Les commentaires faits au sujet des pédophiles lors d’une émission de fin de soirée ne contreviennent pas aux codes, déclare le Conseil des normes de la radiotélévision

Ottawa, le 8 mars 2001 – Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) a rendu sa décision aujourd’hui concernant la diffusion, le 17 mars 2000, de l’émission Open Mike with Mike Bullard à l’antenne du Comedy Network. L’hôte de l’émission et son invitée, l’actrice Leah Pinsent, ont discuté ce soirlà de son dernier film dans lequel elle joue le rôle d’une tueuse en série dont les victimes sont des pédophiles. Au cours de cette entrevue, l’hôte et son invitée ont déclaré en blaguant que le personnage dans le film rendait un « service public » en assassinant des pédophiles. Un téléspectateur s’est plaint que ces commentaires étaient dénigrants et « inappropriés » et a déclaré que bien qu’il ne « soit pas en faveur de la pédophilie », il n’est pas non plus « en faveur de tuer ceux qui peuvent être affligés de telles tendances. »

Le Comité national chargé des services spécialisés a étudié la plainte à la lumière des dispositions sur les droits de la personne du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR). Le Comité a trouvé qu’il n’y avait pas violation du Code et a conclu qu’en tant que groupe, les pédophiles ne sont pas à l’abri des commentaires abusivement discriminatoires qui sont fondés sur le « handicap mental ». De l’avis du Comité,

Puisqu’il est évident que l’article 2 ne prévoit pas la protection des pédophiles en tant que groupe, la question est de savoir si l’on pourrait avancer des arguments voulant qu’ils devraient être protégés contre les commentaires discriminatoires qui se fondent sur leur « handicap mental ». Le Comité ne croit pas que les rédacteurs du Code envisageaient une telle éventualité. On ne peut pas, de l’avis du Comité, invoquer l’expression « handicap mental » pour mettre ceux qui commettent des crimes contre la société à l’abri de commentaires sur ces activités sociopathiques. Les dispositions sur les droits de la personne ont pour but de protéger ceux qui peuvent faire l’objet de commentaires abusivement discriminatoires en fonction de qui ils sont, en raison : 1) de caractéristiques innées, comme leur sexe, la couleur de leur peau, leur nationalité, leur origine ethnique, leur âge, ou un handicap physique ou mental; ou 2) d’autres caractéristiques qui ne peuvent se modifier qu’à un coût personnel fort élevé, comme leur appartenance religieuse ou leur situation. La protection n’est pas accordée aux personnes en raison de ce qu’elles font, même lorsque leurs activités ou leurs gestes sont légaux. Elle ne sera pas non plus accordée pour mettre ceux qui se livrent à des activités ou à des gestes illégaux à l’abri des commentaires à leur endroit, même si ces gestes illégaux sont entraînés par une maladie mentale.

Le Comité a également conclu qu’on ne peut pas raisonnablement interpréter les commentaires comme étant un encouragement à la violence contre les pédophiles, et a déclaré

[...] toute suggestion du genre s’éloigne davantage de la réalité lorsqu’on considère que le commentaire visait un film plutôt qu’une circonstance de fait. Le film, qui comme la plupart des présentations cinématographiques du genre exige que les spectateurs mettent volontairement de côté leur incrédulité, présente le concept dramatique, qui, on peut l’imaginer (sans avoir vu le film), pose en principe que le meurtre en série (normalement estimé un comportement antisocial) pourrait être moralement valable lorsque les victimes de cette activité sont présentées comme des pédophiles. Ce genre de tension dramatique est semblable à celle créée par John Grisham dans son livre (et aussi dans le film qui s’en inspire), A Time to Kill, pour ne nommer qu’un seul exemple d’un assassin sympathique et de ses victimes antipathiques. L’hôte poursuit ce principe dramatique un peu plus loin en traitant ce concept à la légère. Le dialogue entre l’hôte et son invitée constitue une approche cavalière au dilemme moral posé par la supposition dramatique du film même, supposition entièrement créée par des tiers.

Les radiotélédiffuseurs privés canadiens ont arrêté eux-mêmes les codes qui constituent les normes du secteur concernant l’emploi de stéréotypes sexuels, la présentation de violence et le traitement de questions à valeur morale, tels les droits de l’homme, à la télévision et ils s’attendent que leurs collègues les respectent. Ils se sont aussi dotés d’un organisme d’autoréglementation, le CCNR, qu’ils ont mandaté de veiller à l’administration de ces codes de responsabilité professionnelle. Le Conseil a par la suite été chargé de veiller également au respect du code de déontologie journalistique adopté par l’Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision (ACDIRT). Plus de 460 stations de radio et de télévision et services spécialisés, d’un bout à l’autre du Canada, sont membres du Conseil.

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Toutes les décisions du CCNR, les codes, les hyperliens avec les sites Web des membres et d’autres sites ainsi que l’information connexe sont accessibles dans le Web au www.ccnr.ca. Pour obtenir de plus amples renseignements, communiquez avec le président national du CCNR, Ron Cohen, au (###) ###-####.