc inappropriées et insuffisantes les excuses faites par les intimés et demandons que le Conseil canadien des normes de la radiotélévision d’intervenir [sic] dans ce dossier.
Nous vous remercions de l’attention portée à cette plainte et veuillez agréer mes salutations respectueuses.
Homophobie
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) définie [sic] l’homophobie comme suit : « Sentiment de peur ou d’aversion que ressentent certaines personnes à l’égard de l’homosexualité et des personnes d’orientation homosexuelle… » mais aussi à [sic] « ou à l’égard de toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité. »
Le plaignant a joint à son courriel le communiqué que son organisme avait publié et dans lequel le CQGL exprimait son « indignation suite aux propos outranciers et homophobes tenus par messieurs Alain Goldberg et Claude Mailhot » et exigeait des excuses publiques pour ce que le PDG du CQGL estimait être une atteinte « non seulement à l’intégrité de l’athlète, mais aussi à celle de gais et d’hétérosexuels qui ne correspondent pas aux stéréotypes sociaux. »
Une autre plainte a été faite par un téléspectateur individuel qui a déclaré qu’à son avis les commentaires passés par MM. Mailhot et Goldberg étaient « complètement discriminatoires ». Il a également exigé que les radiodiffuseurs s’excusent et a ajouté ce qui suit :
Le patineur Johnny Weir est un artiste. Il a le droit de faire ce qu'il veut. On est au Canada, où les gais et lesbiennes ont le droit de se marier. Ces propos vont dans le sens contraire de la Charte des droits et libertés canadiennes.
Dans sa réponse aux plaignants, RDS a énoncé la position de la station comme suit :
D’abord, laissez-moi vous indiquer, tel que nous l’avons fait savoir sur plusieurs tribunes, que RDS n’endosse aucun propos discriminatoire. En tant que diffuseur responsable, nous ne souhaitons pas que nos employés utilisent les moyens mis à leur disposition pour alimenter, publier ou promouvoir tout type de préjugés. C’est une question de respect.
Le 17 février 2010 dernier [sic], alors qu’ils échangeaient en direct des possibles impacts sur les juges quant vient le choix des costumes dans un sport artistique, Claude Mailhot et Alain Goldberg se sont très maladroitement exprimés. Par la suite, ils ont tenté de faire de l’humour, de la caricature, allant jusqu’à insinuer que l’athlète pourrait passer des tests d’identification génétique ou même concourir avec les dames. C’était, à notre avis, franchement inapproprié. Bien que l’intention des animateurs ne fût pas de blesser, le résultat démontre sans l’ombre d’un doute que ça n’a pas fonctionné. Le choix des mots, des expressions et le ton laissaient peu de place à interprétation et s’apparentaient à ce qu’on considère, avec raison, comme étant de la discrimination.
Lors d’une diffusion en direct, il arrive malheureusement que des propos malhabiles surgissent. Notre mission consiste alors à mettre un frein au dérapage, à rectifier le tir pour les prochaines interventions, à nous excuser et veiller à ce que notre message de TOLÉRANCE ZÉRO, en ce qui concerne ce genre d’écart, soit répété, compris et endossé par nos employés.
Nous avons bien sûr rencontré les deux animateurs afin de nous assurer que ce type de commentaire, qui détonne de ce que RDS accomplit jour après jour depuis plus de 20 ans, ne se répète plus. Nous pouvons vous confirmer que cette rencontre a atteint l’objectif visé puisque les deux animateurs reconnaissaient d’emblée le tort causé et l’impact négatif de leurs propos.
La feuille de route et notre connaissance de longue date des deux hommes font en sorte que nous savons bien qu’aucune intention de discrimination n’était en cause. Ceci dit, nous restons convaincus que le contenu de leur discussion sur Johnny Weir était tout à fait déplacé.
Suite à cet incident, voici ce qui a été transmis aux médias de la part de RDS. L’esprit de ce texte a d’ailleurs été repris dans les médias nationaux dont La Presse, Cyberpresse, Le Journal de Montréal, Le Soleil, Le Journal de Québec ainsi que par plusieurs radios.
RDS croit que tout propos discriminatoire, ou en apparence discriminatoire, ne doit pas avoir de place dans les médias comme dans la société. À l’évidence, messieurs Mailhot et Goldberg ont très maladroitement commenté l’apparence et les manières d’un patineur artistique. Aussitôt mis au courant de la réaction que leurs propos ont suscité [sic], eux, qui ne souhaitaient aucunement diffamer un individu ou une orientation sexuelle, ont souhaité présenter des excuses à l’écran.
