Comparer le meurtre d’un Québécois d’origine ethnique par un autre aux règlements de compte des motards, abusivement discriminatoire selon le Conseil des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 22 juin 2000 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a rendu sa décision aujourd’hui concernant un épisode de l’émission diffusée en matinée par CKVL de Montréal, qui est animée par André Arthur et Martin Paquette. Pendant l’émission en cause, les animateurs ont badiné au sujet des actualités, notamment du meurtre d’un Noir par un Hindou qui avait eu lieu à Montréal le jour avant. Les animateurs ont diminué l’importance du meurtre en le comparant à un règlement de compte entre des bandes de motards – le genre de meurtre qui n’est généralement pas considéré important sur le plan social puisque l’auteur du crime ainsi que la victime sont perçus comme étant des horslaloi. Un auditeur s’est plaint que les commentaires constituaient « un manque de respect envers les communautés culturelles et une incitation à l’intolérance raciale qui sont absolument inacceptables de la part de CKVL. » [Traduction]

Après avoir examiné la plainte à la lumière du Code de déontologie de l’ACR, le Conseil régional du Québec a jugé que les commentaires étaient abusivement discriminatoires et qu’ils violaient la disposition de ce code sur les droits de la personne. Le Conseil a déclaré qu’à son avis :

[...] même si la présentation improvisée et quasi comique des faits entourant le crime était de très mauvais goût, le fait de comparer ce meurtre à un règlement de compte entre des bandes de motards était à la fois dérogatoire et abusif. Les animateurs ont atteint deux résultats en faisant cette comparaison : ils ont amoindri la valeur pour la société des personnes qui appartiennent à des groupes ethniques en les réduisant au niveau de motards et de criminels, et ils risquent même d’avoir laissé entendre que les groupes ethniques, comme les motards et les criminels, sont plus portés à commettre ce genre d’actes de violence.

Le Conseil a également fait remarquer que le moyen de défense, soidisant fondée sur la comédie, qu’a employé le radiodiffuseur pour justifier les commentaires des animateurs ne suffisait pas pour les disculper :

[...] En fin de compte, l’intention des animateurs d’être drôles ne peut être pertinente. Après tout, le Conseil n’a rarement, voire jamais, vu un exemple d’un but malveillant qui soit intentionnel dans de pareils cas. En l’absence d’une intention visant nettement le contraire, le Conseil prend pour acquis qu’il s’agissait d’une bonne intention et du désir de faire rire les gens. Lorsque ce résultat se produit aux dépens d’un groupe identifiable qui est ciblé de façon abusive, le commentaire va à l’encontre de la disposition applicable, peu importe l’intention contraire de l’animateur.

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, l’emploi de stéréotypes sexuels et la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent que leurs collègues les respectent. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code d’éthique journalistique adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 430 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

– 30 –

Toutes les décisions du CCNR et tous les codes qu’administre le Conseil sont affichés à son site Web, à www.ccnr.ca, où l’on a aussi accès à d’autres renseignements pertinents, ainsi qu’aux sites des membres du Conseil et à d’autres sites d’intérêt. Pour de plus amples renseignements, communiquer avec le président national du CCNR, Ron Cohen, au (###) ###-####.