CKMF-FM concernant Énergie le matin (commentaire sur les hommes)

COMITÉ DÉCIDEUR FRANCOPHONE
Décision CCNR 1617-0678
2017 CCNR 13
21 novembre 2017
A. Noël (présidente), G. Bonin, J-F. Leclerc, M. Lorrain, C. Scott

LES FAITS

Énergie le matin est l’émission matinale de la station musicale CKMF-FM (Énergie 94,3) à Montréal. Elle est diffusée du lundi au vendredi de 5 h 30 à 9 h. L’émission est animée par Dominic Arpin, Mélanie Maynard et Jonathan Roberge. La chroniqueuse Rosalie Bonenfant collabore à l’émission tous les vendredis.

Le 26 novembre 2016, Mme Bonenfant a livré sa chronique aux environs de 8 h :

Voix enregistrée d’homme :       Avertissement. Ce que vous allez entendre pourrait contenir du sarcasme et de l’ironie.

[bruits d’intro]

Voix enregistrée d’homme :       Voici Rosalie Bonenfant.

animateur 1 :     Oh que c’est le moment qu’on attend avec impatience à chaque semaine. Déjà des gens, Rosalie, tantôt qu’ils ont écrit « ʼcou’ donc, j’ai-tu manqué Rosalie? » Non. Rosalie, on vous la présente tous les vendredis à 8 h.

[Ils parlent du toupet de Mme Bonenfant]

animateur 1 :     Et là ce matin, tu, tu vas nous parler de la féminité?

Bonenfant :        Ben, oui pis non. En fait, cette semaine, j’aimerais porter un toast aux hommes.

Maynard :           Oh!

Bonenfant :        Euuh, c’est un toast que j’ai rédigé avec le corps en origami à force de me plier de douleur de crampes menstruelles, fait que j’aimerais ça qu’on l’apprécie, OK!!

Maynard :           Oui.

animateur 1 :     [rit et applaudit] C’est super bon jusqu’à date là! C’est très bon! Lâche pas, Rosalie!

Bonenfant :        Aujourd’hui je lève ma Diva Cup à vous les gars sans qui on serait tellement démunies. [animateurs rient] Parce que c’est bien connu, nous les filles (rire de conne) on est un peu nunuches fait que on a souvent besoin de votre aide pour savoir quoi faire avec notre corps.

J’ai remarqué que quand on cherche le mot « féminine » dans le dictionnaire, on nous renvoie automatiquement à « féminin »! Pis ça c’est pas pour rien hein? C’est juste parce que les hommes sont plus intelligents que nous. Quoi c’est vrai? Ils arrivent à nous faire accroire que notre féminité nous appartient. Saviez-vous que c’est des hommes, mes chéries, qui ont inventé le talon aiguille, le rouge à lèvres et les augmentations mammaires? Tsé! Une chance qu’on a les hommes pour nous rendre belles. Comment on ferait pour leur plaire, sinon? [animateurs rient]

Alors chin-chin et merci, d’abord à Jean Airoldi. Merci de nous faire brailler dans des boites en plexiglas. Sans toi, qui est-ce qui nous dirait qu’on est trop vieilles pis trop laittes? Grâce à toi pis nos nouvelles guénilles, on est trop contentes d’aller faire notre cute au travail en se faisant payer une fraction du salaire de nos collègues masculins pour la même job plate.

Merci les boys, de toujours assumer d’emblée qu’on est en syndrome pré-menstruel quand on se fâche ou quand on est émotive. Une chance que vous faites ça, parce que ça justifie le fait qu’on ait des réactions ou pire des opinions.

Merci d’avoir inventé les crèmes rajeunissantes pis les crèmes anti-vergetures. Sans vous on aurait eu l’air humaines pis niaiseuses qu’on est, on aurait cru que c’est correct de même!

