les faits
Le Dean Blundell Show est l’émission matinale de CFNY-FM (102.1 The Edge, Toronto), laquelle est diffusée les jours de semaine de 5 h 30 à 10 h. Animée par Dean Blundell, Todd Shapiro et Derek Welsman, cette émission présente généralement de la musique, des nouvelles et des mises à jour sur la circulation routière, ainsi que des plaisanteries entre les animateurs et parfois des entrevues avec des célébrités et des invités au studio. Le 19 mai 2011, vers 8 h 32, les animateurs ont eu la conversation suivante :
[Traduction]
Blundell : 102.1 The Edge, c’était « The Middle » de Jimmy Eat World. Il fait, euh, onze degrés. [Il rit.] Il fait onze degrés. [Rires] Je parlais avec Raina il y a un instant.
Shaprio : Ouais, ouais.
Blundell : Elle trava -, elle travaille ici. Elle est, comme, « les hommes et les femmes ont des droits égaux. » [Rires]
Shapiro : [À voix basse, dans sa barbe] Oh, Seigneur!
Blundell : [En riant] « Les hommes et les femmes ont des droits égaux. » C’est la chose la plus drôle que j’ai entendue aujourd’hui. « Je crois à l’égalité. » Wooo. Trop drôle.
Welsman : [D’une voix comique] Hé, écoute, espèce de gonzesse, retourne donc au four et fais juste, euh, [les autres animateurs rient] nous faire cuire des muffins, Cheri.
Blundell : Ouais. [Ils rient tous.]
Welsman : [D’une voix comique] Ferme ta bouche, ouvre tes oreilles et fais tes tâches ménagères. [Rires et reniflements]
Shapiro : Je ne crois pas que cela fasse, s’annonce très bien pour nous.
Blundell : Non. Les auditrices?
Shapiro : Augmenter le nombre d’auditrices.
Blundell : Augmenter nos femmes –
Welsman : Elles savent que je ne raconte que des bêtises. Mon gars –
Shapiro : Nous n’avons pas des droits égaux parce que les femmes sont –
Welsman : Meilleures.
Shapiro : – fort supérieures.
Blundell : Absolument. Elles sentent plus bon et elles rasent leur bazar.
Shapiro : Et elles apportent davantage d’amour dans ce monde, Dean.
Welsman : Ouais.
Shapiro : Les hommes se font des choses épouvantables les uns les autres. J’ai vu la série The Pacific. [Rires] [À l’arrière-plan] De Brokeback Mountain.
Blundell : Mon gars, les femmes se font encore pire les unes les autres. Je suis convaincu que si nous avions juste envoyé les nanas combattre dans toutes ces guerres… honnêtement, si nous avions envoyé des nanas se battre, on aurait le double de morts.
Shapiro : Ou on ne saurait simplement pas si quelqu’un est blessé ou si c’est ce temps-là. [Rires]
Blundell : [Faisant semblant d’être une femme] Oh mon dieu! On a tiré sur Sheryl! Infirmier! Infirmier! Infirmier! Non, ça va, ça va.
Shapiro : [Faisant semblant d’être une femme] Tu vois, ça va bien.
Blundell : Juste un peu d’humeur de garce en ce moment. Oublions ça, d’accord?
Shapiro : Gagnez la guerre!
Blundell : [Faisant semblant d’être une femme] Faisons juste, j’ai besoin de sommeil. Et mes Always. [rires] Ce n’est pas une période heureuse.
Shapiro : On peut le faire en guerre. [Il rit.]
Blundell : Ouais, je veux voir cette publicité pour les tampons. [Tous les trois animateurs rient.] Quand elles se battent dans les tranchées en –
Shapiro : Ouais.
Blundell : Iwo Jima. [Rires]
Welsman : Elles portent toutes du blanc.
Blundell : Boom! Boom! Boom! Boom! Boom! Boom! Boom! Boom!
