conseil canadien des normes de la radiotÉlÉvision

comitÉ rÉgional de l’ontario

CFNY-FM concernant le Dean Blundell Show (abattage sélectif des chats)

(Décision du CCNR 10/11-1344)

Rendue le 12 juillet 2011

H. Hassan (vice-président), R. Cohen (ad hoc), M. Hamilton, K. King, J. Pungente

 

les faits

Le Dean Blundell Show est l’émission matinale de CFNY-FM (102.1 The Edge, Toronto), laquelle est diffusée les jours de semaine de 5 h 30 à 10 h. Cette émission présente généralement de la musique, des nouvelles et des mises à jour sur la circulation routière, ainsi que des plaisanteries entre les animateurs et parfois des entrevues avec des célébrités et des invités au studio. Les animateurs de l’émission du matin du 25 mars 2011 étaient Dean Blundell, Todd Shapiro et Derek Welsman. Ils ont eu la conversation suivante :

[Traduction]

Welsman :         C’est un seau et de l’eau.

Blundell :          Ouais, pas pour rire. Tu sais à l’époque, tu sais, tu sais ce qu’il dit?

Shapiro :           Non.

Welsman :         Seau.

Blundell :          Tu ne sais pas?

Shapiro :           Aucune idée.

Blundell :          Tu sais ce qu’on fait à la ferme avec les animaux qu’on ne veut pas.

Shapiro :           C’est comme tuer un chat ou quelque chose du genre?

Welsman :         À la ferme.

Blundell :          Tu les prends par le cou puis tu les mets –

Welsman :         Ouais.

Blundell :          – dans un seau d’eau et tu les noies.

Shapiro :           Vraiment?

Blundell :          Si c’est un animal que tu ne veux pas. Écoutez, j’ai, j’ai grandi près d’une ferme.

Welsman :         Moi aussi.

Blundell :         Mes amis avaient des fermes. J’ai, j’ai fait bien des choses aux, aux, euh, animaux de basse-cour que j’ai, ouais, pas comme ça. Comme, tu ne me verrais pas derrière un animal avec mes pantalons baissés [rires]. Tu me verrais avec la main dessus, euh, le tenant, euh, dans, euh, un seau ou dans ou dans une mare artificielle.

Welsman :        Bien, vous savez les gars, maintenant que nous sommes dans la grande ville, il se peut que ce qui se passe dans la basse-cour reste dans la basse-cour. [Rires]

Blundell :          Mon gars, je me souviens une fois, ah, je ne peux même pas te raconter cette histoire.

Shapiro :           Ah, non, ne sois, ne sois, ne sois pas… [rires]

Blundell :          Il le faut.

Shapiro :           Nan, tu ne veux pas une aisselle, poilue, euh –

Blundell :          Je m’en fiche. Je ne, je déteste PETA. Je déteste ces gens.

Shapiro :           Ah, juste, ça vaut la peine?

Blundell :         Ouais, totalement. Écoute, tu, tu, tu veux parler du traitement humain; j’ai vu à la télé l’autre jour, il y avait ces nanas à, à Los Angeles et elles étaient nues derrière un rideau de douche et elles parlaient du fait qu’il ne faut pas manger de la viande et que la meilleure option c’est de devenir végétarien, et…

Welsman :         Je les écouterais peut-être si elles étaient devant le rideau.

Blundell :          Ouais, elles ne l’étaient pas. [Rires]

Les animateurs ont discuté de leur répugnance pour l’organisme de défense des droits des animaux PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) et ont déclaré que le [traduction] « vice-président de PETA utilise de l’insuline, qui contient un sous-pro-, produit animal dérivé d’animaux vivants. Alors tu peux en sucer. » Ils ont également rapidement discuté des femmes qui soutiennent PETA en disant qu’elles ont souvent [traduction] « de la “fourrure” [...] partout. » Dean Blundell a décidé de partager l’expérience qu’il a eue à la ferme :

[Traduction]

Blundell :          De toute façon, je vais vous raconter l’histoire.

Shapiro :           Ouais?

Blundell :          Ouais.

Welsman :         Ouais? Au sujet d’un animal?

Blundell :          Mon ami Miles Ernst, son père était docteur, il vivait comme, euh, pas loin d’où nous habitions en Saskatchewan et il, et il avait une grande ferme. Et il était temps de faire l’abattage sélectif des chats.

Welsman :         Ouais. Temps d’abattre les chats.

Shapiro :           Oh non! Incroyable!

Blundell :          Il y avait comme cent vingt chats.

Shapiro :           Vraiment? Je déteste les chats moi aussi, mais quand même.