Merci à vous, les mensplainers, de chialer pour nous rappeler qu’on a trop de demandes pis de caprices, qu’on fait pas si pitié que ça. On a besoin que vous nous rameniez sur terre une fois de temps en temps! Heille, on a déjà le droit de vote; qu’est-ce que ça va être après? On va commencer à se sentir en sécurité quand on marche toute seule la nuit? On va développer notre esprit critique pis tenir des propos féministes à la radio? Tsé! Un moment donné là, woah. [animateurs rient]

Merci de nous pogner une fesse quand ça vous tente, même si on se connaît pas. Ça nous rend fières. Ça nous fait plaisir de sentir qu’on remplit avec succès notre fonction première qui est de vous plaire.

Merci les gars, d’avoir inventé un vernis à ongles antiviol pour nous permettre de rester élégante malgré le fait qu’on est toujours ben juste un morceau de vend-, à, un morceau de viande à qui on n’a pas besoin de demander son consentement pour lui passer dessus.

Sans rien enlever à l’invention qui est assez ingénieuse – en gros c’est un vernis qui, une fois appliqué, permet de détecter les drogues du viol dans un verre. Moi, personnellement, ça me sonne un peu une cloche. Est-ce qu’on est réellement à une coquetterie près de se faire violer? J’sais pas pour vous les filles mais moi ça me fait sentir assez vulve-nérable.

animateur 2 :     Oh!

Maynard :           Vulve-nérable?

Bonenfant :        En même temps, c’est vrai. Faut faire attention pour pas être trop belles. C’est pas si fort que ça un gars. C’est difficile pour eux de nous résister. Imagine s’ils doivent nous respecter en plus. Non non, clairement, c’est à nous d’être plus prudentes. Ça c’est quelque chose que les féministes radicales ont compris. Pourquoi vous pensez qu’elles se rasent pas les jambes pis s’habillent comme des bûcherons? C’est certainement pas parce qu’elles sont plus confortables comme ça ou qu’elles sont libres de faire ce qu’elles veulent! Tss. C’est pour se protéger en repoussant le mâle! C’est sûr que c’est un effort à faire mais, tsé, ça vaut la peine si tu veux qu’on respecte ton corps. On n’a pas, on n’a pas toutes la chance d’être des autochtones déboitées pis porteuses d’hépatite. Parce qu’en tout cas, à écouter Jeff Fillion, elles, elles l’ont l’affaire pour se réapproprier leur corps!

animateur 2 :     Hmm.

Bonenfant :        Bon, c’est sûr que maintenant, grâce à l’invention du super Cutex, on peut prévenir un peu le danger, mais ça serait quand même pas pire qu’on prenne tout le temps qu’on passe à inventer des cossins pour nous protéger pis qu’on l’investisse à éduquer la menace.

Ben tiens, moi je vais profiter du petit moment que j’ai ici pour vous donner un mini cours là-dessus les gars, pis vous allez voir j’vais faire ça vite vite parce que je sais que vous êtes pas très bons avec le blabla. C’est le Cosmopolitan qui l’a dit. Y’avait un article qui nous expliquait 10 façons de vous plaire oralement, pis aucune façon dans les 10 façons citées comportait un seul mot, fait que ça a le mérite d’être clair. Le petit cours va comme suit : Mon corps c’est mon corps. C’est pas le tien. T’as ton corps alors laisse-moi le mien. Hm?!

Pis juste une petite parenthèse, à vous les hommes qui disent respecter la femme, mais qui consommez des heures et des heures de porn décadente où des filles habillées en écolières se font faire des affaires pas possibles, mais qui comprenez pas pourquoi après ça on a moins le goût d’avoir des sexy times avec vous : Je le sais qu’elle a réellement l’air de tripper la petite fille avec des daddy issues dans ton écran d’ordi, mais nous, on est pas payée pour faire semblant, fait que ça se peut que ça nous tente pas toutes nécessairement de se faire décorer la face de votre plaisir. OK?