Au moment des excuses, Claude Mailhot a identifié le segment au cours duquel les propos ont été tenus, soit celui où les deux hommes échangeaient sur les costumes de monsieur Weir. Ainsi, les excuses présentées référaient à l’ensemble de l’intervention, sans distinction. Toutefois, nous comprenons et acquiesçons au fait qu’elles auraient pu être plus détaillées afin d’adresser plus spécifiquement les divers éléments controversés.
Tout comme messieurs Mailhot et Goldberg, nous sommes d’avis que cet incident servira de balise afin que d’éventuels écarts de ce genre n’aient pas de place dans les médias.
La très grande visibilité des Jeux, jumelée à l’important battage médiatique justifié autour de cette maladresse aura assurément un effet de régularisation pour d’autres qui par inadvertance, ou pire, par choix, seraient tentés de répéter de [sic] genre de propos.
Par ailleurs, nous tenons également à vous mentionner que le Réseau des sports est membre en règle du Conseil canadien des normes de radiodiffusion [sic] et que nous adhérons aux politiques du Conseil.
V a répondu en citant largement la lettre envoyée par RDS puisque RDS était le radiodiffuseur « de tête » de la division française du consortium. V a indiqué qu’il était « totalement en accord avec la position de RDS à ce sujet » et a ajouté que ses responsables étaient « désolés que les propos des animateurs vous aient heurté et nous nous en excusons. Soyez assuré que nous prendrons toutes les mesures nécessaires afin d’éviter que cela se reproduise à l’avenir. »
Le 26 mars, le CQGL a présenté sa Demande de décision, expliquant du même fait les raisons pour lesquelles il estimait qu’il était nécessaire de faire avancer sa plainte au prochain palier :
Le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) est heureux de constater que le diffuseur RDS ait pris avec autant de sérieux notre plainte et qu’il déplore totalement le fait que cet incident Johnny Weir ce [sic] soit produit sur ses ondes. Nous ne pouvons qu’être reconnaissants que le diffuseur affirme ne pas accepter que des propos discriminants puissent être énoncés en ondes et qu’il affirme avoir pris toutes les mesures nécessaires afin que ce type d’incident ne se reproduise plus.
Nous en profitons pour vous signaler notre satisfaction face aux excuses effectuées par Alain Goldberg, le dimanche 7 mars dernier, dans le cadre de l’émission Tout le monde en parle de Radio-Canada. Monsieur Goldberg a pris le temps nécessaire pour s’expliquer et remettre en contexte les raisons pour effectuer de telles excuses publiques face aux propos que nous lui reprochions.
Toutefois, nous ne pouvons en dire autant de Claude Mailhot qui ne s’est jamais excusé pour les propos qu’il a tenus et qui ont été dénoncés par le CQGL dans sa plainte. Oui, monsieur Mailhot s’est bel et bien excusé en ondes. Malheureusement, cela s’est fait très rapidement, sans remise en contexte (le télédiffuseur le reconnaît d’ailleurs dans sa lettre). Et comme les excuses ne portaient pas sur les propos décriés par notre organisme, nous avons donc poursuivi la procédure de plainte et nous la poursuivons encore aujourd’hui.
Le téléspectateur individuel a adopté une position semblable dans sa Demande de décision du 26 mars :
Je comprends la position de RDS; par contre, j'aimerais savoir si c'est dans les « normes » du Conseil canadien de radiodiffusion [sic] de diffuser des propos discriminatoires.
RDS ne s'excuse pas, dans la lettre ou même au public, d'avoir diffusé ces propos. En effet, on parle de « mauvais jugement des animateurs » et que RDS n'endosse aucun propos discriminatoires [sic], que les animateurs se sont excusés, mais RDS ne s'excuse aucunement d'avoir diffusé ces propos.
Ce qui est le plus près de s'excuser, c'est lorsque [le président et directeur général de RDS] écrit que ces propos « serviront de balises » pour les prochaines fois. Pour moi, ça ne suffit pas. Ce ne sont pas des excuses.
LA DÉcision
Le Comité régional du Québec du CCNR a étudié les plaintes à la lumière de l’article 2 du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) et du Code de l’ACR sur la représentation équitable qui se lisent comme suit :
Code de déontologie de l’ACR, Article 2 – Droits de la personne
Reconnaissant que tous et chacun ont droit à la reconnaissance complète et égale de leurs mérites et de jouir de certains droits et libertés fondamentaux, les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou le handicap physique ou mental.
Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 2 – Droits de la personne
Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.
Les membres du Comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont visionné la télédiffusion en cause, ainsi que la diffusion des excuses. Le Comité conclut que RDS et V n’ont pas enfreint les dispositions citées ci-haut.