Blundell :          Bien moi aussi je les détestais ce jour-là.

Shapiro :           Ouais.

Blundell :          C’était un matin de mars; il faisait froid.

Shapiro :           Oh, tu as aidé?

Blundell :          Ouais. [Rires]

Welsman :         C’est toujours au printemps après le long hiver.

Blundell :          Certains d’entre nous avions des seaux, d’autres des carabines de calibre .22. Moi, j’avais une bêche et tu sais ce que c’est une bêche?

Shapiro :           Une bê -, t’avais une bêche?! Mon gars, c’est comme –

Blundell :          Une bêche de jardinage, c’est une petite pelle toute mince.

Shapiro :           Ouais c’est comme, c’est, c’est comme, c’est comme le style barbare [il fait un petit rire].

Blundell :          Ouais. De toute façon, je n’ai pas manqué une seule frappe.

Shapiro :           Non! Non!

Welsman :         Ah, beau travail.

Shapiro :           Je ne veux même pas… Pouah!

Welsman :         Et c’est que tu –

Blundell :          Mon gars, j’avais comme quinze ans!

Shapiro :           [sur un ton dégoûté] Je ne sais pas!

Welsman :       Et tu t’imaginais que c’était des phoques du Groenland. C’est ça le meilleur. [Rires]

Shapiro :           Oh wow, c’est parti.

Welsman :         C’est comme des coquilles d’œuf ces bêtes-là.

Blundell :          Mais, c’est comme en Chine, tu vois, les, ces, qu’ils ont, et tu vas au marché en Chine, ils ont des chats et ils ont des chiens dans des cages et tu peux choisir. Oh, je voudrais ce Chihuahua, euh, à demi-saignant et, euh, donne-moi ce chat siamois, hum, euh, à point.

Shapiro :           Quoi, tu les as mangés en plus? [Rires]

Blundell :          Non, ce, ce que je dis c’est que, c’est qu’on ne peut pas imposer, c’est un monde différent. Tu ne peux pas, tu ne peux pas imposer ton, euh, point de vue PETA gai de la ville aux campagnards, on ne peut simplement pas le faire. Et, et en bout de ligne, je suis un campagnard.    Derek l’est aussi.

Welsman :         Oui, je le suis.

Blundell :            C’est la raison pour laquelle nous avons des sensibilités et nous sommes gentils.

Shapiro :          La pire chose que j’ai faite c’était, comme, manger un sandwich de bœuf salé.

Welsman :         Ouais. [Rires]

Blundell :          Puis elle t’a remercié après. [Rires]

Le CCNR a reçu une plainte de la part d’une auditrice le 27 mars, laquelle a exprimé son point de vue selon lequel M. Blundell a glorifié la violence contre les animaux. Les parties pertinentes de sa plainte sont les suivantes (le texte intégral de la plainte et de toute autre correspondance afférente se trouve à l’annexe, disponible en anglais seulement) :

[Traduction]

Dean racontait une histoire à propos de l’époque où il vivait en Saskatchewan et qu’il devait « limiter la population » à la ferme de son oncle [sic] parce qu’il y avait trop de chats.

Dean a continué en disant (sans aucun remords, en fait il semblait très fier) qu’il avait frappé de nombreux chats (des centaines) sur la tête avec une pelle. Il a dit qu’il ne voyait pas pourquoi on en ferait toute une histoire...

J’étais tellement perturbée après avoir entendu cela que j’ai consulté la page Facebook de Dean Blundell parce que je me préoccupais beaucoup de ce que ses auditeurs avaient à dire quant à ce sujet qu’il glorifiait. [...]

[Il y avait] de nombreux messages affichés de la part d’auditeurs qui félicitaient Dean pour ses actes de cruauté envers les animaux et l’encourageaient. Cela m’ayant fort préoccupée, j’ai également envoyé une lettre au directeur de la programmation. Bien que je n’aie pas encore reçu de réponse, je compte sur son arrivée (tous les messages affichés sur la page Facebook ont été effacés depuis que j’ai envoyé cette lettre).

Ce que Dean a fait et dit en direct sur les ondes était non seulement terriblement mauvais mais également criminel (il est dommage que la loi sur la prescription s’applique à la cruauté envers les animaux dans ce pays). À mon avis, les personnalités à la radio sont un peu des gens connus du public et il était très irresponsable de sa part d’emprunter ce chemin. C’est tout ce qu’il nous faut que d’avoir davantage de gens qui battent les chats égarés à mort. Étant donné que M. Blundell l’a fait, ce geste ne doit pas être immoral ou illégal.