Tsé les gars, on a beau se battre ben fort pour prouver qu’on peut faire tout autant que vous, qu’on a autant de valeur, qu’on est aussi fortes. Mais pour l’instant, c’est encore vous qui avez le gros boutte du bâton, alors s’il vous plaît, faites attention à nous.

animateurs :      [applaudissent] Wow!

animateur 2 :     Bravo!

Maynard :           Bravo!

animateur 1 :     Elle est drôle. Elle est intelligente. Elle est pertinente. Et Michel Vincent qui est un fan, euh, de la première heure, qui est notre directeur au contenu ici qui nous écrit « Tabarnac’ ». Là c’est, on connait tous Michel aussi.

animateur 2 :     Ouais, ouais.

Maynard :           [??]

animateur 1 :     « Yvon Deschamps sort de ce corps. Bravo, Rosalie. Ironie quand tu me tiens. » Sincèrement –

Maynard :           Wow.

Le même jour, un auditeur s’est plaint de la chronique. Il a précisé que sa plainte ne portait pas sur l’ensemble du texte, car certains passages constituaient l’expression légitime d’une opinion. Sa plainte reposait plutôt sur le fait que, selon lui, Mme Bonenfant « traite les hommes, tout au long de cette anaphore, comme un groupe homogène » parce qu’elle entame plusieurs strophes avec « merci les gars de » au lieu de « merci les gars qui ». Selon le plaignant, elle « assimile tous les hommes à des agresseurs sexuels » et donne l’impression que tous sont incapables de soutenir une discussion de quelques minutes et « inaptes à comprendre le concept fort simple qu’est le consentement ».

La station a répondu au plaignant le 29 décembre. Elle a souligné que la chronique se voulait satirique, ce qui a été rendu évident par l’avertissement diffusé au début du segment. CKMF-FM a noté que « la chronique était directement liée à l’actualité » et assuré que Mme Bonenfant « n’a pas voulu assimiler tous les hommes à des agresseurs ». Le plaignant a déposé sa demande de décision le 12 janvier 2017. Il n’acceptait pas les arguments du radiodiffuseur et soutenait que « la simple affirmation en début d’émission selon laquelle la chronique “peut contenir de l’ironie” ne saurait servir de justification absolue et irréfutable contre la critique. » Il a insisté à nouveau sur l’aspect sexiste de la chronique. (La correspondance complète figure dans l’annexe.)

LA DÉCISION

Le comité décideur francophone a étudié la plainte à la lumière des dispositions des codes suivants :

Code de déontologie de l’ACR, article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit à la reconnaissance complète et égale de leurs mérites et de jouir de certains droits et libertés fondamentaux, les radiotélédiffuseurs doivent veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou le handicap physique ou mental.

Code de déontologie de l’ACR, article 3 – Stéréotypes sexuels

Reconnaissant que la présentation de stéréotypes sexuels peut avoir des influences négatives, il incombe aux radiotélédiffuseurs de faire preuve, dans toute mesure de leurs moyens, d’une sensibilité consciente en ce qui concerne les problèmes se rapportant aux stéréotypes sexuels. Pour ce faire, les radiotélédiffuseurs doivent éviter que leur programmation véhicule l’exploitation et s’assureront que leur programmation reflète l’égalité intellectuelle et émotive des hommes et des femmes. Les radiotélédiffuseurs consulteront le Code concernant les stéréotypes sexuels à la radio et à la télévision [remplacé par le Code sur la représentation équitable le 17 mars 2008] pour plus de précisions à ce sujet.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 2 – Droits de la personne

Reconnaissant que tous et chacun ont droit de jouir complètement de certaines libertés et de certains droits fondamentaux, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne présentent aucun contenu ou commentaire abusif ou indûment discriminatoire en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 4 – Stéréotypes

Reconnaissant que les stéréotypes constituent une forme de généralisation souvent et, de façon simpliste, dénigrante, blessante ou préjudiciable, tout en ne reflétant pas la complexité du groupe faisant l’objet du stéréotype, les radiodiffuseurs doivent s’assurer que leurs émissions ne renferment aucun contenu ou commentaire stéréotypé indûment négatif en ce qui concerne la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental.