Shapiro : Quand il, il te faut être à ton mieux, tu peux simuler la mort. [Tous les trois animateurs rient.]
Blundell : Sergent, tu ne peux pas t’inquiéter de, quand l’ennemi est près de ton trou de tirailleurs, tu ne peux pas t’inquiéter de ton trou de tirailleurs. [Rires]
Welsman : Sergent, parfois je ne me sens pas fraîche. [Rires] Que veux-tu dire, caporal? Vas-y, tu es à ton mieux en ce moment! Tu es colère! [Les autres animateurs rient.] Arrache les yeux à une garce! Vas-y!
Blundell : Ouais, on aurait dû envoyer les nanas en guerre. De toute façon.
Shapiro : Ou elles feront juste, comme, totalement toutes juste, comme, --
Blundell : Oh, imaginez ça.
Shapiro : Juste s’embrasser.
Blundell : [Chante] Les nuits solitaires dans le trou de tirailleurs.
[De la musique commence à jouer à l’arrière-plan.]
Blundell : [Imitant la voix séductrice d’une femme] Hé, bébé c’est un -, écoute, pendant que l’ennemi est tranquille, que dirais-tu si nous allions nous installer dans les tranchées, tu comprends ce que je veux dire? Je vais la prendre dans la tranchée. [Il rit.] Elle va rentrer dans ma tranchée. Le cunni à la chaîne, les gonzesses, les gonzesses militaires. Et le fusil fera également fonction de [pause, puis des rires]. Je n’appelle pas ça une baïonnette, j’appelle ça une baïo-formidable.
Shapiro : Oh, ho! [Rires]
Welsman : [En riant] Une baïo-formidable.
Blundell : De toute façon, huit heures trente-six, nous avons des dossiers Edge à vous présenter dans une minute.
Le CCNR a reçu une plainte datée du 19 mai au sujet de cette émission. Le texte de la plainte était le suivant (le texte intégral de toute la correspondance y afférente se trouve à l’annexe, disponible en anglais seulement) :
[Traduction]
Ce matin, le 19 mai 2011, j’ai syntonisé par hasard le poste 102.1 à Toronto à 8 h 32. L’animateur de cette émission de radio et son acolyte parlaient des femmes. La nature de leur conversation a retenu mon attention. Ils faisaient des « blagues » en disant que le rôle des femmes est d’effectuer des tâches ménagères et de faire cuire des muffins. Puis, pour justifier ces commentaires misogynes, ils ont continué en disant qu’ils plaisantaient et que les femmes sont supérieures aux hommes. Ils ne se sont pas arrêtés là et ont continué en disant que les femmes sentent plus bon que les hommes et qu’elles rasent leur bazar (par « bazar » ils entendaient les parties génitales d’une femme). Ils ont ensuite traité les femmes de garces et qualifié le vagin de « trou de tirailleurs ».
Dans leur discussion fort offensante, ils ont expliqué que les femmes se font pire les unes les autres et qu’elles seraient très bonnes en guerre, car elles tueraient bien plus de gens. Ils ont qualifié les femmes soldats de « gonzesses militaires » et ont dit qu’elles (les gonzesses militaires) pourraient porter du blanc pendant qu’elles se battent et facilement simuler la mort parce que leurs règles pourraient faire croire à l’ennemi qu’elles sont mortes. Ils ont également fait des commentaires se rapportant à l’orientation sexuelle des « gonzesses militaires ». Ils ont imaginé ce qu’ils ont appelé « Une nuit dans le trou de tirailleurs », et ont mentionné que le fusil pourrait faire fonction de… (ils ont omis les mots « appareil sexuel » ou « gode ») parce qu’ils se « préoccupaient », de toute évidence, de dire peut-être quelque chose d’inappropriée, inquiétude risible vu leurs commentaires précédents.