Le directeur de la programmation de CFNY-FM a répondu le 19 avril. La partie pertinente de sa réponse est la suivante :

[Traduction]

[N]ous notons que le coanimateur a bien précisé que ses commentaires constituaient simplement son opinion sur le sujet. Bien que nous convenions que ces commentaires aient pu être de mauvais goût et qu’ils étaient peut-être indûment crus, ils ne constituaient pas un appel à des actes violents et n’ont donc pas enfreint le Code de déontologie (le Code) de l’Association canadienne des radiodiffuseurs, lequel est administré par le CCNR et auquel nous nous conformons.

Vous savez peut-être que selon le Code les services de radio sont tenus de veiller à ce que leur programmation ne contienne pas « de violence gratuite sous quelque forme que ce soit ou de contenu qui endosse, encourage ou glorifie la violence ». Pour établir si certains commentaires enfreignent cette disposition, le CCNR doit déterminer si les déclarations pourraient être considérées une « véritable tentative préméditée d’encourager à commettre une infraction criminelle. » [...] À notre avis, les commentaires faits pendant l’émission étaient peut-être [...] enfantins et de mauvais goût, mais n’étaient pas des déclarations qu’on pourrait sérieusement estimer être du genre à encourager la violence à l’endroit d’une personne ou d’un groupe en particulier, soit les animaux dans ce cas-ci.

Vu ce qui précède, nous ne sommes pas d’avis que l’émission ait violé le Code. Cependant, nous regrettons sincèrement que vous ayez été offensée par certains aspects de notre programmation. Nous prenons nos responsabilités en tant que radiodiffuseurs très au sérieux, et nous nous efforçons de faire en sorte que toute notre programmation respecte la Loi sur la radiodiffusion, le Règlement de 1986 sur la radio et les codes et les normes que nous sommes tenus de respecter en tant que membres du CCNR.

La plaignante a récrit au radiodiffuseur le 20 avril. Dans cette lettre-là, elle a déclaré qu’elle est en faveur de la liberté d’expression, mais qu’elle est d’avis que l’émission en question a violé les codes administrés par le CCNR, tout particulièrement la disposition du Code concernant la violence de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) concernant la violence contre les animaux. Elle a fait remarquer que M. Blundell n’a pas raconté l’histoire [traduction] « dans le but de décourager d’autres personnes d’en faire autant ou, plutôt, afin d’admettre ses erreurs et possiblement tenir une discussion sur le taux d’augmentation rapide d’animaux d’agrément non désirés dans ce pays. La seule conclusion à laquelle je peux donc en venir est la suivante : il était fier de ce qu’il a fait et de toute évidence il trouvait assez drôle de soulever cette question dans une discussion pendant son émission matinale. » Elle a exprimé ses préoccupations quant à la perception qu’aurait le public des propos de M. Blundell et a fait mention d’un reportage de nouvelles récent sur des chatons mutilés qui ont été trouvés dans une benne de rebuts de la ville de Toronto. Elle a également cité divers exemples de lois sur la cruauté envers les animaux et réitéré son point de vue selon lequel M. Blundell a glorifié la violence contre les animaux et a agi de manière immorale et irresponsable.

Le 21 avril, elle a présenté sa Demande de décision accompagnée d’une copie de la lettre qu’elle a envoyée à la station le 20 avril.

 

La DÉcision

Le Comité régional de l’Ontario a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie de l’ACR et du Code de l’ACR concernant la violence :

Code de déontologie de l’ACR, Article 9 – Radiodiffusion

Reconnaissant que la radio est un média local et qu’il reflète par conséquent les normes de la collectivité desservie, les émissions diffusées aux ondes d’une station de radio locale doivent tenir compte de l’accès généralement reconnu à la programmation qui est disponible sur le marché, de la répartition démographique de l’auditoire de la station et de la formule empruntée par la station. Dans ce contexte, les radiodiffuseurs prendront un soin particulier de veiller à ce que les émissions diffusées à l’antenne de leurs stations ne comprennent pas : 

  1. de violence gratuite sous quelque forme que ce soit ou de contenu qui endosse, encourage ou glorifie la violence;

Code de l’ACR concernant la violence, Article 9.0 – Violence contre les animaux

9.1        Les télédiffuseurs ne doivent pas diffuser d'émissions qui endossent, encouragent ou glorifient la violence contre les animaux.

Les membres du Comité décideur ont lu toute la correspondance et ont écouté l’émission en cause. La majorité du Comité conclut que la diffusion n’a enfreint ni l’alinéa 9 a) du Code de déontologie de l’ACR ni le paragraphe 9.1 du Code de l’ACR concernant la violence.