Commentaires abusifs ou indûment discriminatoires
Le CCNR a toujours indiqué que ce n’est pas simplement n’importe quelle mention, entre autres, de la race, la nationalité, la couleur de la peau, la religion, ou l’orientation sexuelle ou n’importe quelle référence à ces aspects qui sera tenue pour une violation des dispositions précitées sur les droits de la personne. C’est le contenu qui atteint le niveau du commentaire abusif ou indûment discriminatoire qui déclenchera la conclusion qu’il y a eu manquement à l’un des codes. C’est dire que beaucoup dépend de la sévérité ou de la méchanceté du contenu mis en cause. Le contexte dans lequel l’utilisation de ce langage s’est faite jouera probablement un rôle déterminant dans l’évaluation de l’émission par le Comité. On trouvera, dans une décision rendue dernièrement par le Comité régional de l’Ontario, un résumé fort utile d’exemples de commentaires injurieux faits à l’endroit de personnes individuelles ou de groupes en raison de leur orientation sexuelle, notamment, CITS-TV concernant Word.ca et Word TV (Décision du CCNR 08/09-2142 et 09/10-0383+, rendue le 22 juin 2010).
Cependant, lorsque les émissions présentent des généralisations extrêmement négatives, insultantes et méchantes à l’endroit du groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle, ces commentaires seront tenus pour une violation des articles concernant les droits de la personne du Code de déontologie de l’ACR et du Code sur la représentation équitable. Citons, à titre d’exemples de ces violations, les suivants : qualifier tous les homosexuels de « démons », la déclaration faite par un évangélique qu’il tuerait un homosexuel qui lui ferait des avances amoureuses, caractériser une personne souhaitant obtenir un traitement chirurgical pour changement de sexe de [traduction] « genre quelconque d’homosexuel malade et dément clairement atteint de troubles mentaux », accuser les homosexuels et les lesbiennes de suivre un programme insidieux conçu pour gagner les écoliers au mode de vie homosexuel, caractériser le comportement sexuel des homosexuels et des lesbiennes par l’utilisation de termes comme « anormal », « aberrant », « déviant », « dénaturé », « dysfonctionnel », « une erreur » et des déclarations du genre, ainsi que les nombreuses autres qui ne sont pas citées ici [consulter, p. ex., Vision TV concernant un épisode de Power Today (Décision du CCNR 01/02-0617, rendue le 13 septembre 2002), OMNI.1 concernant un épisode du Jimmy Swaggart Telecast (Décision du CCNR 04/05-0097, rendue le 19 avril 2005), CJRQ-FM au sujet d'un sondage d'opinion (Décision du CCNR 94/95-0135, rendue le 26 mars 1996), CKRD-AM concernant Focus on the Family (Décision du CCNR 96/97-0155, rendue le 16 décembre 1997), et CFYI-AM et CJCH-AM concernant le Dr. Laura Schlessinger Show (Décisions du CCNR 99/00-0005+, rendues les 9 et 15 février 2000)]
Le Comité estime également très pertinent de noter que même si la liste des groupes protégés, notamment « en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental » n’est pas restreinte, elle ne s’élargit pas facilement. Ainsi, par exemple, des décisions précédentes du CCNR n’ont pas permis d’élargir la liste pour y inclure l’occupation ou la profession [CKLZ-FM concernant des commentaires de l’animateur (Décision du CCNR 94/95-0113, rendue le 18 décembre 1996); CJKR-FM concernant un commentaire de l’annonceur (Décision du CCNR 99/00-0130, rendue le 5 mai 2000); et CHAN-TV (Global BC) concernant des reportages diffusés dans le cadre de News Hour (Décision du CCNR 08/09-1422, rendue le 10 novembre 2009)], la couleur des cheveux [CKNG-FM concernant « Blond Moments » (Décision du CCNR 96/97-0060, rendue le 16 décembre 1997)], le statut socio-économique [TQS concernant l’émission Black-out (« Le B.S. c’est ben correct ») (Décision du CCNR 97/98-0009, rendue le 29 janvier 1999)], la condition sociale [CJMF-FM concernant l’émission L’heure de vérité avec André Arthur(Décision du CCNR 99/00-0240, rendue le 29 août 2000)], l’appartenance politique [TQS concernant Le Grand Journal (Commentaire de Michel Villeneuve)(Décision du CCNR 03/04-1949, rendue le 10 février 2005)], les toxicomanes [CKNW-AM concernant un épisode de Reality Check par Bruce Allen (Décision du CCNR 05/06-0651, rendue le 9 mai 2006)] ou les criminels [Comedy Network concernant Open Mike with Mike Bullard (film de Leah Pinsent)(Décision du CCNR 99/00-0482, rendue le 31 janvier 2001)].