La misogynie dans la culture populaire est monnaie courante, ce qui pose un danger. Il est extrêmement offensant d’utiliser les mots « garce » ou « gonzesse » comme synonymes pour le mot « femme »; il est également impoli de qualifier les parties génitales d’une femme de « trou de tirailleurs » ou de « bazar ». Je suis fort préoccupée car ces animateurs montrent qu’ils sont très désensibilisés envers le traitement méprisant des femmes. Ils ne semblaient pas du tout juger que leurs commentaires fussent inacceptables; en fait ils ont bien ri aux dépens de toutes les femmes et des femmes qui sont lesbiennes.
Cette station s’attire un grand auditoire qui se compose non seulement d’adultes, mais aussi d’adolescents et d’enfants. Il est offensant, obscène et dangereux de faire des commentaires du genre au sujet des femmes. Ce matin, ces personnes ont montré leur mépris envers toutes les femmes, notamment les femmes soldats lesbiennes. J’ai bien l’intention de signaler cet incident à la Commission ontarienne des droits de la personne, car « les animateurs » ont sexuellement harcelé les femmes ce matin et les ont exposées au risque de se faire encore plus harceler sexuellement. Ils ont aidé à perpétuer la haine envers les femmes, les femmes soldats et les femmes lesbiennes. Étant donné que tous les soldats, les femmes soldats y compris, risquent leur vie, il est honteux de faire des propos désobligeants à leur endroit. En tant que mère de trois filles, je suis dégoûtée par la haine envers les femmes dont fait preuve cette station de radio…, haine « déguisée » en humour. On ne badine pas avec cette question.
La station a répondu à la plaignante le 9 juin :
[Traduction]
Nous avons examiné la bande de l’émission et bien que nous convenions que les animateurs ont effectivement fait les déclarations dont vous vous plaignez, il est important de noter qu’elles ont toutes été faites pour rire, la langue fermement au coin des lèvres. Nous ne sommes pas d’avis que les commentaires faits pendant cette émission enfreignent le Code de déontologie (le Code) de l’Association canadienne des radiodiffuseurs, lequel est administré par le CCNR et auquel nous nous conformons.
Premièrement, comme vous savez, la programmation de la station cible un auditoire adulte, soit des personnes ayant au moins 18 ans. Cette programmation consiste en de la musique, des nouvelles, des causeries, des renseignements sur le monde du divertissement ainsi qu’un éventail d’autres sujets. La station offre de l’humour qui a du cran et qui porte parfois à controverse. Il s’agit d’une émission irrévérente dont la discussion n’est pas prise au sérieux par ses auditeurs. Voilà de nombreuses années que cette émission divertit son auditoire en présentant ce type d’humour, et bien que son style ne plaise pas à tout le monde, les animateurs précisent bien qu’on ne doit pas prendre leur émission au sérieux.
Le CCNR a dit que lorsque la programmation vise un auditoire adulte, « il n’y a pas d’intérêt social prédominant à freiner le droit du radiodiffuseur à la liberté d’expression », et qu’en pareil cas « la réglementation du langage cru et vulgaire doit se faire de la même manière que dans le cas des autres questions de mauvais goût, c.-à-d. par l’emploi de la commande ou du bouton marche/arrêt. » Comme nous l’indiquons plus haut, étant donné que l’émission cible un auditoire adulte il n’est pas nécessaire de lui imposer un contrôle rigoureux.
Vu ce qui précède, nous ne sommes pas d’avis que l’émission ait violé le Code. Cependant, nous regrettons sincèrement que vous ayez été offensée par certains aspects de notre programmation, et depuis la réception de votre courriel nous avons eu des discussions avec les animateurs au sujet du contenu approprié sur les ondes. Nous prenons nos responsabilités en tant que radiodiffuseurs très au sérieux, et nous nous efforçons de faire en sorte que toute notre programmation respecte la Loi sur la radiodiffusion, le Règlement de 1986 sur la radio et les codes et les normes que nous sommes tenus de respecter en tant que membres du CCNR.