Code de l’ACR sur la représentation équitable, article 10 – Facteurs contextuels

Il est justifié que les émissions présentent un contenu qui semblerait autrement contrevenir à une des dispositions précédentes dans les contextes suivants :

  1. Usage artistique légitime : Les individus qui ont eux-mêmes l’esprit étroit ou qui sont intolérants peuvent faire partie d’une émission de fiction ou de type non fiction, pourvu que celle-ci ne soit pas abusive ou indûment discriminatoire;
  2. À des fins de comédie, d’humour ou de satire : Même si l’intention ou la nature drôle, humoristique ou satirique de l’émission ne justifie pas de façon absolue une dérogation aux dispositions du présent code, il est entendu que certains contenus drôles, humoristiques ou satiriques, même s’ils reposent sur la discrimination ou un stéréotype, peuvent être légers et relativement inoffensifs, plutôt que d’être abusifs ou indûment discriminatoires;
  3. Traitement intellectuel : On peut diffuser une émission à des fins apparemment académiques, artistiques, humanitaires, journalistiques, scientifiques ou pour la recherche, ou qui présente autrement un intérêt public, pourvu qu’elle ne soit pas abusive ou indûment discriminatoire, qu’elle ne ridiculise pas fortement un groupe énuméré ou qu’elle n’incite pas à son mépris, et dans la mesure où elle n’encouragera ou ne perpétuera probablement pas la haine contre un groupe énuméré.

Les membres du comité décideur ont lu toute la correspondance afférente et ont écouté la diffusion en question. Le comité conclut qu’il n’y a pas eu violation des codes.

Le comité convient que les remarques de Mme Bonenfant, parce qu’elles commencent par « Merci les gars de », appellent à la généralisation. Il est certain que si elle avait commencé ses phrases par « Merci les gars qui », comme le suggère le plaignant, tel n’aurait pas été le cas et ses remarques n’auraient alors ciblé que les hommes qui se livrent aux comportements qui leur sont reprochés.

S’il est vrai que, pris au pied de la lettre, les propos tenus par Mme Bonenfant dans sa chronique peuvent amener à croire qu’ils s’appliquent à tous les hommes indistinctement, le comité estime pour sa part, comme de nombreux auditeurs l’auront fait, que le monologue en question faisait une large part à l’humour et à l’exagération dans le but d’attirer leur attention sur des problèmes sociaux sérieux qui, à l’époque, généraient un débat public considérable. Le fait que les propos tenus par Rosalie Bonenfant se voulaient de l’humour était évident d’entrée de jeu. Dès l’introduction de sa chronique, lue par une voix d’homme, la table était mise pour sa prestation : « Avertissement. Ce que vous allez entendre pourrait contenir du sarcasme et de l’ironie ».

Il est clair que des déclarations indûment négatives, générales et dirigées contre tous les hommes enfreignent les dispositions de l’article 3 du Code de déontologie de l’ACR et de l’article 4 du Code de l’ACR sur la représentation équitable, qui traitent tous deux des stéréotypes fondés sur le sexe[1]. Toutefois, l’article 10 du Code sur la représentation équitable énonce plusieurs exceptions qui tempèrent l’application des articles cités ci-dessus, notamment lorsqu’il s’agit de propos humoristiques ou satiriques. Si certaines personnes ont pu prendre les commentaires de Rosalie Bonenfant au premier degré et y voir des stéréotypes sexuels, les membres du comité sont pour leur part d’avis que la mise en garde initiale et le ton adopté par la chroniqueuse font clairement entrer sa prestation dans les exceptions de l’article 10 b) du Code de l’ACR sur la représentation équitable, soit un contenu comique, humoristique et satirique. Les réactions amusées des trois animateurs, dont deux hommes, en témoignent de manière éloquente.