 

Applicabilité du Code de l’ACR concernant la violence aux émissions radiophoniques

Le Code de l’ACR concernant la violence fut rédigé à l’origine pour s’appliquer à la télédiffusion, et son texte entier contient, par conséquent, les mots « télédiffuser » et « télévision ». Cependant, le CCNR a établi que l’application du Code ne devrait pas se limiter uniquement aux émissions télévisées, alors que les émissions à la radio peuvent tout autant soulever des questions qui pourraient faire l’objet de ce Code. Dans le passé, le CCNR a donc prolongé les principes établis dans le Code de l’ACR concernant la violence de sorte à englober également la radio.

La première occasion à laquelle le CCNR a établi l’applicabilité du Code concernant la violence à une émission de radio s’est produite dans le cas de CIOX-FM concernant une chanson intitulée « Boyz in the Hood » (Décision du CCNR 00/99-0619, rendue le 12 octobre 2000). Cette affaire-là portait sur une chanson dont les paroles faisaient référence à la violence contre les femmes, justifiant donc l’application de l’article 7.0 (Violence contre les femmes). Ce Comité a expliqué les raisons pour lesquelles il prolongeait l’application du Code comme suit :

Bien qu’il soit clair que l’interdiction contre endosser, encourager ou glorifier quelque forme de violence contre les femmes se trouve dans le Code concernant la violence à la télévision, le Conseil ne prend pas pour acquis que les radiodiffuseurs privés du Canada voulaient que leur forte interdiction non équivoque en ce qui a trait à un comportement tellement agressif contre les femmes n’aille pas plus loin que le petit écran. Le Conseil considère que bien que le Code concernant la violence fût élaboré pour régler une série de questions relatives au contenu que soulèverait plus probablement ce média que le style de programmation différent du domaine de la radio, les radiodiffuseurs n’étaient pas d’avis que les femmes ne devraient pas bénéficier de ce principe de prohibition dans tout le domaine de la radiodiffusion. En outre, le Conseil comprend que le droit des personnes de ne pas faire l’objet de commentaires abusifs ou discriminatoires fondés sur leur sexe dans la disposition sur les droits de la personne du Code de déontologie comprendrait le droit d’être libre de l’encouragement à la violence physique dans l’un ou l’autre média. De plus, en admettant les dangers associés aux « stéréotypes sexuels » et en prescrivant une « sensibilité consciente en ce qui concerne les problèmes se rapportant aux stéréotypes sexuels […] [de sorte à éviter de] véhicule[r] l’exploitation » dans [...] le Code de déontologie, lequel ne distingue pas entre ces deux médias, le but serait également celui d’assurer une telle protection contre le contenu ayant du langage physiquement abusif.

En 2002, le Code de déontologie de l’ACR fut révisé pour y apporter, entre autres, l’alinéa 9 a), lequel interdit le contenu qui endosse, encourage ou glorifie la violence à la radio. Malgré l’existence actuelle de cet alinéa dans le Code de déontologie de l’ACR, le CCNR estime qu’il est toujours utile à l’occasion d’appliquer le Code de l’ACR concernant la violence aux émissions de radio parce que ce dernier contient des dispositions davantage centrées et détaillées se rapportant, par exemple, à la violence dans des circonstances plus spécifiques et concernant des groupes spécifiques. La présente affaire est un exemple pertinent parce que la plainte porte clairement sur la violence contre les animaux plutôt que simplement la violence en général. C’est pour cette raison que le Comité de l’Ontario a étudié la présente affaire aux termes de tant l’alinéa 9 a) du Code de déontologie de l’ACR que de l’article 9.0 du Code de l’ACR concernant la violence.

 

Violence contre les animaux : le point de vue de la majorité

Le Comité de l’Ontario est unanimement d’avis que les animateurs avaient le droit de discuter de la question des pratiques qui ont cours dans les fermes, y compris des sujets délicats, l’abattage sélectif des animaux en étant certainement un. La majorité et la minorité ont une opinion différente en ce qui concerne le traitement du sujet.