Insatisfaite de cette réponse, la plaignante a fait sa Demande de décision le 10 juin. Elle y a joint une copie d’une lettre qu’elle a envoyée à la station élucidant davantage ses préoccupations quant à l’émission.
[Traduction]
Merci de votre lettre. Bien que j’attache, moi aussi, beaucoup de valeur au droit à la liberté d’expression, il ne s’ensuit pas que les stations de radio doivent offrir une tribune pour exercer ce droit coûte que coûte. « L’humour » comme celle affichée par les animateurs contribue à diminuer en général la valeur des femmes dans notre société. Que d’autres personnes qui n’accordent pas grande valeur aux femmes trouvent cela drôle ne signifie pas qu’une entreprise socialement responsable doive avaliser cet exercice en particulier de la « liberté d’expression ».
Je comprends que c’est la tâche des humoristes de trouver l’humour dans les choses qui nous rendent mal à l’aise. Cela ajoute une dimension socialement pertinente à leur art. Toutefois, vos animateurs ne sont pas des humoristes dans ce sens-là. Ils ne repoussent pas les limites pour nous faire examiner nos points de vue sur des sujets controversés. Ils ne respectent pas les contributions des femmes, entre autres, et n’y accordent pas de valeur. Il n’y a aucun humour ou commentaire social dans cette façon d’agir.
Vous avez raison quand vous dites que la commande marche/arrêt est le moyen utilisé par le marché pour réglementer le contenu. J’ai parlé à de nombreuses personnes qui ferment effectivement The Edge parce qu’elles sont offensées par vos animateurs. Il semble, malheureusement, y avoir une tranche assez large de la population qui trouve que cette programmation inappropriée et insensible leur apporte du divertissement. Il se peut, cependant, que vous constatiez bientôt que la majorité d’auditeurs plus raisonnables estime qu’il y a une certaine valeur à exprimer à vos annonceurs leur point de vue quant à la décision prise par The Edge, en tant qu’entreprise, d’offrir une tribune pour de la programmation autant offensante. Je soupçonne que cela puisse vous influencer bien plus que le caractère moral bon ou mauvais du contenu que vous aidez à diffuser.
Bien que nous ne pouvons pas et devrions pas foncièrement limiter le droit des personnes d’exprimer des idées, même des mauvaises, il n’est aucunement nécessaire qu’une station de radio offre une tribune pour du « divertissement » du genre. Vous n’êtes pas le gouvernement, lié par la Charte des droits et libertés. Comme tous les autres citoyens, The Edge peut également choisir la marche arrêt, et ce avec davantage d’effet qu’un auditeur individuel, et par conséquent avec sans doute davantage de responsabilité de le faire.
la DÉcision
Le Comité régional de l’Ontario a étudié la plainte à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie et du Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) :
Code de déontologie de l’ACR, Article 2 – Droits de la personne
Reconnaissant que tous et chacun ont droit à la reconnaissance complète et égale de leurs mérites et de jouir de certains droits et libertés fondamentaux, les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou le handicap physique ou mental.
Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 2 – Droits de la personne
Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.
Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 3 – Représentation négative
Pour assurer une représentation adéquate de tous les individus et tous les groupes, les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter sur les ondes des représentations indûment négatives des individus en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental. Une telle représentation négative peut prendre plusieurs formes, incluant, entre autres, les stéréotypes, la stigmatisation et la victimisation, la dérision au sujet des mythes, des traditions ou des pratiques, un contenu dégradant et l’exploitation.
Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 4 – Stéréotypes
Reconnaissant que les stéréotypes constituent une forme de généralisation souvent et, de façon simpliste, dénigrante, blessante ou préjudiciable, tout en ne reflétant pas la complexité du groupe faisant l’objet du stéréotype, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.
Code de l’ACR sur la représentation équitable, Article 7 – Contenu dégradant
Les radiodiffuseurs doivent éviter de présenter un contenu dégradant, qu’il s’agisse de mots, de sons, d’images ou d’autres moyens, qui est fondé sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.