Le Comité du Québec est conscient du caractère délicat, voire même périlleux, du dialogue des deux présentateurs de sport dans la présente affaire. En outre, il constate que la voie qu’ils ont choisie pour passer des commentaires sur le costume inhabituel porté par le patineur artistique Johnny Weir présente pour ainsi dire aucun avantage. Ils auraient certainement pu emprunter des meilleurs moyens, des moyens plus prudents et élégants pour discuter de ce sujet. Cela dit, le fait qu’il y aurait eu « des meilleurs moyens, des moyens plus prudents et élégants » pour aborder la question ne mène pas forcément à la conclusion qu’il y a eu violation d’une norme codifiée. Tel que noté plus haut, une telle violation doit tenir à un certain niveau de sévérité ou de méchanceté. Le Comité ne constate pas le niveau requis de négativité dans les commentaires et encore moins dans tout l’entretien. Aucune des observations faites par Alain Goldberg, soit que le patineur portait du rouge à lèvres ou qu’il s’est habillé dans un style féminin, ou qu’il a tenté de se présenter de la façon la plus féminine possible sur la glace n’équivaut à plus qu’une appréciation factuelle du comportement de Johnny Weir sur la glace. Il n’était peut-être pas nécessaire et même excessif de faire allusion à la coureuse sud-africaine aux Jeux Olympiques d’été, laquelle a fait l’objet de discussions dans la presse au sujet de son sexe, mais le Comité ne juge pas que ces observations soient abusives, et c’est là la seule question pour le Comité à cet égard. En outre, Alain Goldberg a précisé, immédiatement après avoir fait ses commentaires, que Johnny Weir avait le droit de mettre du rouge à lèvres, de s’habiller de manière féminine et de se présenter de façon féminine sur la glace. Tel qu’il a dit,
[I]l a le droit. Il a le droit d’être ce qu’il est. Il a le droit d’être comme il veut. Mais évidemment ça laisse une image assez amère pour le patinage artistique.
N’oublions pas non plus que, tel qu’indiqué plus haut, les dispositions sur les droits de la personne n’accordent aucune protection aux professions, aux occupations ou aux autres catégories précitées. Le Comité estime que la liste des motifs protégés ne s’élargit pas non plus pour englober les sports ou les athlètes.
Dans les circonstances, le Comité régional du Québec ne trouve aucune violation d’une ou de l’autre disposition sur les droits de la personne.
Des excuses de la part de l’animateur
L’animateur, Claude Mailhot, est revenu deux jours plus tard avec son invité Alain Goldberg pour exprimer son regret quant aux commentaires qu’ils avaient faits le 17. M. Mailhot a exprimé ce point comme suit :
[J]’aimerais profiter de l’occasion pour, en votre nom, euh, nous excuser pour nos propos. Il semblerait que, quand on a parlé des vêtements, ç’a choqué certaines personnes et c’était certainement pas le but de choquer qui que ce soit là. Si vous êtes senti, euh, critiqué, on s’en excuse. Mais, euh, on a eu des performances très, très bonnes. Et je pense qu’il faut en parler.
Étant donné que le Comité considère qu’il n’y a d’abord eu aucune violation des codes, il voit la situation sous un angle différent. Le Comité considère davantage les efforts des présentateurs de sport d’aborder le sentiment d’offense ressenti par certains téléspectateurs que le texte de ce qui a été dit. En général, les radiodiffuseurs sont très sensibles envers les préoccupations de leurs auditoires. Dans l’affaire qui nous occupe, le Comité est d’avis qu’ils se préoccupaient de la réaction des téléspectateurs envers ce qu’ils ont eux-mêmes décrit comme étant essentiellement de « l’hétérodoxie politique » au moment de la diffusion faite à l’origine. La réponse des télédiffuseurs, dans laquelle les commentaires faits à l’origine ont été qualifiés de « franchement inapproprié[s] » se faisait l’écho de ce sentiment. Le Comité applaudit l’effort des télédiffuseurs de rectifier la situation.
Réceptivité du radiodiffuseur
Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent la mesure dans laquelle le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Dans la présente affaire, le Comité trouve que la réponse du directeur des affaires juridiques de V et celle du président et directeur général de RDS étaient honnêtes quant aux mots choisis par l’animateur et son invité pour décrire l’allure de Johnny Weir et des sujets connexes et s’en excusaient. Leurs réponses étaient réfléchies bien qu’elles n’aient pas satisfait les plaignants. Cela dit, le Comité considère que V et RDS se sont entièrement conformés à leur obligation en matière de réceptivité en tant que membres dans ce cas-ci.
La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision. La station à l’égard de laquelle la plainte a été formulée est libre de la rapporter, de l’annoncer ou de la lire sur les ondes. Cependant, là où la décision est favorable à la station, comme c’est le cas dans la présente affaire, celle-ci n’est pas obligée d’annoncer le résultat.