La majorité est consciente du malaise que pourraient ressentir les auditeurs, tout particulièrement les auditeurs en milieu urbain (ils constituent, après tout, l’auditoire principal de cette station torontoise) en entendant la substance et même le ton de la discussion. Cela n’est cependant pas la norme qui doit s’appliquer selon la majorité. La question est celle de savoir si la discussion a endossé, encouragé ou glorifié le fait de tuer ces chats. La majorité n’estime pas qu’elle l’ait fait. À son avis, la discussion – en fait le sujet même de la séquence – était insensible et quelque peu crue, mais l’exposant  principal du sujet avait grandi sur une ferme en Saskatchewan et voyait le sujet dans cette optique-là. De l’avis de la majorité, il ne cherchait pas à convertir qui que ce soit; il n’encourageait pas non plus qui que ce soit à frapper un chat ou un autre animal de coups de bêche ou d’une autre arme. Il a discuté uniquement de la pratique qui avait cours à la ferme. Il (ou ils) n’ont pas non plus fait des commentaires lourdauds et généralisés qui auraient donné l’impression de jouissance devant la peur ou la douleur dont les animaux ont pu faire preuve. Il s’agissait simplement, de l’avis de la majorité, de faire état d’une pratique rurale, geste qui n’est pas allé au-delà des limites des normes codifiées. En outre, les interventions du coanimateur Todd Shapiro ont mitigé, dans une certaine mesure, l’incidence que pourrait entraîner les propos de Dean Blundell. La majorité ne constate aucune violation des normes précitées.

 

Opinion dissidente des membres du Comité H. Hassan et K. King

La minorité se range à l’avis de la majorité quant au droit des animateurs de discuter de la question des pratiques qui ont cours dans les fermes, y compris la discussion sur l’abattage sélectif de divers animaux sur les fermes, dans ce cas-ci le nombre apparemment superflu de chats. Elle ne partage cependant pas l’opinion de la majorité quant à la question de première importance, soit la discussion qui a eu lieu comme telle sur les ondes.

De l’avis de la minorité, le langage et le ton des animateurs, tout particulièrement de Dean Blundell, lequel racontait ses expériences sur une ferme en Saskatchewan lorsqu’il grandissait, étaient excessifs. Passe encore, quoique cela soit désagréable, en fait déplaisant, que M. Blundell fasse la description de l’abattage sélectif des chats comme suit : [traduction] « Tu les prends par le cou, puis… tu les noies. » La discussion aurait pu facilement se terminer à ce point-là. Il semblerait que la tentation était trop forte pour y résister. Malgré la faible tentative de la part de l’animateur Shapiro de décourager davantage de discussion sur ce sujet et la retenue possiblement fausse de M. Blundell ([traduction] « Mon gars, je me souviens une fois, ah, je ne peux même pas te raconter cette histoire »), il a continué. Il a planté le décor, soit la nécessité d’abattre sélectivement certains des 120 chats ou la totalité sur la ferme des Ernst, et a fait la description des outils à employer : [traduction] « Certains d’entre nous avions des seaux, d’autres des carabines de calibre .22. Moi, j’avais une bêche et tu sais ce que c’est une bêche? » Une fois de plus, le coanimateur Shapiro a offert une échappatoire : [traduction] « c’est comme le style barbare », mais l’animateur Blundell a continué : [traduction] « De toute façon, je n’ai pas manqué une seule frappe. » Il a donné la nette impression que cela était amusant, qu’il avait le parfait record de frappes (quoiqu’il s’agisse d’une bêche), le tout accompagné, comme on pouvait s’y attendre, des coanimateurs qui pouffaient de rire. La minorité considère que cette séquence était le parfait exemple d’endosser, voire même de glorifier, la violence contre les animaux. Par conséquent, la minorité conclurait que CFNY-FM a enfreint tant l’alinéa 9 a) du Code de déontologie de l’ACR que l’article 9.0 du Code de l’ACR concernant la violence.

 

Réceptivité du radiodiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent la mesure dans laquelle le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Dans la présente affaire, le Comité juge que la réponse du directeur de la programmation du radiodiffuseur s’est centrée sur les questions qui préoccupaient la plaignante, ce qui constitue fondamentalement une des exigences que les radiodiffuseurs membres du CCNR sont tenus de respecter. Le Comité reconnaît que le point de vue du radiodiffuseur n’était pas celui de la plaignante, mais c’est toujours le cas lorsqu’une affaire est renvoyée à un comité du CCNR. C’est néanmoins l’aspect réfléchi de la réponse qui détermine si le radiodiffuseur s’est acquitté de sa responsabilité, en tant que membre du CCNR, de se montrer réceptif, et le Comité estime que CFNY-FM a entièrement respecté cette obligation dans ce cas-ci.

 

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision. La station à l’égard de laquelle la plainte a été formulée est libre de la rapporter, de l’annoncer ou de la lire sur les ondes. Cependant, là où la décision est favorable à la station, comme c’est le cas dans la présente affaire, celle-ci n’est pas obligée d’annoncer le résultat.