Les membres du Comité décideur ont lu toute la correspondance y afférente et ont écouté l’émission en cause. Le Comité conclut que l’émission a enfreint toutes les dispositions mentionnées ci-dessus.
La question : le traitement des femmes
Peu importe l’applicabilité d’une quelconque des dispositions précitées, la plaignante se préoccupe essentiellement du traitement des femmes par les animateurs. (Même si elle se préoccupe également des lesbiennes, il est clair pour le Comité qu’elles sont mentionnées en raison de leur sexe plutôt que de leur orientation sexuelle. Par conséquent, nous n’abordons pas séparément la question de leur orientation sexuelle dans la présente décision.) La question pour le Comité est la suivante : le dialogue était-il abusif, indûment discriminatoire, stéréotypé de manière indûment négative ou dénigrante, ou revenait-il autrement à une présentation indûment négative? Le Comité conclut que l’attitude des animateurs constituait une attaque frontale sur toutes les interdictions précitées. Premièrement, l’attitude des représentants du radiodiffuseur sur les ondes se caractérisait par un ton moqueur, dénigrant et qui ridiculisait. Ils ont commencé en faisant mention d’une employée de Corus en disant [traduction] « Elle est, comme, “les hommes et les femmes ont des droits égaux” », ce qui a été suivi de rires et du commentaire incrédule du coanimateur Todd Shapiro, [traduction] « Oh, Seigneur! » et de l’observation complètement amoindrissante par l’animateur Blundell, [traduction] « C’est la chose la plus drôle que j’ai entendue aujourd’hui. » Un des coanimateurs a alors ajouté, [traduction] « Hé, écoute, espèce de gonzesse, retourne donc au four et fais juste, euh, [les autres animateurs rient] nous faire cuire des muffins », et a enchaîné en disant [traduction] « Ferme ta bouche, ouvre tes oreilles et fais tes tâches ménagères. » Le Comité peut mal s’imaginer des commentaires davantage stéréotypés de manière indûment négative que cette introduction collective au sujet abordé à ce moment-là.
La discussion des animateurs au sujet des femmes a ensuite pris un tournant avec les mentions de [traductions] « bazar », des « tranchées » et des « trous de tirailleurs » (c.-à-d. les parties génitales), de la menstruation liée à [traduction] « l’humeur de garce », de la méchanceté (dans le sens de la capacité de tuer en temps de guerre), et aussi de [traductions] « gonzesses » et de « gonzesses militaires », le tout accompagné d’éclats de rires. Le Comité considère que cette série de commentaires est dénigrante et abusive, et qu’elle a été en outre exacerbée par le ton moqueur et rieur des animateurs.
Le Comité estime que l’attitude, le ton et la nature des commentaires précédents étaient fort semblables à ceux dans la décision qu’il a rendue dans CHOM-FM et CILQ-FM concernant le Howard Stern Show (Décisions du CCNR 97/98-0001+, rendues les 17 et 18 octobre 1997). Il a formulé la question comme suit à l’époque :
Stern utilise constamment des propos dégradants et non pertinents dans ses relations avec les invités ou les interlocuteurs. Le CCNR comprend, par son comportement et son rire que Stern lui-même, et sans doute Quivers et d’autres membres de son émission trouvent de tels commentaires amusants. Peut-être que de nombreux auditeurs trouvent ces commentaires divertissants. Ce genre d’humour adolescent peut fonctionner pour certains dans des endroits privés mais il est tout à fait contraire aux normes de la radiodiffusion canadienne. Dans ce pays, les femmes ont droit au respect que méritent leurs qualités intellectuelles, émotives, personnelles et artistiques. Elles doivent être respectées pas plus que les hommes, pas moins que les hommes, mais tout autant que les hommes.