Le comité conclut donc que l’exception prévue à l’article 10 b) s’applique en l’espèce et qu’il n’y a pas eu infraction aux codes.

Réceptivité du radiodiffuseur

Dans toutes les décisions rendues par le CCNR, ses comités évaluent dans quelle mesure le radiodiffuseur s’est montré réceptif envers le plaignant. Bien que le radiodiffuseur ne soit certes pas obligé de partager l’opinion du plaignant, sa réponse doit être courtoise, réfléchie et complète. Dans la présente affaire, CKMF-FM a donné une réponse adéquate expliquant son point de vue au plaignant. Ce radiodiffuseur ayant rempli son obligation de se montrer réceptif, il n’y a pas lieu d’en exiger davantage de sa part.

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

[1] CKAC-AM concernant Doc Mailloux (six épisodes) (Décision CCNR 06/07-0168 et -0266, 23 août 2007)


Annexe

La plainte

Le CCNR a reçu la plainte suivante par l’entremise de son formulaire Web le 26 novembre 2016 :

Station :                               Énergie 94.3

Nom de l’émission :        ÉNERGIE le matin : Rosalie Bonenfant

Date :                                    2016/11/26

Heure :                                 Vers 8h00 AM

Préoccupation :                Avant d’aborder le fonds de la plainte, je souhaite préciser que l’ensemble du texte lu par Mme Bonenfant n’en est pas le sujet; bien que certains passages puissent être qualifiés de « crus », ils constituent néanmoins et selon toute vraisemblance l’expression légitime d’une opinion.

Dans ce segment d’émission, madame Bonenfant s’attaque, par une longue anaphore dont chaque strophe débute systématiquement par « merci les gars de (…) » à plusieurs maux et comportements causés, selon elle, par les hommes en tant qu’individus et en tant que groupe.

Le premier passage qui m’a dérangé est le suivant : « Merci de nous pogner une fesse quand ça vous tente, même si on se connaît pas. Ça nous rend fières pis ça nous fait plaisir de sentir qu’on remplit avec succès notre fonction première qui est de vous plaire ». L’utilisation des mots « merci les gars de » plutôt que « merci les gars qui » ne laisse aucun doute sur la portée universalisante de ce propos. Madame traite les hommes, tout au long de cette anaphore, comme un groupe homogène. Ici, elle assimile tous les hommes à des agresseurs sexuels, nonobstant leur passé criminel (puisqu’il s’agit de cela). Ces propos, qui avancent sur le sentier de la haine et du mépris envers les hommes, brise vraisemblablement l’article 2 du Code de déontologie de l’Association canadienne des radiodiffuseurs.

Le second passage sur lequel je voudrais que vous attiriez votre attention est le suivant : « Bon, c’est sur que maintenant, grâce à l’invention du super Cutex, on peut prévenir un peu le danger, mais ça serait quand même pas pire qu’on prenne tout le temps qu’on passe à inventer des cossins pour nous protéger pis qu’on l’investisse à éduquer la menace.

(« ) Ben tiens, moi je vais profiter du petit moment que j’ai ici pour vous donner un mini cours là-dessus, pis vous allez voir j’vais faire ça vite vite parce que je sais que vous êtes pas très bon avec le blabla. C’est le Cosmopolitan qui l’a dit. Y’avait un article qui nous expliquait 10 façons de vous plaire oralement, pis aucune des 10 façons citées comportait un seul mot, fac ça a le mérite d’être clair. Le petit cours va comme suit : Mon corps c’est mon corps ce n’est pas le tien. Tu as ton corps alors laisse-moi le mien. »

En affirmant ceci, elle souligne non seulement que le genre masculin dans son ensemble est constitué d’individus n’ayant rien compris au consentement sexuel, ce qui en font de surcroît des agresseurs sexuels, mais qu’ils seraient également complètement illétrés, incapables de soutenir une discussion de quelques minutes et tout aussi inaptes à comprendre le concept fort simple qu’est le consentement. Elle n’hésite d’ailleurs pas à utiliser un langage infantilisant, tels que « vite vite » ou encore « blabla » pour illustrer sa thèse méprisante.

