Le Conseil des normes de la radiotélévision juge que des commentaires « explosifs » n’enfreignent pas le Code

Ottawa, le 27 juin 2000 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) a rendu sa décision aujourd’hui concernant un épisode de l’émission Gilles Proulx diffusée à l’antenne de CKAC de Montréal. Pendant l’émission en cause, l’animateur interviewait M. Raymond Villeneuve, qui a été reconnu coupable d’avoir été l’auteur d’attentats à la bombe, et qui était (au moment de l’interview) le président du Mouvement de libération nationale du Québec. L’interview portait sur un incident survenu récemment où l’on avait griffonné du graffiti avec de la peinture en aérosol sur les maisons de Québécois qui seraient des fédéralistes. Une de ces maisons appartenait à M. André Arthur, animateur de la radio et rival de M. Proulx. Un auditeur s’est plaint que l’animateur « a laissé entendre sans équivoque à M. Villeneuve que les vandales auraient mieux fait de faire une attaque à la bombe sur la maison de M. Arthur, plutôt que de simplement y peindre les lettres “FLQ”. »

Le Conseil régional du Québec a pris sa décision à la lumière du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs. Son examen n’ayant révélé aucune violation dudit Code, le Conseil a déclaré que les commentaires sarcastiques de l’animateur concernant l’emploi d’une « bombe atomique » et d’une « bombe à neutron » ne visaient pas à préconiser la violence :

Le Conseil ne croit aucunement que l’animateur avait l’intention de préconiser la violence. D’une certaine façon, il a été davantage plus simple d’arriver à cette conclusion étant donné la nature exagérée de la suggestion « violente » mise de l’avant par l’animateur. S’il s’agissait d’une suggestion réaliste, il aurait pu être raisonnable que le Conseil juge que l’animateur favorisait effectivement un acte de violence; toutefois l’absurdité totale de l’emploi « suggéré » d’une bombe nucléaire ou à neutron – le genre d’armes qu’on ne trouve évidemment pas à chaque coin de rue – rend tout à fait évident que l’animateur a emprunté un style hyperbolique pour caractériser la rivalité bien connue qui existe entre ces deux animateurs de la radio au Québec.

Le Conseil a, de plus, trouvé qu’à la différence d’une autre émission au sujet de laquelle le CCNR a été appelé à rendre une décision sur l’emploi du sarcasme, ce casci comporte un facteur mitigeant étant donné que « l’animateur a en effet fait allusion à la possibilité que la police se rende chez M. Villeneuve suite à l’interview, ce qui constitue carrément une référence à la nature potentiellement illégale des gestes dont on avait discutés pendant l’émission et aux conséquences éventuelles de tels gestes. »

Le Conseil a également jugé que la décision du radiodiffuseur d’interviewer un criminel reconnu coupable ne constitue pas une infraction et a déclaré, à cet égard, que « même s’il serait toujours sage que les radiotélédiffuseurs fassent preuve de prudence lorsqu’ils offrent un moyen d’accès public à un criminel qui pourrait souhaiter bénéficier financièrement, psychologiquement ou autrement de son crime ou exploiter le public, en l’absence de l’infraction d’une disposition précise du Code, il revient uniquement au radiotélédiffuseur de décider qui il interviewera. »

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant la déontologie, l’emploi de stéréotypes sexuels et la présentation de violence à la télévision et ils s’attendent que leurs collègues les respectent. En 1990, ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code d’éthique journalistique adopté en 1970 par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 430 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR et tous les codes qu’administre le Conseil sont affichés à son site Web, à www.ccnr.ca, où l’on a aussi accès à d’autres renseignements pertinents, ainsi qu’aux sites des membres du Conseil et à d’autres sites d’intérêt.