Il considère également que certaines des circonstances et explications qui ont été abordées dans CKAC-AM concernant Doc Mailloux (six épisodes) (Décision du CCNR 06/07-0168 et -0266, rendue le 23 août 2007) sont utiles dans la présente affaire. L’animateur de cette émission-là de ligne ouverte qualifiait souvent les femmes de « gonzesses », « greluches », « tartes », « folles » et de « nouilles ». Il a aussi fait des commentaires sur la tendance vers la « méchanceté féminine », et blâmait tout un éventail de problèmes sociaux sur les femmes et leur comportement « castrant ». Le Comité du Québec a dit, entre autres :
Le Comité estime que les mots ou les expressions sont d’une nature semblable, tout particulièrement en ce qui concerne l’emploi collectif qu’en fait l’animateur. Bien qu’il puisse y avoir un cas à l’avenir où l’un d’eux pris individuellement ne sera pas jugé une infraction à la norme codifiée qui s’applique dans la présente affaire, il ne fait aucun doute que l’effet cumulatif de ces termes est dénigrant, abusif et indûment discriminatoire.
[…]
En tout et pout tout, le Comité du Québec trouve que la série de commentaires contre les femmes et contre les hommes qui a été faite pendant les divers épisodes mis en cause de l’émission Doc Mailloux constitue une violation de l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR et de l’article 4 du Code de l’ACR concernant les stéréotypes sexuels [lequel est maintenant remplacé par le Code sur la représentation équitable].
Par l’application des principes précités à l’affaire qui nous occupe, le Comité conclut que la diffusion du 19 mai 2011 a enfreint les articles 2, 3, 4 et 7 du Code de l’ACR sur la représentation équitable, ainsi que la disposition miroir dans l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR.
Réceptivité du radiodiffuseur
Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent la mesure dans laquelle le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Dans la présente affaire, le Comité juge que la réponse du directeur de la programmation du radiodiffuseur s’est centrée sur les questions qui préoccupaient la plaignante, ce qui constitue fondamentalement une des exigences que les radiodiffuseurs membres du CCNR sont tenus de respecter. Cela dit, le Comité est fort conscient du fait que la réponse était loin de satisfaire la plaignante. Bien entendu, c’est toujours le cas quand une plainte atteint cette étape, car pour que cela se produise il doit y avoir une différence entre le point de vue du plaignant et celui du radiodiffuseur. C’est néanmoins l’aspect réfléchi de la réponse qui détermine si le radiodiffuseur s’est acquitté de sa responsabilité, en tant que membre du CCNR, de se montrer réceptif, et le Comité estime que CFNY-FM a entièrement respecté cette obligation dans ce cas-ci.
Annonce de la dÉcision
CFNY-FM est tenue 1) d’annoncer la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute dans un délai de trois jours suivant la publication de la présente décision et une autre fois dans les sept jours suivant la publication de la présente décision dans le créneau dans lequel elle a diffusé le Dean Blundell Show, mais pasle même jour que la première annonce obligatoire; 2) de fournir, dans les quatorze jours suivant les diffusions des deux annonces, une confirmation écrite de cette diffusion à la plaignante qui a présenté la Demande de décision; et 3) d’envoyer au même moment au CCNR copie de cette confirmation accompagnée du fichier-témoin attestant les diffusions des deux annonces.
Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a jugé que CFNY-FM, 102.1, The Edge, a violé le Code de déontologie et le Code sur la représentation équitable de l’Association canadienne des radiodiffuseurs lorsqu’elle a diffusé le Dean Blundell Show le 19 mai 2011. Lors d’une conversation au sujet des femmes pendant cette émission matinale, les trois coanimateurs ont allégué l’inégalité des femmes par rapport aux hommes et ont fait des commentaires que le Comité a jugés abusifs, indûment discriminatoires, stéréotypés de manière indûment négative, dégradants ou qui reviennent autrement à la présentation indûment négative des femmes. Il a été jugé que ces commentaires ont enfreint l’article 2 du Code de déontologie de l’ACR et les articles 2, 3, 4 et 7 du Code sur la représentation équitable.
La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.