En conclusion, ces vers sont au mieux empreints d’un sexisme évident, au pire outrageants et parfaitement inacceptables.

La réponse du radiodiffuseur

CKMF-FM a répondu au plaignant le 29 décembre :

Nous avons pris connaissance de votre plainte déposée le 26 novembre dernier au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (« CCNR ») concernant la chronique de Rosalie Bonenfant dans le cadre de l’émission ÉNERGIE le matin diffusée sur les ondes d’ÉNERGIE 94,3 à Montréal le 26 novembre dernier.

Soyez assuré que les préoccupations de nos auditeurs nous tiennent à cœur et que nous prenons vos commentaires au sérieux. Nous sommes désolés que cette chronique vous ait offensé. Nous avons écouté la bande-témoin de la chronique en cause et sommes d’avis que Rosalie Bonenfant n’a pas voulu assimiler tous les hommes à des agresseurs sexuels ni à des illettrés incapables de comprendre le concept de consentement tel qu’indiqué dans votre lettre. Le ton adopté par la chroniqueuse se voulait satirique puisque ses chroniques sont toujours sous le signe de l’humour. Au début de la chronique, il est d’ailleurs indiqué : « cette émission pourrait contenir du sarcasme et de l’ironie ». Nous pensons cependant que la chronique n’était ni dégradante ni méprisante envers les hommes. De plus, la chronique était directement liée à l’actualité étant donné le fait que les agressions sexuelles subies par des femmes ont fait les manchettes dans les médias dans les derniers mois. Selon notre analyse des décisions rendues par le CCNR, les propos en cause ne constituent pas « des commentaires abusifs ou indûment discriminatoires quant au sexe ». Nous sommes donc d’avis que madame Bonenfant n’a pas violé les articles 2 et 3 du Code de déontologie de l’ACR ni les articles 1 à 5 du Code sur la représentation équitable de l’ACR.

Bell Média est une entreprise sérieuse dont les stations visent toujours l’excellence dans leur programmation. Nous espérons que vous continuerez à écouter ÉNERGIE.

Nous vous remercions de nous avoir fait part de vos préoccupations et n’hésitez pas à communiquer avec nous pour toute question ou commentaire supplémentaire.

Correspondance afférente

Le plaignant a déposé sa demande de décision le 12 janvier 2017 :

Le diffuseur affirme que les affirmations de leur chroniqueuse n’étaient pas de nature sexiste. Il apparaît toutefois, non seulement à première vue mais aussi suite à une analyse sur le fonds, qu’ils se trompent.

Par ailleurs, la simple affirmation en début d’émission selon laquelle la chronique « peut contenir de l’ironie » ne saurait servir de justification absolue et irréfutable contre la critique.

Les articles 2 et 3 du Code de déontologie de l’ACR ont clairement été enfreints lors de ce segment. D’une part, l’affirmation selon laquelle les hommes « ne sont pas doués avec le “blabla” » vient renforcer les stéréotypes sexuels à l’encontre des hommes. Qui plus est, il est illogique que l’affirmation selon laquelle tous les hommes sont portés à commettre des agressions sexuelles dans la rue ne peut être qualifiée de sexiste.

Suite à une requête du CCNR, le radiodiffuseur a envoyé une transcription du texte, avec la note suivante le 17 janvier :

Bonjour,

Voir ci-joint le texte de la chronique. Pour son rôle, elle est collaboratrice une fois semaine à l’émission, le vendredi. Comme le thème de la chronique l’indique, le tout est basé sur le sarcasme et l’ironie. On veut le point de vue d’une femme dans la vingtaine sur l’actualité, ses humeurs, etc…

Voilà, j’espère que le tout vous soit utile.